‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 4 sur 61 · L • XI · texte numérisé non relu

L • XI

DIVOM

IVLIVM

(2) Appien, G. C, II, 148; Dion Cassius, XLVII, 18.

(3) Eckhel, D. iV., VI, p. 11 et 75. Il figure sur les médailles antérieures à 720 de Rome (34 av. J.-C).

(4) Appien, G. C, II. 148; Dion.Cassius, LI, 22; C. /. L., I, p. 399. A la date du XV. K. sept., le calendrier d'Amiternum porte DIVO IVLIO AD FORVM., et celui d'Antium AEDIS DIVI IVL;0 DEDI(ca/a). Cf. Res Gestae, IV, 2, et le Cormnentaire de Mommsen, p. 80 (2* éd.). Hermès, IX, p. 342 et suiv. Ce temple reçut le droit d'asile.

(5) Pline, Hist. nat., II, 24(23); Suétone, César, 88, place le fait ludis quos primos consecrato ei hères Augustus edebat. Cf. Dion Cassius, XLV. 7; Julius Obsequens, De prodigiis, CXXVIII (67); Sénèque, Quesf. natur., VII, 17. La comète parut pendant sept jours, dit Plutarque, César, 69.

(6) Dion Cassius, XLV, 7.

(7) Babelon, Afonn. de la rép. rom., II, p. 59.

(8) Babelon, Monn. de la rép. rom.. Il, p. 83, 84, 417, 418. Cohen, Afonn. imper., 2* éd., I, p. 21 et 78. [Les références sont toujours faites à la 2* édition.]

pour les poètes, flatteurs du pouvoir nouveau, et Ovide termina ses Métamorphoses par le récit du changement de Césai- en comète (l).Cet astre est si bien le signe distinctif de César divinisé, que sur le bas-relief de l'église de Saint-Vital, à Ravenne, qui représente les Julii , c'est à sa présence qu'on reconnaît le premier des empereurs au milieu de ses descendants adoptifs (2).

Comme complément des hommages rendus à César, le Sénat défendit que désormais son image fût portée dans les funérailles. La place d'un dieu n'était pas au milieu des mortels, si grands qu'ils fussent (3).

Pline l'ancien, après avoir cité les paroles d'Auguste qui racontent l'apparition do la comète, ajoute cette reflexion : « Octave voyait dans cet astre l'annonce de sa propre puissance. » Rien n'était plus vrai. Cette comète faisait naître l'empire (4).

Dans la lutte qui suivit la mort de César et dans laquelle divers concurrents se disputèrent son héritage, chacun comprit, tellement l'opinion publique avait été transformée à Rome sur ce point, qu'il fallait, pour être le maître, avoir en soi quelque chose de divin. Etre dieu, ou tout au moins fils de dieu, était une condition indispensable pour aspirer à l'empire du monde.

Sextus Pompée se fit passer pour fils de Neptune (5). Il -remplaça la pourpre des généraux romains par un vêtement d'azur. Les médailles qu'il fit frapper rappelèrent la même idée (6). Cette filiation divine ne sauva pas l'amiral romain de la défaite. Un jour, pendant la guerre de Sicile, dit Pline l'ancien, Octave

(1) Ovide, Metam., XV, fab. ultima. Properce, IV, 6, 59; Silius Italicus, Puniques, III, 629; XIII, 863.

(2) Friedlaender, Archaelog. Zeitung, 1867, p. 110, a fait le premier cette remarque, et a reconnu César là où, avant lui, on avait cru voir Tibère.

(3) Dion Cassius, XLVII, 19, cf. LVI, 34.

(4) Pline, Hist. nat., II, 24.

(5) Dion Cassius, XLVIII, 19; Appien,,G. C, V, 100; Pline, Hist. nat., IX, 16.

