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En examinant ce tableau on constate les faits suivants :
\° Les villes où se trouvent des temples provinciaux sont toutes néocores;
2" La plupart des métropoles le sont également ; les exceptions sont rares ;
3° Certaines villes moins importantes jouissent du néocorat ;
4° Enfin, une assemblée provinciale, celle de Macédoine » porte ce titre réservé partout ailleurs aux cités.
A ces remarques , il faut ajouter les suivantes : La plupart du temps, la ville toute entière s'appelle néocore(l), mais, parfois, on distingue entre les corps qui la composent : le conseil et le peuple. Tantôt le peuple seul (2), tantôt le conseil (3) s'appelle néocore.
Que conclure de tout ceci , sinon qu'on a tort de faire du néocorat le privilège d'une catégorie déterminée de villes , celles où étaient construits des temples provinciaux? Tout corps, assemblée, ville , conseil , qui s'était consacré d'une manière particulière au culte des empereurs pouvait recevoir en récompense le titre honorifique de néocore. Mais, pour manifester d'une manière convenable leur dévotion, les villes étaient entraînées à des dépenses considérables. Les plus importantes étaient le plus à même de les faire. Or, c'était dans ces villes que, pour la même raison , se tenaient les assemblées provinciales , et ce sont les mêmes qui obtinrent la dignité de métropoles. Ajoutons que les empereurs avaient plus d'intérêt à s'attacher ces grandes cités que les plus petites et, par conséquent, étaient plus disposés à leur accorder des titres honorifiques. Mais ils ne considéraient pas comme une règle absolue de les refuser aux autres , si , par suite de circonstances particulières, elles les méritaient.
Ceci observé, on peut dire, comme M. Bùchner, que le nombre des néocorats coïncide, d'une manière générale, avec celui des temples élevés dans une ville (4). Les plus riches, qui possèdent le plus de temples, sont aussi celles qui sont le plus de fois néocores. Aussi voyons-nous que les grands-prêtres de Pergame, d'Ephèse, de Smyrne,qiii s'appellent d'abord 'Apx,tepeïç
(1) Wood, Discover. at Eph. Inscr. from the site of the templ. of Diana, 12, 15; Great. theat., 3, 7, 13. Cf. Waddington, Ins. As. Min., 147 b, etc.
(2) Waddington, Ins. As. Min., 146, 147 b. C. I. G., 3841, g. Wood, Discov. site of the temple of Diana, 13; Great. theat., 1.
(3) Mitlheilungen d'A^thènes, 1881, p. 42.
(4) L. L, p. 28 et suiv., et 61.
LE NÉOCORAT. 247
Toû vaou, prennent bientôt le nom d' 'Ap^tepeTç tôjv vawv, et il est tout à fait naturel de penser que ce litre nouveau coïncide avec la construction de nouveaux sanctuaires et avec l'accroissement du nombre des néocorats. Il faut cependant remarquer que les temples nouveaux furent élevés en l'honneur d'empereurs particuliers et non en l'honneur de Rome et d'Auguste, et, par conséquent, eurent une destination spéciale, différente de celle du temple où était honoré l'empereur vivant quel qu'il fût. Cela n'empêcha pas, du reste, que le service de ces temples ne fût attribué à T'Ap^tepe^ç 'Affi'aç de la ville (1).
Quelquefois, un nouveau néocorat était accordé à une ville avant que le temple dont elle avait décrété l'érection ne fut achevé. Nous en avons un exemple pour Ephèse. Sur une même inscription , la ville est appelée deux fois néocore , et le grandprêtre , àpy tepeùç toïï vaoû. Le second temple n'était pas encore terminé ; il le fut bientôt après (2).
En même temps qu'elles bâtissaient des temples, les villes instituaient presque toujours des jeux. L'organisation de ces jeux nous montre qu'ils étaient différents des jeux provinciaux. Ceux-ci étaient toujours présidés par le grand-prêtre de la province. Il n'en fut pas de même des Jeux institués pour les néocorats. En effet, ceux qui furent établis à Smyrne au moment où Polémon obtint de l'empereur Hadrien un second néocorat pour cette ville, furent présidés par ce rhéteur et par ses descendants (3). De même, Gn. Dottius Plancianus fut nommé agonothète perpétuel des jeux célébrés à Epbèse en l'honneur d'Hadrien , au moment où , selon toute vraisemblance , la ville devint deux fois néocore (4).
