‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 38 sur 61 · II. — Culte rendu aux empereurs défunts · texte numérisé non relu

II. — Culte rendu aux empereurs défunts

Les sodalités établies à Rome en l'honneur des diverses gentes impériales avaient très probablement disparu du temps de l'empereur Tacite. Le titre de Divus n'était plus qu'un honneur banal que le sénat décernait à tous les Césars après leur mort. Les esprits cultivés de Rome, les sénateurs n'attachaient plus à la consécration un sens religieux.

Dans cet état de choses, il n'y a pas lieu de s'étonner que les empereurs chrétiens aient continué à faire donner à leur prédécesseurs le titre de Divus.

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(1) Saint Jérôme, In Daniel, III, 18. Migne, P. L., t. XXV, p. 509.

(2) Saint Ambroise, Hexameron, VI, 9, 57. Migne, P. L., t. XIV, p. 266. Saint Jean Damascène, Or. de imaginibus, III, 41. Migne, P. G., XCIV, p. 1357.

(3) Cod. Theod., XIII, 4, 4; VIII, 11, 4; XV, 7, 12. Hardouin, Conciles, IV, p. 337, Les monnaies sont appelées venerabiles formas, et les faux monnayeurs sacri oris imitatores, et divinorum vulluum adpetitores. Cod. Theod., IX, 38, 6.

(4) Cod. Theod., XV, 4, 1 ^ Cod. Just., I, 24, 2.

(5) Socrate, H. E., VI, 18. Sozomène, H. E., VIII, 20.

(6) Saint Jean Ghrysostome, De laudibus S. Pauli aposloli, llom., VII. Migne, P. G. L., II, p. 508.

Constantin reçut, en effet, les honneurs de la consécration , et après lui Constant, Constance, Julien, Jovien, Valentinien I" et Gratien (1). Ce dernier empereur abolit les rites païens, mais le titre de Diviis ne disparut pas pour cela, tant il est vrai qu'il avait perdu sou sens premier. Théodose lui-même fut consacré après sa mort. Il existe, au sujet de la consécration de cet empereur, un teite curieux que M. de Rossi croit authentique bien qu'il nous ait été transmis par Ligorio. Cette inscription est, pour ainsi dire, le dernier souvenir de la consécration sous sa forme ancienne. Elle doit être l'œuvre de quelque païen attardé, ou de quelque ami de l'antiquité classique et se compose des deux vers suivants :

Martia Theudosium Dominorum Roma parentem Aetherio diVum venerans sacravit in orbe (2).

Valentinien III est aussi appelé Divus dans une inscription chrétienne (3), et jusqu'aux confins du moyen âge, Anastase et Zenon sont appelés par Justinien : Divae memoriae, ou Divus princeps{i). Grégoire de Tours lui-même parle du Divus Honorius (5).

En conséquence de ce fait les actes des empereurs défunts sont appelés Divales. On dit : Divale scitum, lex Divalis, relatio Diviprincipis, rescripta Divalia, etc. (6).

Ce langage était si bien établi (7) que les chrétiens euxmêmes ne craignaient pas de l'employer. Nous nous sommes servi, pour dresser la liste des Divi, d'inscriptions chrétiennes portant des dates consulaires. Quand cette date est dési-

(1) Voir appendice A.

(2) Muratori, CCLXV, 4. Cf. De Rossi, Inscr. urb. Rom., I, p. 338.

(3) De Rossi, Inscr. urb. Rom., I, 767. C. I. L., XI, 2583.

(4) Cf. appendice A. L'expression piae m^emoriae est employée souvent comme synonyme.

(5) Giég. de Tours, Hist. des Francs, II, 8.

(6) Symmaque, Relat., 27, 28, 30, 41. Cod. Just., I, 17, 1, 9. Novelles de Théodose, I, 2, etc.

(7 Los empereurs appellent Divi, dans leurs lois, leurs prédécesseurs même antérieurs à Constantin : Divus Hadrianus, Nov. de Valentinien, II, 4. Cod. Just., I, 17, 2, 18; Divae memoriae Vespasianus, Just. Nov., ClII, praef ; Divae memoriae Alexander, Just. Nov., XXII, 27, 45, 46; Divus Marcus, Cod. Just., VII. 2, 15. Le mot Divus a été conservé au Digeste. On dit par exemple : Divus Augustus, Digeste, XIV, 2, 9; Divus Claudius, ibid., XL, 8, 2; Divus Nerva, ibid., XL, K,i; Divus Trajanus, ibid.. Il, 12, 9: Divus Pertinax, ibid., L, 6, 5, 2 et 13; Divus Pius, XXXIV, 1, 3; Divus Severus, ibid, etc.

gnée par le nom d'un empereur mort, les chrétiens font précéder son nom de l'épithète Divus. C'est ainsi qu'il est question plusieurs fois du Divus Jovianus (1) et du Divus Valentinianus III (2), et même du Divus Julianvs (3). Il serait difficile de voir autre chose qu'une date et un titre banal dans le texte de Grégoire de Tours relatif à Honorius et dans les passages où Justinien parle de ses prédécesseurs. L'emploi que l'empereur fait du mot piùs comme synonyme de Divus est significatif?