(6) Eckhel, D. N., VI, p. 27, discute la question de savoir si, dans les médailles qui portent la tète de Cn. Pompée avec la légende SEX. MAGN. PIVS. IMP. S AL. (cf. Babelon, Monn. de la rép. rom., II, p. 350. Cohen, Monn. imp., I, p. 3, n. 11), le mot S AL. désigne Salatia, déesse de la mer, dont il est question dans Festus, dans Varron {De ling. lai., V, 72), dans Cicéron {Fragment de la traduction du Timée, 11). Le sens est IM(pera<or) SAL(utatus). Babelon attribue les monnaies qui portent Neptunius à Sext. Pompée {Monn. de la rép. rom., Il, p. 355) quoiqu'elles aient au droit la tête de son père (cf. Cohen, Monn. imp., l, p. 4, n. 15 et 16; p. 20, n. 4).

vit la mer déposer des poissons à ses pieds. C'était, dirent les courtisans, le signe certain que Neptune abandonnait son fils, qui serait bientôt lui-même aux pieds du vainqueur (1). En effet, peu après, S. Pompée dut s'enfuir après avoir brûlé ses navires, et Horace chanta sa défaite (2).

Antoine ne pouvait faire moins que le fils de Pompée. Suivant une vieille tradition, la gens Antonia descendait des Héraclides. Elle avait pour auteur Anton , fils d'Hercule (3). Mais au nom d'Hercule, Antoine préféra celui de nouveau Dionysos, et s'efforça d'imiter en tout la vie légendaire de ce dieu (4). On se rend assez facilement compte de cette préférence. Dans le partage qu'Antoine et Octave firent de l'Empire, Octave eut l'Occident et Antoine l'Orient, or Dionysos était le conquérant par excellence de l'Orient. Antoine se promena de ville en ville avec un cortège de femmes vêtues en bacchantes et de jeunes gens habillés en pans et en satyres. Partout où il passait on entendait le son des chalumeaux et des tambours; partout il étaitentourédes pompes dionysiaques. Lui-même portait une couronne d'or et de lierre, tenait à la main le thyrse et chaussait le cothurne. Dans cet appareil , il entra solennellement à Ephèse, à Athènes et plus tard à Alexandrie (5). Sous ce nom, il voulut qu'on l'honorât dans toutes les villes soumises ^-à son autorité. Les monnaies cislophores d'Asie sont un témoignage de ses prétentions (6) et les lions qui figurent sur d'autres monnaies contiennent une allusion au même désir (7) ; ils rappelaient ceux qu'Antoine attelait à son char, toujours en souvenir de Dionysos (8).

Antoine fut un triste dieu ; sa divinité s'usait eu banquets et en débauches de toutes sortes. S'il rappelait Hercule, c'était par sa polygamie (9) et de Dionysos il imitait surtout les or-

(1) Pline, Hist. nat., IX, 16.

(2) Horace, Epod., IX. 7.

(3) Plutarque, Antoine, 4.

(4) Plutarque, Ibid., 60.

(5) Plutarque, Antoine, 24. Dion Cassius, XLVIII, 39; Athénée, Deipnosoph, IV, p. 148; Sénèque, Suasoi-iae, I, 6. Velleius Paterculus, II, 82.

(6) Babelon, Monn. de la rép. rom., I p. 179. Cohen, Monn. imp., I, p. 53; Cf. Eckhel, D. N., VI, p. 64.

(7) Babelon, Ibid., I, p. 157, voit dans les lions une allusion à Hercule, et p. 168-167 au char de Cybèle. Cohen, Ibid., I, p. 51.

(8) Pline, Hist. nat., VIII, 16 (21). Cicéron y fait allusion quand il écrit à Atticus (X, 13) : Cave Antonii leones.

(9) Plutarque, Antoine, 37.

gies. Les Grecs sceptiques virent bientôt à qui ils avaient affaire. Ils flattèrent la manie du triumvir pour s'attirer ses bonnes grâces. Les Athéniens vinrent au-devant de lui avec leurs femmes et leurs enfants, pour le saluer du nom qu'il revendiquait (1). Ils le contemplèrent volontiers, abrité sur le théâtre, dans une tente de feuillage, imitation de l'antre bachique. Là, couché avec ses amis, il faisait entendre dès l'aurore le bruit du tympanon, et revêtait la nébride. Les musiciens, réunis pour les fêtes communes de la Grèce, jouaient en son honneur. La foule l'accompagnait avec des lampes allumées quand il montait à l'Acropole (2). Un jour même, les Athéniens lui proposèrent d'épouser Athéna. Antoine vit là une occasion de profit. Il demanda mille talents de dot. Un des Grecs trouva la plaisanterie déplacée et répondit ironiquement : « Zeus, Seigneur, a épousé sans dot ta mère Sémelé. » Antoine ne se fâcha pas, mais il exigea la dot ; les Athéniens furent réduits, pour se venger, à écrire contre lui des libelles injurieux et trouvèrent moyen de les lui faire parvenir. Ils affichèrent même, aux pieds de sa statue, une pancarte dans laquelle, faisant allusion aux amours d'Antoine, ils avertissaient ses deux épouses, Octavie et Athéna, de veiller sur leur bien (3).