Pour tous ces motifs, il paraît difficile d'admettre qu'il y ait eu un lien nécessaire entre le culte provincial et le néocorat. Cela est si vrai que M. Bûchner, tout en affirmant que le premier néocorat coïncide toujours avec l'érection dans une ville^du temple qui lui vaut le titre de métropole, est obligé d'admettre cependant qu'il ne saurait en être de môme pour les temples suivants. Il reconnaît que ces derniers sont à la charge de la cité seule (5).
Pour élever un temple à un empereur, les villes ne pouvaient se passer de la permission du Sénat, du moins dans les commen-
(1) L. L, p. 57 et 67.
(2) Waddingtoa, Ins. As. Min., 146. Cf. Bûchner, l. L, p. 59.
(3) Philostrate, Vita Sophislar. (éd. Kayser), 43, 2.
(4) C. /. L., III, 296. Cf. Bûchner, l. Z.,'p. 67.
céments de l'empire (1). Ce fut également le Sénat qui leur conféra le titre de néocore. Tout porte à croire cependant qu'elles commencèrent par le prendre d'elles-mêmes. Elles transformèrent en un titre officiel le mot depuis longtemps en usage dans la langue courante. Alors naquirent les contestations et le gouvernement intervint (2). Il ne fut plus permis de s'appeler néocore sans qu'un décret du Sénat l'eut permis. Les inscriptions et les monnaies se réfèrent souvent à ce décret (3). Il est inutile d'ajouter que, sur ce point comme sur les autres, le Sénat se conformait toujours aux désirs de l'empereur (4).
11 nous reste à examiner une question qui a soulevé de nombreuses discussions parmi les savants. Pourquoi, au lieu d'un accroissement continu et régulier dans le chiffre des néocorats, trouve-t-on parfois un retour en arrière ? Gomment se fait-il qu'une ville se dise deux fois néocore, après l'avoir été trois fois?
Avant toute discussion , il nous faut d'abord examiner si cette variation existe réellement. Elle n'apparaît jamais dans les inscriptions. Un seul document pourrait laisser quelque doute à ce sujet. Un texte relatif à Ephèse, et qui est de la fin du second siècle, appelle cette ville néocore, sans ajouter de chiffre, tandis qu'elle est deux fois néocore depuis Hadrien (5). Mais, de deux choses l'une : ou le début de l'inscription manque, ou elle est rédigée contrairement à toutes les règles habituelles. Il n'y a donc pas à en tenir compte (6).
Sur les monnaies, le chiffre du néocorat est souvent omis après le moment où la ville a déjà pris le titre de deux ou trois fois néocore. Doit-on voir là un retour au néocorat simple ? Eckhel a démontré que non. En effet, nous remarquons souvent la même omission de chiffre après la mention de la puissance tribunitienne (7). On ne saurait cependant dire qu'il y ait, en ce cas, variation de chiffre. Faute de place ou pour un autre motif, le graveur a négligé de le mettre. Il en est vraisemblablement de même du chiffre qui accompagnait le néocorat.
(1) Tacite, Annal., IV, 55. Dion Cassius, LXXII, 12.
(2) Aristide, Oral., XLII. Edit. Dindorf, I, p. 793. Cf. Biichner, l. L, p. 70.
(3) Wood, Discov. at. Ephes., Odeum, 2. B. C. H., 1885, p. 126. C. I. G., 3197, 3202. Waddingtoa, 7ns. As. Min., 147, 5, etc. Mionnet , IV, p. 328. Suppl. VI, 563.
(5) Jbid., 3189.
(6) Bûchncr, l. L, p. 77. Cf. Waddington, Fastes asial., n. 161.
(7) Eckhel, D. N., IV, p. 305. Cf. VI, p. 479.
LE NÉOCORAT. 249
Il n'y a donc lieu de s'occuper que des villes sur les monnaies desquelles les chiffes B ou r se rencontrent après les chiffres r ou A. D'après Krause , ces villes seraient : Ephèse, Pergame, Smyrne, Sardes et Nicomédie. Examinons les faits relatifs à chacune d'elles (1).