Ce qui montre encore que le titre ûe Divus n'avait plus par luimême une signification religieuse c'est que parfois il est accompagné des épithètes venerabilis ou inclytus. Si le mot Divus avait conservé sa force, ne serait-il pas dérisoire de le faire suivre d'un autre adjectif comparativement plus faible (4).

Toutefois il ne faut pas oublier que, dans les temps qui ont immédiatement suivi le règne de Constantin, les païens étaient encore nombreux. Ils s'attachaient avec ardeur aux restes de l'ancienne religion. Aussi les voyons-nous donner, comme autrefois, à la consécration le sens d'une admission de l'empereur au rang des dieux. Ils notent avec soin la comète qui annonce la mort de Constantin (5); la main gravée sur les médailles de consécration était pour eux celle de Jupiter accueillant le prince dans roiympe (6) , tandis que pour Eusèbe et les chrétiens c'était la main du Dieu tout-puissant (7). Pour Symmaque, c'est la protection des dieux qui a conservé au père de Théodose son empire, et il montre le Divus, du haut du ciel, touché des larmes des prêtres et gémissant de voir violer la paix qu'il avait conservée (8). Il parle de la même façon de Gratien , frère adoptif de Théodose , reçu au ciel (9).

Le titre de Divus était probablement à cette époque , comme à l'époque précédente, décerné par un acte particulier. Malheureusement sur ce point nous n'avons pas de renseignements précis. Vraisemblablement le Sénat de Rome conserva les usages anciens.

(1) De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., 172, 174, 175. Mars à décembre, 364. (i) Ibid., n. 767. Saint Léonis, Opéra. Migne, P. L., t. LVI, p. 554.

(3) Ibid., n. 767. Avril à décembre, 455.

(4) Ci. L., VI, 1151. Symmaque, jReiaf., 40. Cf. Mowat, La Do mit s divin a, p. 34.

(5) Eutrope, X, 8,

(6) Eumène, Panégyr. Const., 7.

(7) Eusèbe, Vita Constanlini, IV, 71. Cf. Cohen, Monn. imp., VII, p. 318.

(8) Symmaque, Relat., 3, 20.

(9) Relat., 41, 1.

Le Sénat était, en effet, composé en grande majorité de païens. Les vieilles familles de Rome, qui par leurs traditions tenaient le plus an passé furent les dernières à entrer dans la religion nouvelle. Rien n'empêche également que, comme à l'époque antérieure, le successeur de l'empereur défunt ait demandé au Sénat la consécration de son prédécesseur. C'était un acte purement civil et qui par conséquent pouvait être fait par un empereur chrétien. Ausone nous montre du reste qu'il en fut ainsi. Louant la piété de Gratien , il en trouve une marque particulière dans le soin que prit Gratien de faire consacrer son père Valentinien (1).

On ne voit plus après Constantin de consécrations d'impératrices ou d'autres membres de la famille impériale. Les empereurs ont seuls le titre de Divus. Sous le règne de Constantin, peut-être y a-t-il une exception pour Crispus, mais encore est-elle très douteuse (2).

Les ritos anciens de l'Apothéose , le bûcher du sommet duquel ou faisait envoler un aigle, furent certainement remplacés par un rite que nous ne connaissons pas, mais qui devait être de nature à ne pas choquer les chrétiens. C'est l'opinion d'Eckhel et de M, de Rossi (3); elle a pour elle toutes les vraisemblances et aussi le témoignage des monnaies. En effet Constantin est le dernier prince en l'honneur de qui existent des médailles de consécration. Sur aucune d'elles ne figurent le bûcher ou l'aigle, mais seulement un quadrige qui emporte l'empereur au ciel et une main qui l'accueille. De même, dans les images par lesquelles on représentait à Rome son apothéose, on avait soin de prendre des symboles qui pussent être acceptés dans un sens chrétien. On repré.sentait l'empereur au-dessus des voûtes célestes. Pour un païen, il était ad sidéra relatns, pour un chrétien Dieu le recevait dans le ciel après la mort (4).

D'après Eckhei, ce dernier vestige des anciennes coutumes, si affaibli qu'il fût, disparut même à l'époque de Gratien, mais si l'inscription relative à Théodose est authentique, le vote du sénat subsista au moins jusqu'à lui.

(1) Ausone, Graliarum actio Graliano Aug., 2, 7. De mêmeEutrope, X, 18, dit, en parlant de Jovien : Benignitate principum, qui ei successerunt, inter Divos relatus fuit.

(2) Inscription d'Orelli, 1078, absente du tome II du Corpus.

(3) Eckhei, D. N., VIII, p. 473. Cf. De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., I, p. 337. Eusèbe, Vie de Constantin, IV, 70, décrit les funérailles de Constantin et sa sépulture à l'église des Apôtres, à Constantinople.

(4) Eusèbe, Vie de Constantin, IV, 69.

Des honneurs rendus aux Divi tout ce qui ressemblait à un culte véritable disparut. Plus de temples, de pulvinar, de Flamines. La célébration du dies natalis resta seule. Nous le constatons dans l'inscription de Constance II (1), dans le calendrier Philocalien, rédigé entre 340 et 350 et remanié avant 361 (2), dans le laterculus de Polemius Silvius qui est de 448 {'.]).

Au jour anniversaire de chacun des empereurs consacrés , on ne faisait plus de sacrifices, cela va sans dire, mais il y avait probablement toujours des réjouissances et des festins. Gela suffisait à la foule.

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