Antoine avait en effet rencontré sur son chemin une déesse qui désirait associer sa divinité à celle du triumvir. C'était Cléopâtre. La reine d'Egypte crut trouver en lui un défenseur pour remplacer César et ne négligea rien pour le séduire. Plutarque nous a dépeint tout au long les magnificences qu'elle déploya pour conquérir le'cœur du nouveau Dionysos. Elle vint à lui comme une autre Aphrodite et les peuples crurent que l'union des deux divinités tutélaires de l'Asie assurait à tout jamais le bonheur de ce pays. Elle fut la Séléné de ce Dionysos, l'Isis de cet Osiris. Elle ne donnait ses audiences au peuple que vêtue de la robe consacrée à la déesse égyptienne, et en prenant son nom (4).

L'espoir de l'Asie fut trompé. Des présages sinistres annoncèrent la chute d'Antoine. A Palras, la foudre consuma le temple d'Hercule en présence de son descendant. A Athènes, la statue de Dionysos fut enlevée par le vent. Actium réalisa ces prophéties. Le temple que Cléopâtre avait fait construire à Alexandrie pour

(1) Sénèque, Suasoriae, I, 6.

(2) Socrate de Rhodes cité par Athénée, IV, Deipnosoph., p. 148.

(3) Sénèque, Suasoriae, I, 6; Dion Cassius, XLVIII, 39.

(4) Plutarque, Antoine, 26. Dion Cassius, L, 5.

ÉTABLISSEMEiNT DU CULTE DES BBCPEREURS. 13

le dieu Antoine resta pour quelque temps inachevé, et devint plus tard le temple du dieu Auguste (i).

Tout Héraclide et nouveau Dionysos qu'il était, Antoine eut été flatté d'être fils adoptif de César (2). Faute de mieux , il fut réduit à être son flamine (3).

Etre flamine cela ne valait pas le titre de fils du Divus. Octave le possédait; il jugea avec raison qu'il n'en devait point chercher d'autre. Laissant de côté les attributs de Dionysos ou d'Apollon, il s'appela et se fit appeler : Divi filius. Ces mots figurent sur ses médailles et dans tous les documents officiels. Comme signe de sa filiation , il porta sur son casque l'étoile qu'il avait placée au front des statues de César (4).

Pendant tout le temps que dura la lutte contre Antoine, on ne fil rien de plus (5). Octave ne chercha pas une divinité qui ne pouvait être solide, tant que la puissance terrestre n'était pas assurée.

Après la victoire d'Actium, les honneurs divins vinrent d'euxmêmes. Les poètes chantèrent à l'envi le dieu vainqueur. On rappela qu'au moment de sa naissance, Atia, sa mère, avait rêvé que le fruit de ses entrailles s'élèverait jusqu'au ciel et posséderait toute la terre, et que, en même temps, son père Octavius avait vu comme une lumière sortir du sein de son épouse. L'enfant était né le dixième mois de l'année, il était donc vraiment fils d'Apollon. Cela expliquait le rôle du Dieu dans la bataille d'Actium. L'archer céleste avait foudroyé les ennemis de son fils ; il s'était

(1) Suidas, au mot i^iiUçt-^o^ — 'Avtuviu Se à)xoSé(jiei [KXsoiraTpa] vewv [lÉYav, ôffuep ouv :?i|iiepYo; àizilti^bii tw Zcêctaziô ôè èxe).£(T6r,. Cf. Dion Cassius, LI, 15, et Néroutsos-Bey, L'Ancienne Alexandrie, p. 11.

(2) Appien, G. C, III, 16 et 19.

(3) Cicéron, Phil., II, 43, 110 : « Est ergo flamen ut Jovi, Marti, ut Quirino, sic Divo Julio, M. Antonius. » Plutarque, Antoine, 33.