Ephèse, dit Krause, après avoir été trois fois néocore sous Septime Sévère, et quatre fois sous Garacalla, s'appelle de nouveau deux fois néocore sur des monnaies à l'effigie de ce dernier empereur, de Julia Domna et de Geta (2). Krause oublie que, sous Septime Sévère, un grand nombre de monnaies furent frappées à lefBgie de sa femme et de ses tils. Celles-ci sont du nombre. Elles sont antérieures à l'époque où Ephèse obtint du prince un troisième néocorat. Quant au quatrième, il ne se rapporte pas au culte impérial, mais à celui d'Artémis. Les Ephésiens se glorifient d'êti'e deux ou trois fois néocores des empereurs et en même temps néocores de leur divinité favorite, ou, par abréviation, quatre fois néocores (3). Jamais ils ne disent qu'ils sont TSTpatxtç vewxopoc Tôjv 2eêo«7Twv. Parfois, ils mentionnent seulement les néocorals du culte impérial et laissent de côté celui d'Artémis. Alors, le chiffre est nécessairement inférieur d'une unité à celui qui comprendrait en même temps le culte de la grande déesse (4).
Pour fortifier sa thèse, Krause donne à certaines légendes une interprétation qu'il est difficile d'admettre. Quand il rencontre les mots S' vewxopwv, il lit oi; vswxoptov (5). Sans doute, cette abréviation insolite se rencontre sur quelques monnaies de Pergame et de Thessalonique (6) ; mais pourquoi supposer qu'elle est également usitée à Ephèse ? N'est-il pas plus naturel de lui donner le sens ordinaire, et de traduire S' par Texpaxtç (7)? Alors, toute difficulté disparaît, et nous ne rencontrons à Ephèse aucune variation dans les chiffres relatifs au néocorat impérial.
Pergame, comme Ephèse, doit être supprimée de la liste. En effet, depuis Garacalla, on ne trouve plus sur les monnaies que le chiffre T ou l'épithète sans chiffre. Les monnaies d'Elagabale
(1) Krause, Netoxôpoç, p. 42-54.
(2) Ibid., p. 47.
(3) Eckhel, D. N., II, p. 520. Zeitschrift. f. Numismat., V, p. 249.
(4) Cf. Bùchaer, l. l., p. 79.
(6) Mionnet, II, p. 601 et 613. Calai, of. Coins in the Brit. Mus. Macedon. p. 126, n. 140.
(7) Cf. Bûchner, I. L, p. 80.
marquées, selon Krause (1), du second néocorat, n'existent dans aucun recueil.
Pour Smyrne, les difficultés sont plus grandes. En effet, Mionnet donne trois médailles de Gordien III avec l'inscription 2(jtup(vaitov) S' vetox{opwv)(2). Qu'on traduise S' par deux ou par quatre fois, la difficulté est la même, puisque la ville est trois fois néocore sous Septime Sévère, et que le chiffre 3 se lit sur des monnaies postérieures à Gordien III. Les trois médailles dont il s'agit porteraient, selon Mionnet, la même date, 'EttI Mapxou ap(yovToç) a' To p\ Mais tout porte à croire que la lecture de Mionnet est fausse. En effet, Leake a lu, sur une de ces monnaies, 2[xup(vat(riv) y' vetox(opwv) (3). Toutes doivent probablement porter le même chiffre, et la variation n'existe pas.
Pour Sardes et Nicomédie, au contraire, la variation est incontestable. Après le triple néocorat obtenu sous Garacalla ou sous Elagabale, les monnaies mentionnent le double néocorat sous les empereurs suivants (4). Nicomédie, trois fois néocore sous Pescennius Niger, Garacalla, Elagabale et Alexandre Sévère, n'est plus que deux fois néocore sous Maxime et sous Gordien le Pieux(5), et elle l'est de nouveau trois fois sous Valérien et Gallien (6). Pour expliquer ce retour en arrière, les savants ont proposé un certain nombre d'hypothèses dont quelques-unes sont insoutenables, mais dont les autres méritent d'attirer notre attention.
Selden suppose que les villes recommencent à compter leurs néocorats chaque fois qu'il y a eu interruption dans la célébration de leurs jeux pentaétériques(7). Le P. Hardouin place au commencement du règne de chaque empereur le renouvellement de la série (8). Il suffit, pour réfuter ces théories, de remarquer qu'à Pergame, par exemple, nous trouvons la mention du néocorat sur les monnaies de dix stratèges différents, pendant le règne de Septime Sévère ; cependant le nombre des néocorats est toujours de deux.
