SIXIÈME PARTIE
Les honneurs divins que les empereurs s'étaient attribués n'avaient pas été sans soulever chez les Romains certaines oppositions. Ceux qui avaient conservé quelque attache aux idées républicaines reprochaient à Auguste de s'être approprié des hommages dus aux dieux seuls , d'avoir voulu des temples , des Flamines et des prêtres (1). Mais ce mauvais vouloir de la première heure disparut bientôt. A peine cite-t-on quelques exemples de gens qui refusèrent de jurer par le génie impérial (2), et rares furent ceux qui, comme Thraséas, montrèrent leur mécontentement, quand une apothéose leur paraissait trop révoltante (3). Pour la presque unanimité des sujets de l'empire le culte des Augustes n'offrait rien qui choquât leurs croyances religieuses. Au milieu des divinités qu'ils adoraient, ils trouvaient aussi naturel de donner une place à l'empereur qu'à Hercule ou aux autres héros de l'antiquité.
Deux groupes d'hommes cependant, par la nature même de leurs idées sur la divinité , ne pouvaient prendre part à ce culte. Ils révéraient un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre. Pour eux, l'empereur était un homme plus grand que les autres, sans doute, par la puissance, mais leur égal par la nature. Le respecter et lui obéir était un devoir, mais l'adorer était un sacrilège. C'étaient les juifs et les chrétiens.