C. /. L., V, 18, 3341, 4442; IX, 1556; X, 1613, 6305; XI
(9) Auguste aimait à s'associer à Rome, comme on le voit sur une pierre gravée de Vienne. Cf. Duruy, tlist des Romains, édit. illustrée, IV, 233.
'louXioç). Il semblait à Auguste qu'il ne dût pas, même en partage avec Rome, être traité par ses concitoyens, comme un dieu, il lui suffisait d'être à leurs yeux le fils du Divus auquel s'adresseront leurs hommages.
La distinction de ces deux cultes n'a pas été suflisamment comprise, ce me semble, par tous les historiens. M. E. Desjardins, dans son article sur le culte des Divi et celui de Rome et d^ Auguste (l), croit que le culte de Rome et de l'Empereur fut le même pour les citoyens romains qui se trouvaient dans les provinces et pour les non citoyens, mais que, si les deux divinités ainsi réunies étaient l'objet d'un même culte, les temples qui leur étaient consacrés étaient distincts. Un peu plus loin, le même écrivain ajoute : € Cette distinction entre les dévots du même culte cessa bientôt d'exister (2). »
Le texte de Dion Cassius, qui rapporte la fondation du culte de Rome et d'Auguste en Asie et en Bithynie , paraît , au contraire , établir une distinction très nette, dès l'origine, non seulement entre les temples et entre les catégories des dévots , mais encore entre les deux cultes. Les citoyens romains , à Ephèse et à Nicée , doivent honorer Rome et César, père d'Auguste; les Hellènes, à Pergame et à Nicomédie , Octave lui-même et Rome. Le premier culte s'adresse Romae et Divo Julio, le second Romae et Augusto (3).
L'an 29 (av. J.-C.) fut élevé le premier temple consacré à la double divinité. Cet exemple fut bientôt imité (4).
En Espagne, la Tarraconaise célébra le culte nouveau dès l'an 26. L'empereur étant tombé malade à Tarragone, pendant la guerre qu'il faisait auxCantabres, les habitants de cette ville lui élevèrent un autel. Ce monument est figuré sur les médailles. Il est de forme carrée et ressemble à celui de Lyon (5).
La Gaule chevelue, nouvellement conquise par César, et pour qui , par conséquent, la civilisation romaine était représentée,
(1) Revue de philologie, 1879, p. 39.
(2) Revue de philologie, 1879, p. 40. Cf. Guiraud, Assemblées provinciales, p. 30.
(3) Dion Cassius, LI, 20 : « Kal Te|X£VYi t^ te 'Pw[xi!) v-olï t(Ô Tcàxpi Kaitrapi, f^pwa aùtàv 'loùXiov ôv6(jLa(7aç, ëv -re 'Eçéaw xal èv Nixatqc yévea6ai èçijxev ... xai toutou; (tèv Toïç *Pw|xaioii; toï; irap'aÙTOï; èïcoixouCTi Tt(i.àv TrpodéTaSe • toî; 5è Si^ Çévoiç, 'EX- Xrjvàç CTçàç duixàXeffa; , éauT(p Ttva, toïç (lèv 'Adtavoïç èv nepyàjxt^, toïç 6è BiÔuvoïç èv NixoiiTiôeCqt TeiAEvidai èTréTpevj^e. » Cf. Tacite, Annales, IV, 37.
(4) Suétone, Auguste, 52.
(5) Dion Cassius, LUI, 25; Mionnet, I, p. 36, n. 260, p. 51, n. 370-374; Eckhel, D. N., I, p. 57.
avant tout, par le fondateur de la dynastie impériale, imita l'Espagne et l'Asie. En l'an 12, la Gaule, divisée en trois provinces, établit une fête annuelle en l'honneur de Rome et d'Auguste, et le lieu choisi fut le confluent de la Saône et du Rhône, point voisin des trois provinces (1).
Nous ignorons la date de la fondation du culte impérial dans la plupart des provinces , mais nous pouvons affirmer que peu d'années s'écoulèrent avant qu'il fût établi partout. Tantôt, comme en Asie et en Tarraconaise, les provinciaux prirent l'initiative, tantôt , au contraire , l'impulsion vint du gouvernement impérial lui-même. Drusus intervint dans la fondation de l'autel de Lyon ; nous voyons mieux encore l'action de l'empereur dans l'établissement du culte provincial en Narbonnaise.