(1) L. L, p. 52. Cf. Mionnet, II, p. 615 et suiv. Suppl., V, p. 467 et suiv. Bùchner, L l., p. 81.
(2) Mionnet, III, p. 250; IV. p. 108. Suppl., VI, p. 367.
(3) Numism. Hell. Asiat., p. 100. Cf. Bùchner, l. L, p. 81.
(4) Eckhel, D. N. , III, p. 116. Mionnet, IV, p. 132 et suiv. Suppl, VII, p. 424 et suiv.
(5) Revue numismatique, 1868, p. 436. Mionnet, II, p. 473, 475, 478. Suppl, V, p. 204, 209. — Mionnet, II, p. 476, 477. Suppl, VII, p. 213, 217.
(6) Mionnet, II, p. 478. Suppl, Vil, p. 218, 220.
(7) Marmor. Oxon., II, p. 186.
(8) Nummi anliqui illustrati, au mot 'AêoXXatûv.
LE NÉOCORAT. 251
D'après Van Dale , le nombre des néocorats correspond à celui des membres de la famille impériale (1). S'il en était ainsi, la progression ne suivrait pas l'ordre que nous constatons, et les variations seraient beaucoup plus grandes. De plus , le nombre des princes vivants est parfois inférieur à celui des néocorats. Vandale suppose alors qu'on a joint à leur culte celui de quelques princes décédés. Qui ne voit que nous entrons ici en plein arbitraire? Il suffit, du reste, pour faire justice de l'hypothèse, de rappeler que certaines médailles portent au droit les trois têtes de Septime Sévère et de ses deux fils, alors que la légende ne parle que de deux néocorats.
Aux difficultés que nous avons énoncées, Pellerin en ajoute une autre (2). Il se demande pourquoi, sur les médailles datées d'un même archontat, on trouve à la fois le second et le troisième néocorat d'une même ville (3). Pour résoudre ces problèmes , il imagine la solution suivante : Les jeux et les fêtes qui constituaient le néocorat étaient périodiques. Chaque fois qu'elles revenaient de nouveau, les villes indiquaient, par le chiffre correspondant, celui des néocorats qu'elles célébraient, et, par le fait même, l'empereur qui en était l'objet. Il pouvait se faire que, soit par suite de la différence de périodicité , soit à cause de retards dus à des circonstances fortuites, deux néocorats tombassent la même année ; en pareil cas , tous deux étaient marqués sur les monnaies du même archonte. L'explication est ingénieuse , mais l'un des faits à expliquer n'existe pas. Il n'a été admis qu'à la suite d'une lecture certainement fausse (4) ; jamais sous un môme archonte les monnaies ne donnent deux chiffres différents pour le nécorat.
La théorie de Pellerin a été reprise et légèrement modifiée par Krause (5). Lui aussi admet que les néocorats reparaissent périodiquement. Chaque fois que sont célébrés les jeux dédiés à un empereur déterminé, les monnaies reviennent au même chiffre. Dans les années d'intervalle on ne marque rien. Enfin, Krause admet que certains néocorats ont été abolis quand la mémoire d'un empereur tombait dans l'oubli ou devenait l'objet de la
(1) Dissertationes, IV, c. iv. Voir une critique do détail des monnaies alléguées dans Cuper. Lettres critiques, p. 484 et suiv.
(2) Mélanges de médailles, II, p. 266.
(3) Archontat de Rufus, à Sardes.
(4) Eckhel, D. .V.. IV, p. 303. Voir plus bas, p. 252.
(5) Krause, Nâtoxôpo;. Civitates neocorae sive aediluae, p. 44 et suiv. Cf. Pauly, Real-Encyclop., au mot vewxopoî.
haine. Il se pose cependant à lui-même une objection contre sa théorie. Gomment peut-il se faire qu'à Ephèse, alors que toutes les années sont occupées par les quatre néocorabs, on trouve encore des monnaies où ne figure pas le mot néocore ? A cela, dit-il, il est aisé de répondre. Le quatrième néocorat est consacré à Elagabale, il est vraisemblable qu'après la mort de ce prince, la ville a dû négliger son culte, et les empereurs suivants n'ont pas protesté contre cet oubli (1). Ce que nous avons dit du quatrième néocorat d'Ephèse supprime et l'objection et la réponse. Ce néocrat n'a aucun rapport avec le culte impérial.