(4) Servius, Ad Virgil. Aeneid., VIII, 681 : a Ipse stellam in galea coepit habere depictam. » Le plus ancien monument oîi il porte le titre de Divi Filius ce sont les fastes triomphaux de 714. On le voit aussi sur les monnaies dès l'an 716= 38 avant J.-C. Cf. Babelon, Monn. de la rép. rom., II, p. 56. Cohen, Monn. imp., I, p. 22.

(5) Pendant cette lutte , s'il faut en croire les bruits populaires , Octave immola, devant l'autel de César, trois cents prisonniers faits à Pérouse. Dion Cassius, XLVIII, 14; Suétone, Aug. , 15. Au moins laissa-t-il agir la fureur du soldat, et les arae perusinae restèrent comme un souvenir odieux. Cf. Sénèque, De Clemenha , I, 11, 1; Velleins Paterculus, II, 74; Appien, G. C, V, 49.

tenu debout sur la poupe du vaisseau qui portait Octave (1). Octave devenu Auguste n'oublia pas ces souvenirs. Il aimait , sur ses images, à être paré des attributs d'Apollon. Dans la bibliothèque du Palatin une statue lui fut dressée , où il était ainsi représenté (2), De là le nouvel essor que prit alors le culte de ce dieu. C'était une manière détournée d'honorer le maître (3).

Quand il s'agit de flatteries, l'initiative privée prend toujours les devants. Les fonctions que se partagent les anciens dieux dans le gouvernement du monde , le dieu nouveau les remplira toutes à lui seul. Il sera, selon sa volonté, le maître de Rome et du monde, celui qui fait pousser les moissons et règle les saisons, ou le dieu des flots et de l'océan, seul vénéré des matelots. Il sera le fils deVénus et le gendre de Tethys (4).

A lui s'adresseront de préférence les hommages ; à lui seront immolées les victimes (5), expression de la reconnaissance générale envers le pacificateur de l'Italie et du monde. Tous pensent, comme Virgile, qu'un dieu leur a donné la tranquillité et le repos (6). Tous aiment à invoquer dans les festins le nom

(1) Suétone, Auguste, 94. Virgile, Enéide, VIII, 704 :

Actius haec cernens arcum intendebat Apolio Desuper.

Properce, IV, 6, 27 :

Cum Phaebus

Adstitit Augusti puppim super et nova flamma Luxit in obliquam ter sinuata facem.

(2) Suétone, Auguste, 70; cf. Servius, Ad Virgil., Bucol., IV, 10; Horace, Épit., I, 13, 17.

(3) Preller, Rômisch. mythoL, 3» éd., I, p. 307, RoFcher, Ausfûhrliches Lexicon der. Gr. und. Rômisch. Mythologie , p. 448. Auguste fut aussi très souvent identifié à Mercure. Cf. Kiessling, Zu Augusteischen Dichtern, p. 92; Krall, Wiener studien X, p. 315.

(4) Virgile, Géorg., I, 24. Selon la remarque de M. Guiraud [Assemblées provinciales, p. 22), il s'agit ici de la divinité future d'Octave, mais c'est déjà beaucoup qu'elle lui soit promise de son vivant. Un dieu futur l'est déjà plus qu'à moitié. Cf. Horace, Od., III, 3, v. 11, et 5, v. 1.

(5) Virgile, ibid., III, 16 et suiv. Dans le passage de la 1" Eglogue, v,43:

Hic illum vidi juvenem, Melibœe quotannis

Bis senos cui nostra dies altaria fumant. Preller, Rômisch Mythol., II, 202, voit un sacrifice offet en l'honneur d'Auguste, Le P, de la Rue {Ed. ad usum Delphin.) pense que ce vers signifie seulement qu'on offrait un sacrifice en faveur d'Auguste {cui). Il donne pour raison que celui-ci n'avait pas encore reçu des honneurs divins. Mais l'absence d'honneurs officiels n'empêche pas le culte piùvé. Au vers 6, Octave est aussi appelé Deus.

(6) Virgile, Bucol. , I, 6.

de ce dieu propice (i). On verra plus tard un médecin dédier à l'empereur, avec une praefatio religiosa , un traité sur les plantes médicinales, et la raison qu'il en donnera est à noter comme un témoignage de la confiance publique; c'est pour que la majesté du prince guérisse les maux de l'humanité et vienne en aide aux simples décrits dans l'ouvrage (2). D'une extrémité à l'autre du monde soumis à Rome , le même sentiment est dans tous les cœurs, et l'Egypte fait écho à Virgile. Pour elle, Octave est le maître de la terre et de l'océan ; Zeus, fils de Zeus, l'astre de la Grèce, selon les expressions de l'inscription gravée par Gatilios, fils de Nicanor(3).