Un fragment d'inscription, récemment découvert près de Narbonne, est venu jeter un jour inattendu sur ce point (2). Ce fragment contient plusieurs chapitres relatifs aux prérogatives et aux devoirs du flamine et de la flaminique. Sans entrer ici dans l'analyse de ce document dont nous parlerons plus loin en détail, il nous importe d'établir, dès à présent, la nature et la date du texte qu'il renferme.
La plaque de Narbonne est une loi émanée de l'empereur. Les dispositions qui y sont inscrites ne peuvent laisser de doute à ce sujet. La curie de Narbonne eût été incompétente pour déterminer les fonctions et les privilèges du flamine de la province. Le conciUum provinciae n'eût pas eu plus d'autorité. Un paragraphe donne au prêtre sortant de charge une place particulière et des droits dans le sénat de sa patrie (3). Jamais l'assemblée de la province n'eut le pouvoir de prendre des dispositions de ce genre. Jamais l'organisation intérieure des cités ne dépendit d'elle en quoi que ce fût. A plus forte raison , ni le sénat de Narbonne , ni le concilium ne pouvaient-ils accorder des privilèges plus étendus,
(1) Dion Cassius, LIV, 32; Tite-Live, Epilome CXXXVII.
(2) Il s'agit d'une plaque de bronze découverte en février 1888 dans la banlieue de Narbonne, sur la route d'Armissan, dans un champ appartenant à M. Fr. Delprat. Cette plaque a été publiée pour la première fois dans le Bulletin critique, 1888, p. 113, par M. Héron de Villefosse, et ensuite un grand nombre de fois. Nous indiquerons les publications à propos des discussions que soulève le texte. La plaque a été acquise en 1889 par M. Demy qui en a fait don au musée du Louvre. Elle a figuré à l'Exposition de 1889. Cf. Marquardt, Organisation de l'empire romain, I, trad. fr., p. 247. note de M. P. Louis-Lucas. M. Alibrandi, Dullet. di diritto romano, 1888, p. 173 et suiv., donne une restitution complète mais souvent très conjecturale.
(3) Cf. C. /. L., XII, 6038, I. 10 et suiv.
par exemple la dispense du serment (1). La loi est donc «ne lex publica. Les emprunts faits à l'édit du préteur (2), l'emploi de formules usitées seulement dans les lois romaines (3), autant d'arguments à ajouter à ceux que nous venons de produire. Seul, le gouvernement romain pouvait appliquer au flamine de la Narbonnaise les règles établies par l'édit perpétuel au sujet du Flamen Dialis. On comprend, du reste, qu'il en ait été ainsi. L'empereur ne pouvait s'en remettre entièrement aux provinces de l'organisation du culte dont il était le dieu. Si dans les pays grecs , il lui suffisait souvent de prendre la place des dieux déjà honorés par les xotvà , ou de s'associer à eux , dans les provinces latines où il n'y avait pas à tenir compte d'institutions déjà existantes, il avait intérêt à régler tout à sa convenance. C'était même un devoir pour lui, puisqu'en qualité de Pontifex maximus il avait charge de surveiller la création des cultes nouveaux (4).
Pour préciser encore davantage le caractère du texte de Narbonne, nous ajouterons que très probablement nous avons affaire à une lex data, c'est-à-dire à une loi émanant directement de l'empereur sans l'intervention du simulacre de comices qui subsistait encore. La plupart des leges provinciae sont dans ce cas (5) , et rien ne porte à croire que nous soyons en présence d'une exception. Tout au contraire , nous remarquons ici l'absence de l'épithète rogata qui accompagne d'ordinaire le mot lex, quand la loi a été votée par les comices (6).
L'objet propre de la loi a donné lieu à deux opinions opposées. D'après M. Mommsen la loi traiterait de officiis et honoribus fla-
(2) L. 6 et 7.