La théorie de Krause est difîicilement admissible. En effet : 1° la périodicité dont il parle n'existe pas toujours. A Néocesarée, dans le Pont , le néocorat marqué sur les monnaies des années impaires 203, 205, 209, 211, 213 apparaît tout à coup sur une année paire en 234 (2) ; 2" comme l'a démontré Eckhel , il n'y a pas lieu d'attribuer au premier néocorat les monnaies où le mot néocore n'est pas accompagné d'un chiffre; 3° la plupart des faits que cherche à expliquer Krause n'existent pas ou s'expliquent beaucoup plus simplement; il est donc inutile d'avoir recours à une hypothèse si compliquée.
Eckhel, après avoir résumé et réfuté les opinions précédentes, sauf la dernière, à l'aide de quelques-uns des arguments que nous venons de produire, explique ainsi sa propre pensée. Chaque néocorat est la preuve de l'établissement d'un temple et de jeux en l'honneur d'un nouvel empereur. Si, pour une raison ou pour une autre, un des Césars cesse d'être honoré, le nombre des néocorats diminue. Si un nouveau s'ajoute à la liste, le nombre s'accroît d'une unité (3).
Deux objections peuvent être faites contre cette théorie (4). La première est le retour en arrière sous le même empereur. Une monnaie datée du second archontat d'Ant. Rufus, à Sardes, mentionne trois néocorats de cette ville (5), une autre monnaie datée du troisième archontat du même Rufus n'indique plus que deux néocorats (6). Cette objection ne mérite pas, à mon avis, grande considération. En effet, la première des deux monnaies citées ici
(1) Krause, l. l., p. 49.
(2) Mionnet. SuppL, VII, p. 448, n. 171, 174, 177, 180, 187, 188, 190, 198. — Numismatic chronicle, 1873, p. 24.
(3) Eckhel, D. N., IV, p. 305.
(4) Bûchner, De Neocoria, p. 86.
(5) Mionnet, SuppL, VII, p. 426, n. 504.
(6) Mionnet, IV, p. 132, n. 752.
LE NÉOCORAT. 253
est donnée par Mionnet d'après une lecture de Sestini. Il est fort probable que cette lecture est fausse. J'en dirai autant de la seule médaille qui, avec celle-ci , mentionne trois néocorats de Sardes, sous Caracalla (1). Toutes les monnaies du Cabinet des médailles ne mentionnent que deux néocorats sous cet empereur.
Cette observation fait tomber en même temps la seconde objection de M. Bûchner. Il est difficile, selon lui, d'admettre la construction d'un temple en l'honneur de Caracalla dans une ville qui en possédait déjà un en l'honneur de Septime Sévère. On sait, en effet, que l'usage était d'honorer dans un même temple les empereurs de la même famille. Toute difficulté s'évanouit si, comme il est très probable , Sardes ne fut trois fois néocore que sous Elagabale. Le triple néocorat disparaît après la chute de cet empereur, et nous ne trouvons de nouveau le chiffre T que sous Valérien l'Ancien. Tel est, du moins, le résultat que nous donne la série des monnaies du Cabinet des médailles.
Pour Nicomédie, le cas est plus embarrassant. En effet, le double néocorat de cette ville date de Commode (2); le néocorat triple, de Pescennius Niger (3). Sous Septime Sévère, nous trouvons de nouveau deux néocorats ; trois sous Caracalla et Elagabale ; deux et trois sous Sévère Alexandre ; deux sous Maxime, Gordien le Pieux, Philippe le Jeune, Trajan Dèce et Trébonianus Gallus ; enfin trois sous Valérien l'Ancien et Gailien (4), Il paraît impossible de rattacher le troisième néocorat au culte de Pescennius Niger. Nous savons, en effet, que Nicomédie embrassa le parti de Septime Sévère (5). Il y a donc lieu de songer au culte d'une autre divinité. Cette divinité est très probablement Déméter, à l'égard de qui Nicomédie professait une dévotion particulière (6). Les monnaies qui mentionnent trois néocorats indiquent en même temps la célébration des jeux appelés Srjjxr^Tfta (7). Nous revenons ici au cas que nous avons déjà signalé à Ephèse , et cette hypothèse est d'autant plus probable que les inscriptions n'indiquent jamais plus de deux néocorats.
