CINQUIÈME PARTIE
CULTE RENDU AUX E\fPEREURS PAR LES COLLEGES PRIVÉS ET LES PARTICULIERS
Le tableau du culte rendu aux empereurs ne serait pas complet si nous négligions de parler des hommages que leur rendaient les collèges privés et les particuliers.
Tacite nous apprend qu'à Rome même s'étaient créées des sortes de confréries dont les membres portaient le nom de CuUores Augusii, et qui étaient constitués en collèges (1). Ces confréries étaient très répandues (2). Nous n'avons malheureusement aucun renseignement sur leur organisation.
Le plus ancien collège de ce genre, que nous connaissions hors de Rome, fut établi , du vivant même d'Auguste, à Laurinium, faubourg de Nola (3). « Peut-être, » dit M. G. Boissier, « en s'a[)pelant CuUores Augusti, les habitants de Nola avaient-ils voulu de quelque manière respecter les scrupules de l'empereur (4). » Le sens du mot CuUores s'était en effet affaibli et ne disait pas d'une manière précise la nature des hommages rendus par ceux qui le portaient. Sur l'une des faces du monument où est gravée l'inscription qui mentionne ces CuUores on voit un vase à sacrifices, une patère et un aspersoir, et sur l'autre un prêtre conduisant une victime à l'autel, et prêt à la frapper. Cela dit assez que les CuUores formaient un collège destiné à la célébration du culte impérial. Les associations du même genre ne sont pas rares. En Espagne, à Lucus Augusti, existait un coUegium Divi Au-
(1) Tacite, Annal., I, 73.
(2) Per omnes domos, dit Tacite.
(4) Revue arctiéoL, 1872 (I), p. 83.
gusli{\); en Afrique, à Thibilis, une association de Cullores d'Antonin le Pieux (2).
Souvent, les collèges, dont nous parlons ici, rendaient un culte aux images impériales qu'ils associaient aux dieux lares. Ainsi firent à Rome les Cultores larum et imaginum domini invicti Antonini pii (3) et d'autres Cultores qu'on rencontre en Afrique (4) et en Dacie (5).
Quand la fortune changeait, les collèges suivaient la fortune. L'un d'eux , institué la dernière année du règne de Néron , remplaça, l'année suivante, les images de cet empereur par celles de Galba, et y joignit la statue de la liberté rendue aux Romains (6).
D'autres honoraient la domus Divina, le Salut Auguste ou la Victoire Auguste (7). C'était encore une manière d'honorer l'empereur.
Toutes ces confréries furent constituées sur le modèle de toutes celles qui existaient légalement dans l'empire, et si le petit nombre de documents que nous possédons ne nous donne que peu de renseignements à cet égard, du moins nous font-ils connaître les noms de quelques curateurs annuels (8).
Certains collèges ajoutaient aussi le nom d'Augustales à celui qu'ils portaient, aussi nous trouvons des Dendrophori Augustales à Lyon et à Amsoldingen (9). C'était dire qu'ils joignaient le culte d'Auguste à celui de leurs dieux primitifs. Ainsi firent également les Aeditui Castoris et Pollucis, à Tusculum (10) et les autres collèges dont nous avons parlé dans le chapitre précédent.
De même, les associations d'artistes qui prenaient part aux divers concours qui avaient lieu à l'occasion des fêtes religieuses, ajoutèrent au culte de Dionysos celui de l'empereur Hadrien et de ses successeurs. Ils portèrent le nom de o\ aTrb t^ç o'ixou- (xévYjç TTspl T^v Atovuffov xal AuTOxpaTopa T. AiXiov ASptavov 'AvTwve'tvov 21e-
(2) Ibid., VIII, 5523.
(4) Bull, corresp. afric, 1882, p. 306.
(6) C. I. L., VI, 471. Cf. G. Boissier, l. l., p. 84.
(7) C. I. L., VIII, 5695; XIV, 3561. Corpor. Insc. Latin. Suppl. Italica, I, 870, 883.
(9) Hagen, Tituli Aventicenses , 48; Anzeigcr fur scftWeUeriSChè Atterthumskunde, 1878, n. 320, p. 805; Bulletin de ta Société dès antiquaires de France, 1886, p. 7U. Wilmanns, 2233.
(10) Voir plus haut, p. 226 et 228.