(3) « Siremps lex jus causaque esto. » 1. 22; cf. lex Acilia, C. I. L., I, p. 62, 73; lex agraria,^. 81, 27; lex Cornelia. p. 109 ; I, 38 ; II, 1 ; lex Rubria, p. 116; II, 10 et 40, etc.
(4) Cf. Guiraud, Comptes rendus de l'Acad. des scienc. mor., 1888, p. 273- 276; Mispoulet, Bull. criL, 1888, p. 188 et 254 ; C. I. L., XII, 6038; Hirschfeld, Sitzungsberichte der Kônigl. Preussichen Akademie, 1888, p. 848.
(5) Lex Rupilia pour la Sicile (Cicéron, In. Verr., II, 13, 16); lex Aemilia pour la Macédoine (Tite-Live, XLV, 17, 18, 29); lex Caecilia pour la Crète (Tite-Live, Epit., C); lex Pompeia pour la Bithynie et les provinces d'Asie (Strabon, XII, 3; Dion Cassius, XXXVII, 20). Cf. Bouché-Leclercq, Manuel des institut, rom., p. 196, n. 1; Mispoulet, Les institutions politiques des Romains, I, p. 271 et 275. Auguste, dit Dion Cassius, LUI , 22, s'était réservé l'organisation de la Narbonnaise. « Ti^v TcoXtTetav 8tex6ff|ji.Ti(7e. »
(6) Mispoulet, Bull. criL, 1888, p. 187. Cf. lex agraria, C. I. L., I, p. 81, 1. 18, 20, 24, etc.; lex Bantina, Ibid., p. 45, 1. 23. Il est vrai que dans les mêmes lois l'épithète est quelquefois absente. Lex agraria , 1. 19, 29, 30, etc.
minis Augustalis Narbone , c'est-à-dire du flamine de Narbonne qui aurait pris plus tard le titre de flamine provincial. Elle serait donc un complément de la lex coloniae Narbonensis. M. Mispoulet, au contraire, pense qu'il faut la rattacher à la lex provinciae. M. Mommsen justifie son opinion par l'expression : si flamen in civitate esse desierit, qui s'appliquerait au flamine de la ville de Narbonne (1). Comme nous le verrons plus loin; le mot civitas n'a pas le sens de ville, il ne s'applique pas à Narbonne, mais il désigne le droit de cité. L'argument de M. Mommsen repose donc sur une traduction inexacte. L'ensemble des dispositions que renferme la loi porte à la considérer comme une annexe à la loi provinciale, si elle n'est pas indépendante de toute autre, ce qui est fort possible (2).
Il nous reste à déterminer la date de la loi. D'après MM. Mommsen, Hirschfeld et Alibrandi, elle fut portée du vivant même d'Auguste (3). M. Mispoulet la placerait plutôt sous l'un de ses successeurs , Tibère, Galigula ou Claude (4).
M. Mommsen appuie son opinion sur l'absence du mot Divus devant le nom d'Auguste. Cet argument n'est pas péremptoire. En effet, jusqu'à la mort de Claude , Auguste fut le seul empereur consacré, et dans les inscriptions des flamines provinciaux, même postérieurs à cette époque, le nom d'Auguste n'est pas précédé de l'épithète Divus. Cela tient à ce que le culte provincial avait pour objet principal l'empereur vivant quel qu'il fût , et que le culte des Divi n'a jamais été qu'accessoire.
Une autre expression de la loi a une importance beaucoup plus grande pour la solution du problème qui nous occupe (5). Dans les lois, l'empereur est toujours désigné par son titre officiel. Or, à la ligne 27, nous lisons : Imperator Caesar... Il faut compléter Auguslus. En effet, Tibère, Galigula, Claude et Néron portaient un autre nom avant celui de César, et les trois premiers ne pri-
(1) Ad., C. /. L., XII, 6038. L'opinion de M. Thiers, qui avait cru que la loi était relative aux flamines municipaux de Narbonne, se rapproche de celle-ci. Elle n'a pas trouve d'adhérents. Cf. Bull, crit., 1888, p. 111, 187, 254. M. Hirschfeld ne se prononce pas; cf. Sitz. d. K. P. Akad. l. c, p. 847.
(2) Mispoulet, Bull, crit., 1888, p. 254.