Les membres de la famille d'Octave recevaient comme lui des titres, qui en faisaient des fils de dieux. G. Gaesar son petit-fils et son fils adoptif était un fils de Mars, Mars lui-même (4).

Tout cela était, avons nous dit, l'œuvre de l'adulation privée. Octave pouvait laisser faire. Les sentiments propagés par les poètes servaient ses desseins sans que lui-même pût être accusé de prétentions ridicules à la divinité. En même temps il affectait la plus grande simplicité dans sa conduite. Jamais il ne permit qu'on l'appelât directement maître ou dieu (5), ni qu'on lui dédiât de temple (6). Toutes les statues pédestres et équestres , les quadriges d'argent, qui avaient été élevés en son honneur, au nombre de quatre-vingts environ, il les envoya à la fonte , et en fit des trépieds qu'il offrit à Apollon Palatin (7). Il autorisa seulement l'introduction de son nom dans les chants saliens, parmi ceux des dieux antiques de la patrie (8).

Tout le monde sentait cependant qu'un tel changement s'était

(1) Horace, Od., IV, 5, v. .30.

(2) Pline, Hist. nat. , XXV, 2 : « Ut omnibus malis humanis potissimum principis mederetur majestas.

., 49-23 (de l'an 10 ou 7 av. J.-C).

KaCuapi TrovTOjiéSovTt xal àTreiptav xpaxeovTi , Zàvi Tw èx Zavà; Tcarpôç IXevôepio) , AecTCÔTqf Eùpwira; xe xai 'Xffiôo; , imput àiràiraç 'E),Xàao; , [3;] Z<iy:[ii]ç) Zeù; àv[É]Te[i]X[e] |«Ta; x. t. X.

(4) C. /. A., III, 444, 444 a. Mittheilungen d. Arch. Inst. in Athen., 1888,

(5) Suétone, Auguste, 53.

(6) Dion Cassius,. LU, 20.

(7) Res Gestae, IV, 51. Cf. Suétone, Auguste, 52. Il fit de la monnaie avec les statues élevées parles particuliers. Dion Cassius, LUI, 22; cf. LU, 35; LIV, 35; Pline, Hist. nat., XXXIII, 12.

(S) Res Gestae, II, 21; Commentaire de Mommsen, 2» éd., p. 44; cf. Dion Cassius, LI, 20 : « g; te toù; -jijlvou; è? ï<rou toï; Oeoï; eerfpoipeiiflat. »

16 ESSAI SUR LE CULTE RENDU AUX EMPEREURS ROMAFflS.

opéré dans la constitution de Rome, qu'il fallait un nom nouveau pour désigner le chef du pouvoir. Il y eût, à ce sujet, des propositions de tout genre ; Octave penchait poiir le nom de Romulus, qui montrait en lui un second fondateur de Rome, mais il craignit que le souvenir de la royauté ne rendît ce nom odieux et il choisit celui d'Auguste, mot sous lequel les romains désignaient les choses les plus sacrées et les plus vénérables (1). Munatius Plancus fit une proposition en ce sens ; et, le 16 des calendes de février, sous le septième consulat d'Octave et le troisième d'Agrippa (16 janvier de l'an 727 de Rome= 27 avant Jésus-Christ), fut voté un sénatus-consulte qui donna un titre définitif et héréditaire (2) à Octave et à ses successeurs (3). Ce nom faisait d'Auguste quelque chose de plus qu'un homme (4), et au temps de Végèce il assurait encore un respect religieux à l'empereur comme à un dieu partout présent (5). Ce nom fut si bien considéré comme un nom divin que parfois l'empereur fut appelé nouvel Auguste, de même que plus d'un successeur d'Alexandre s'était appelé nouvel Apollon ou nouveau Dionysos (6).

Quelques années plus tard, en l'an 8 avant Jésus-Christ, le mois de Sextilis fut appelé Augustus comme le mois Quinlilis avait été appelé Julius, et le premier jour fut consacré à des fêtes célébrées en l'honneur de l'empereur (7). A la môme époque avait lieu la réorganisation de la ville de Rome, qui fut partagée en quatorze régions, le culte des dieux lares était remis en honneur et on y joignait le culte du Genius Augusti.