Ainsi s'explique, sinon d'une manière absolument certaine,
(1) Mionnet, IV, p. 132, n.';755.
(2) Mionnet, II, p. 471. SuppL, V, p. 191.
(3) Revue numismat., 1868, p. 436.
(4) Voir plus haut, p. 250.
(5) Hérodien, III, 2. Cf. De Ceuleneer, Essai sur la vie et le règne de Sept. Sévère, p. 72.
(6) Libanius, I, 36.
(7) Mionnet, SuppL, V, p. 204, n, 1208. Cf. Bûchner, l. l., p. 87.
du moins avec beaucoup de vraisemblance, la variation qui se rencontre dans les chiffres qui accompagnent le titre de néocore sur les monnaies des villes.
Une dernière question reste à résoudre : Quels étaient les fonctionnaires chargés d'exercer le néocorat au nom de la cité ? Etait-ce les magistrats ordinaires, les prêtres des temples impériaux , ou des fonctionnaires spéciaux ? Cette dernière solution paraît imposée par les médailles et les inscriptions. Nous trouvons, en effet, à Cyzique, un vewxt^poç -ni; XaixTrporotTTiç KuÇixïivSv }iLTiTpo7toX£wç(l).De mêmc, los médailles d'Ancyre, d'Aegée, d'Elée, d'Adramytlium, de Gotiae, de Magnésie, d'Aezani, de Thyatire, d'Eucarpie, d'Aphrodisias et de Perperène portent des noms de néocores (2). Quelques-uns d'entre eux honoraient probablement des dieux locaux. D'autres appartenaient au culte impérial ; les inscriptions le disent expressément. A Thyatire, à Smyrne, nous voyons des vewxopoi twv DeSadTàJv (3); à Aezani, un néocore de Tibère et de Claude (4). Le néocorat était parfois une fonction temporaire (5), parfois il était à vie (6); les femmes pouvaient l'exercer aussi bien que les hommes (7). Enfin les néocores étaient souvent des personnages importants. Plusieurs d'entre eux occupèrent des fonctions municipales, et furent grands-prêtres de leur province (8).
Nous ignorons, du reste, les détails de l'organisation du néocorat. Selon Krause et M. Btlchner, les néocores du culte impérial formaient des collèges comme ceux des autres divinités (9). Une inscription mal lue a donné quelque temps un argument en faveur de cette hypothèse. Mais, vérification faite, là où l'on avait cru voir des néocores, la pierre parle seulement de vêo(, comme on en trouve dans un certain nombre de villes grecques (lO). Une
(2) Mionnet, IV, p. 223. — III, p. 542 et suiv. SuppL, VII, p. 157 et suiv.
— III, p. 18. SuppL, VI, p. 31. — II, p. 516. Suppl., V, p. 283. — IV, p. 270.
— III, p. 153. Suppi., VI, p. 245. — IV, p. 206. — IV, p. 169. — IV, p. 290.
— SuppL, VI, p. 462. — SuppL, V, p. 486.
(3) C. /. G., 3190, 3484. Mouaeîov de Smyrne, 1880, p. 177.
(4) Waddington, Ins. As. Min., 858.
(5) Mionnet, III, p. 157, n. 701. Eckhel, D. N., IV, p. 291.
(6) Polémon, par exemple, fut néocore à vie. Cf. plus haut, p. 247.
(7) Eckhel, L L
'(8)C.'I. G., 3190, 3484, 3497. Waddington, L L Mouaeïov de Smyrne, L L
(9) Krause, L L, p. 59. Bûchner, l L, p. 19.
(10) Revue archéoL, 1876(1), p. 350. Journai des Savants, 1876, p. 323. Eph. Epigr., III, p. 156.
LE NÉOCORA.T. 255
inscription de Smyrne cite cependant des vetoxc^pot 5tà ^l'ou du culte impérial. Dans la même ville, un grand-prêtre s'appelle en même temps àp/tv£wxopoç (1). Il est très probable qu'il y existait une relation entre ce personnage et les précédents, et nous sommes ici en présence d'une association dont il est le chef. L'absence de documents ne nous permet pas d'afB.rmer qu'il en ait été de même partout.
(1) Waddington, Ins. As. Min., 842, 848.