(3) C. /. L., XII, 6038; Sitz. d. K. P. Ahad., 1888, p. 848; Bull, di diritto roman. , 1888, p. 174. M. Alibrandi, Ibid. , p. 193, pense que la loi est de l'an 12 ou 13 après J.-C. Elle serait, selon lui, une lex rogata proposée peutêtre par le consul de l'an 12, G. Fonteius qui fut proconsul de Narbonnaise (Cicéron, Pro Font., 8), mais il ne donne aucune preuve.
(4) Bull, crit., 1888, p. 257.
(5) Alibrandi, Bull, di diritto rom., 1888, p. 179.
rent pas le prénom imperator {\). Pour trouver un empereur autre qu'Auguste dont le nom commence directement par Imperator Caesar, il faudrait descendre jusqu'à Vespasien. Il est plus simple de s'en tenir à Auguste lui-même , surtout si l'on observe que la place manquerait pour inscrire tout au long les titres de Vespasien à la ligne 13.
M. Mispoulet oppose à la date que nous indiquons deux objections (2). La première est tirée du texte de Tacite, d'après lequel, en l'an 15, l'institution du culte impérial à Tarragone donna l'exemple à toutes les provinces (3). Tacite n'ignorait certainement pas l'existence de Vara Lugdunensis et de Vara Ubiorum; si, malgré cela, il af&rme que Tarragone a donné l'exemple à toutes les provinces, il devait avoir ses raisons. L'explication la plus naturelle, selon M. Mispoulet, serait « que le temple de Tarragone a reçu le premier la consécration ofB.cielle (permissum), les autres n'auraient eu qu'une existence de fait. Si le concilium de la Narbonnaise avait été organisé par Auguste lui-même, l'affirmation de Tacite serait inexplicable, d'autant plus que, gendre d'Agricola, il n'aurait pu ignorer un fait de cette importance pour la patrie de son beau-père. » Sans doute , mais Tacite n'ignorait pas davantage l'existence du temple de Pergame, qui avait certainement une existence officielle. La permission impériale n'a donc pas été accordée pour la première fois à la Tarraconaise; d'autres provinces l'avaient obtenue avant elle. Puisque par omnes provincias on ne saurait entendre toutes les provinces de l'empire, pourquoi ne s'agirait-il pas simplement de toutes les provinces d'Espagne? S'il en est ainsi, le texte de Tacite ne prouve pas que la lex concilri Narbonensis ne puisse être attribuée à Auguste (4).
La seconde objection est tirée de l'existence d'une flamini-
(1) Eckel., D N., VIII, p. 350. Cf. Gagnât, Cours d'Epigraphie latine, p. 171 et suiv.
(2) Bull, crit., 1888, p. 256.
(3) Tacite, Ann., I, 78 : « Templum ut in colonia Tarraconensi strueretur Auguste , petentibus Hispanis , permissum datumque in omnes provincias exemplum. »
(4) Ce qui confirme cette explication, c'est qu'on dit Hispaniae au pluriel, comme on dit Galliae. Cicéron, Pro Balb., 15, 34. Tacite, Annal., I, 71; III, 44; IV, 5. Hist., II, 97 ; III , 2, 70; IV, 3, etc. On ne peut supposer qu'il s'agisse de toutes les provinces d'Occident, La division entre l'orient et l'occident est une division arbitraire. Au contraire, on avait l'habitude de grouper ensemble les provinces formées de la division d'une région, comme la Gaule ou l'Espagne.
que (1). S'appayant sur la théorie de M. Hirschfeld d'après laquelle, dans les municipes, les flaminiques étaient chargées de rendre un culte aux divae (2), M. Mispoulet conclut, par analogie, qu'il en était de même dans les provinces et que, par conséquent, la date de la loi doit être reportée après la consécration de la première diva, c'est-à-dire de Livie, sous Claude. L'assimilation faite par M. Mispoulet n'est pas fondée. En effet, la prêtresse municipale a un titre indépendant de celui de son mari, la flaminique provinciale, au contraire, est simplement la femme du flamen. M. Hirschfeld le reconnaît lui-même (3). Gela est du reste naturel, puisque le culte provincial, comme nous venons de le dire, et comme nous le prouverons plus loin, avait avant tout pour ohjet l'empereur vivant.