Il semble que l'empereur se soit efforcé de ne prendre de divinité que l'indispensable, si l'on peut parler ainsi. En même temps

(1) Dion Cassius, LUI, 16; Suétone, Auguste, 7; Florus , IV, 12 [II, 33], 66; Tite-Live, Epitome, CXXXIV ; Pausanias, III, 11, 4. Cf. Ovide, Fastes, I,

(2) Nomen hereditarium. Suétone, Tiber., 26; Lampride, Alexand. Sever., 1. Cf. Eckhel, D. N., VIII, p. 355 et suiv.

(3) Censorinus, De die natali, 21, 8 : « Ex ante diem XVI. Kal. Febr. Imperator Caesar. D. f. sententia L. Munatii Planci a senatu ceterisque civibus Augustus appellatus est se VII et M. Vipsanio Agrippa III , cos. Cf. C. /. L., I, p. 384; X, n. 8375. Cassiodore, Chronique, Ad. ann., 727. P. Orose, VI, 20, 8; cf. Res Gestae, VI, 16. Commentaire de Mommsen, 2* éd., p. 149.

(4) Dion Cassius, LUI, 16.

(5) Végèce, II, 5. « Imperator cum Augusti nomen accepit, tanquam praesenti et corporali Deo, fidelis est praestanda devotio. »

(6) Letronne, Inscriptions de l'Egypte, I, p. 90; C. I. G., 1625.

(7) Macrobe, I, 12, 35.

il assurait fortement tout ce qui était nécessaire à la durée de son empire et à la stabilité de son œuvre (1).

L'Italie eut plus de liberté que Rome. Aussi voyons-nous, surtout dans l'Italie du sud , les traces d'un culte adressé à Auguste de son vivant même. Les villes où il passait faisaient du jour de son arrivée chez elles le commencement de l'année (2). A Naples, il put voir les jeux quinquennaux institués en son honneur (3). Des fêtes du même genre furent établies à Cumes (4). A Pompéies {b) et à Pise (6) , on trouve des Flamines d'Auguste. Dans une ville d'Etrurie (Forum Clodii) on offre, au jour de sa naissance, du vin et de l'encens et on immole des victimes à son autel (7). A Bénéveut , à Terracine, à Pola, à Vérone, à Crémone, à Pise, à Pouzzoles, s'élèvent des temples (8).

Les provinces ne restèrent pas en retard. L'Asie donna l'exemple et demanda à Auguste l'autorisation de bâtir des temples à sa divinité. L'empereur donna la permission demandée, mais à la condition qu'à son nom serait associé celui de Rome. Le culte devait s'adresser à la souveraineté de la ville éternelle et à son représentant, c'est-à-dire, selon la formule qui devint officielle après qu'il eut pris lui-même le titre d'Auguste : PwfXY) xat 2eêa(rrw, Romae ei Augusto (9). De plus, les provinciaux seuls, ceux qu'en Asie, on appelait les Hellènes par opposition aux Romains, devaient prendre part à ce culte. Les Romains ne devaient honorer que Rome et César , devenu Divus Julius (^pw;

(1) Auguste plaisantait même quelquefois au sujet du culte qui lui était rendu. On connaît sa réponse aux habitants deTarragone qui lui annonçaient la naissance miraculeuse d'un palmier sur son autel. « On voit, » leur dit-il, « que vous n'y faites pas souvent de feu. « Quintilien, Inst. oral., VI, 3, 77.

(2) Suétone, Auguste, 59.

(3) Suétone, Ibid., 98. Cf. Dion Cassius, LV, 10; Strabon, V, 7.

(5) C. /. L., X, 830, 837, 838, 840, 943, 944, 947, 948. Le premier prêtre d'Auguste est M. Holconius Rufus, à qui succède , du vivant de l'empereur, M. Holconius Celer, qui est appelé sacerdos Divi Augusti après la mort d'Auguste (n. 946).

(6) C. I. L., XI, 1420, en l'an 4 après J.-C.

(7) C. /. L., XI, 3303, l'an 18 après J.-C, mais l'établissement du culte est antérieur, car il est dit dans l'inscription: Victimae ... quae p{er)p{etuo) immolari adsueta[e] sunt ad aram quae numini Augusto dedic{ata) est.

Page 1