Rien ne s'oppose donc à la date que nous avons fixée. C'est Auguste lui-même qui , très vraisemblablement , a organisé l'assemblée de la Narbonnaise (4).
On voit tout de suite quelles conséquences découlent de cette constatation. On avait fait trop petite jusqu'ici la part du gouvernement dans les origines du culte provincial. En réalité, Auguste porta tous ses soins à la bonne organisation et à la splendeur de ce culte. La loi de Narbonne servit probablement de modèle aux provinces de langue latine. En Afrique, nous trouvons appliquées les règles posées ici. Les flamines jouissent des prérogatives que l'empereur accorde à ceux de la Narbonnaise (5). Les inscriptions qpii les concernent sont rédigées selon les formules établies par lui (6). Il est probable que, sauf des différences de détail, il en était ainsi partout.
En même temps que le culte provincial, peut-être même auparavant, commença le culte municipal de l'empereur. On vit presque partout les villes bâtir des temples,établir des jeux quinquennaux et
(1) L. 6 et suiv.
(2) Nous parlerons de cette théorie dans le chapitre relatif aux sacerdoces municipaux.
(3) Sitz. d. K. P. Aftad., 1888, p. 850.
(4) Ces pages étaient imprimées quand a paru un nouvel article de M. Mispoulet dans le Bull. Crit. (1890, p. 11). M. Mispoulet y est moins affirmatif que dans les précédents sur la date de la loi de Narbonne. Il abandonne toutes ses objections, sauf celle qui est tirée du texte de Tacite, que personne n'avait discutée.
(5) Cf. Album de Thamugadi, C. I. L., VIII, 2403.
(6) Cagnat, Nouv. expl. en Tunisie, p. 17; Revue de l'Afrique française, 1887, p. 332.
d'autres solennités religieuses(l). La terre entière, selonl'expression de Philon, égala Auguste aux dieux de l'Olympe (2). Le Caesareum ou V Augusteum fut souvent le principal édifice de la ville. Philon célèbre celui d'Alexandrie. C'était un temple où, comme autrefois les Ptolémées Soters, César était vénéré à titre de dieu protecteur des navigateurs et où, bientôt après, Auguste fut honoré avec lui. La description que l'écrivain juif donne de ce sanctuaire est celle d'un splendide monument. Le temple est élevé et spacieux , sa position est la meilleure qu'on puisse trouver en face du port. L'intérieur est orné d'ex-voto de tout genre. Autour du temple sont des portiques, des bibliothèques, des promenades. Il est l'espoir de ceux qui partent et le but désiré de ceux qui reviennent (3).
Il est malheureusement difficile de retrouver dans la plupart des villes les premières traces du culte impérial et de savoir exactement si, du vivant même d'Auguste, elles ont eu un temple et un prêtre. Pour quelques-unes, cependant, les documents permettent de fixer une date au moins approximative. En l'an 12 av. J.-C, un temple d'Auguste existait à Mylasa (4). L'an 11, les habitants de Narbonne établirent une fête en l'honneur des Natalicia d'Auguste. Six prêtres , choisis parmi les chevaliers et le peuple, furent désignés pour offrir les sacrifices au Niimen Augusti, enfin une organisation complète fut établie sur laquelle nous reviendrons plus amplement (5).
A Nysa, en Carie, dès l'an 1 av. J.-C, nous voyons un prêtre de l'empereur (6). A Nola, dans l'Istrie, nous trouvons un temple
(1) Suétone, Auguste, 59.
(2) Philon., Legatio ad Caium, 22.
(3) Philon., Ibid, Les fondations de VAuguste.um. d'Alexandrie ont été découvertes en 1874. Deux obélisques étaient placés devant ce monument. L'un se trouve aujourd'hui à Londres sur les bords de la Tamise ; l'autre au Central-Park, à New-York. Ils avaient été enlevés du temple d'Harmachis, à Héliopolis, et érigés devant celui de César par Barbarus, préfet d'Egypte, en l'an 13 av. J.-C, ainsi qu'en témoigne une inscription gravée sur un crabe. Cf. Pline, Hist. nat., XXXVI, 14, 4; Néroutsos-Bey, L'Ancienne Alexandrie , p. 10-20. C. I. L., III, sup., 6588. L'AugusIeum servit plus tard au culte d'Auguste et de ses successeurs. Un proscynéme, gravé sous Marc-Aurèle et Lucius Verus, en 166 après J.-C-, est adressé aux dieux Ôésars (0ewv Kaicràpwv), Néroutsos-Bey, Ibid., p. 12. On vient de découvrir V Augusteum d'Ostie. Revue archéol., 1889 (3" série, XIV), p. 172 et suiv.
qui, d'après l'inscription qu'il porte, a été élevé à Auguste de son vivant (1). Il est de même certain qu'Auguste vivant eut des prêtres à Athènes, à Thessalonique, à Gorinthe, à Thasos, à Apollonie de Pisidie, et, si nous possédions plus de documents datés, nous pourrions très probablement constater qu'il en avait dans un grand nombre d'autres villes (2).
Les rois vassaux de l'empire ne furent pas en retard sur les cités romaines. Hérode fit construire à Samarie deux grands bâtiments, l'un appelé Kamapetov, l'autre 'AYpixreeiov (3) et la ville ellemême s'appela Sebaste ou Augusta. Un autre temple en marbre blanc s'éleva , par ses ordres , près des sources du Jourdain (4) et des jeux furent institués (5). Polémon, roi de Pont et du Bosphore, fut prêtre d'Auguste à Gyme, en Eolide (6). Juba II, roi de Mauritanie, consacra à Auguste un bois sacré, qui figure sur ses médailles (7).
Enfin des temples, commencés en l'honneur des plus grandes divinités de l'Olympe, virent leurs dieux dépossédés pour faire place à l'empereur. A Athènes , le temple de Zens Olympios fut achevé aux frais communs des rois amis et alliés de Rome et consacré au génie d'Auguste. A côté de telles munificences, faut-il mentionner le peu de zèle des monarques qui se contentèrent d'avoir dans leur royaume une ville du nom d' Augusta ou de Gaesarea? On pouvait justement les soupçonner de tiédeur (8).
Quand Auguste mourut, en l'an 14 après J. -G., son œuvre était définitivement fondée. L'em^re solidement organisé devait durer plusieurs siècles et assurer, pendant ce temps, l'unité du monde civilisé. Gomme expression de ce fait nouveau, le culte impérial était créé. L'apothéose de Gésar avait ouvert la liste des Divi. L'institution du temple de Pergame, de l'autel de Lyon, de l'assemblée de Narbonne avait appris aux provinces à adorer le maître de l'empire. Partout enfin, plus ou moins vite, suivant la
(1) C. /. L., V, 18 : « Romae et Augusto. Divi. f(ilio). Patri. Patriae. »
(2) C. /. A., III, 63, 252; Revue archéoL, 1873, I, p. 155; Archiv. des missions scient., 1876, p. 207, 249; Res Gestae , 2' édit. Mommsen, préf., p. x* Cf. Guiraud, Assemb. prov., p. 25.
(3) Josèphe, Guerre des Juifs. I, 21, 1, 2. Cf. Duruy, Hist. des Romains, éd. illustrée, IV, p. 615.
(4) Josèphe, Ibid., I, 21, (16) 8.
(5) Josèphe, Antiquités judaïques, XV, 8, (11) 1.
(7) Mionnet, VI, p. 599.
(8) Suétone, Auguste, 60.
ferveur des villes et des particuliers, le culte municipal s'était organisé, les jeux s'étaient fondés, les temples s'étaient bâtis. Cette religion nouvelle allait grandir, se développer et se transformer sous les successeurs d'Auguste. Nous aurons à étudier ce que les empereurs ont fait pour le culte impérial, les formes sous lesquelles ils l'ont réclamé pour eux-mêmes , les singulières fantaisies par lesquelles quelques-uns d'entre eux le rendirent bizarre et odieux , et en même temps la constitution régulière et permanente des collèges , des sacerdoces et de toutes les institutions qui s'y rattachent.