‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 7 sur 61 · HONNEURS RENDUS A L EMPEREUR VIVANT · texte numérisé non relu

HONNEURS RENDUS A L EMPEREUR VIVANT

Nous venons de voir que les empereurs avaient revendiqué la divinité de deux façons différentes. Les uns s'étaient contentés des hommages religieux que leur assurait la dignité impériale, les autres, victimes pour la plupart d'une sorte de folie, avaient voulu s'assimiler aux dieux de l'Olympe. Pour répondre à ce caprice les artistes les représentaient sous les traits du dieu dont ils aimaient à prendre le nom. Il serait cependant téméraire, quand on trouve les attributs d'une divinité donnés à un empereur, de conclure toujours qu'il voulait lui être assimilé. Parfois la fantaisie seule guidait le choix du sculpteur. En effet, si nous voyons tout de suite pourquoi Néron est représenté en Apollon Githarède (1), et Auguste en Jupiter (2) ou en Mercure (3), il est diflBcile de dire pourquoi Claude a les attributs de Triptolème (4), Hadrien ceux de Mars (5) et Aelius Verus ceux de Bonus Eventus (6).

Ce genre de flatterie fut très usité à l'égard des impératrices. C'est le plus souvent avec les attributs de Cérès que nous les

(1) Vatican, Musée Pio-Clementino, III, pi. 4.

(2) Musée de Naples, statue colossale de bronze. Duniy, Hist. des Rom., éd. illust., IV, p. 297.

(3) Cabinet de France, Chabouillet, n. 227.

(4) Gaz. archéol., 1875, p. 135.

(5) Musée Pio Clementino, II pi. 49.

(6) D'Escamps, Descript. des antiq. du musée Campana, pi. 60.

contemplons. Livie (1), Antonia (2), Messaline (3), Faustine la Jeune (4) portent le costume de cette déesse sur des statues, des médailles ou des pierres gravées. Ce type n'est pas cependant exclusif de tout autre. Messaline est représentée en Hygie (5), Julia Soaemias en Vénus (6), Domitia en Diane (7), Julia Pia en lole (8).

De même les actes de la vie des empereurs et des impératrices furent figurés par des groupes, qui rappelaient des scènes analogues de la vie des dieux. Le Louvre possède « un petit bronze, d'un travail très fin, qui nous montre les traits de Néron associés à l'attitude d'Hercule portant Télèphe ou son fils Hippodromus (9). Néron n'ayant point eu d'enfant mâle, il semble probable que, pendant la première année de son règne (54 apr. J.-C), on aura voulu exprimer la situation relative du jeune Britannicus et de son frère d'adoption, qui paraissait être son protecteur. Le même musée possède une statue de marbre représentant Messaline , portant de la même manière son fils Britannicus, ce qui lui donne l'aspect de Leucothéa ayant dans ses bras Bacchus enfant , ou de quelque autre divinité remplissant une fonction maternelle (10). •) M. de Longpérier ajoute à cette description la réflexion suivante que nous venons de voir confirmer par les faits. « Cette assimilation des personnages impériaux et des dieux est fréquente. C'est à partir du premier siècle pour ainsi dire le fonds de la symbolique romaine. » Les médailles que nous avons citées dans le chapitre précédent, les statues dont nous parlons ici, démontrent amplement qu'il en était ainsi. Il est bon de mentionner cet hommage rendu aux empereurs , parce qu'il avait un caractère religieux, au moins dans le sens le plus large du mot (11).

(1) Trésor de numismatique, pi. V, n. 8.

(2) Cabinet de France, Chabouillet, n. 2080.

(3) Ibid., n. 227.

(4) Mionnet, lî, p. 542. SuppL, V, p. 326.

(5) Vatican, Musée Chiaramonti, n. 682.

(6) Vatican^ Musée Pio-Clementino , II ^ pi. 51. Il y a d'autres statues du même genre dans les musées , mais les attributs sont rapportés. Cf., pour le Louvre. Catalogue de Clarac, n. 202, 593, 689, etc.

(7) Clarac,|Musée de sculpture, pi. GUXh, n. 2407.

(8) Ibid., pi. CMLiv, n. 2484.

(9) Longpérier, Notices sur les bronzes antiques, n. 655. Cf. Clarac, Musée de sculpture, pi. cccii, n. 2002.

(10) Visconti, Iconogr., Rom. , pi. xviii, n. 1. Clarac, Musée de sculpture, pi. cccxvi, n. 2387.

(11) On pourrait objecter que des représentations analogues ont été faites

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Toutefois, ce qui nous intéresse surtout, ce sont les hommages rendus aux empereurs à cause de leur titre même. On peut ranger ces honneurs en deux groupes. Les uns donnent véritablement aux empereurs le rang de dieux ; les autres, qui ont eu un caractère religieux à l'origine , sont devenus peu à peu de simples marques de respect. Parmi les premiers on peut ranger le serment, le culte du génie impérial , la désignation des mois par le nom de l'empereur, le biseltium , la couronne radiée, le feu porté devant le prince, enfin le nom même de Dieu qui lui fut donné pendant quelque temps, au troisième siècle. Parmi les seconds : les épithètes de sacré, de divin , d'éternel, données à tout ce qui touche à la personne impériale , les hommages rendus à ses statues , enfin l'adoration. Etudions l'un après l'autre chacun de ces honneurs.

Le serment. — Le premier est le serment par le nom impê-^ rial(l).

Plus encore peut-être pour les anciens que pour les modernes, le serment était chose sacrée. Ils juraient par les dieux les plus vénérés. Etre invoqué parmi ces dieux, gardiens de la fidélité du serment, c'était en quelque sorte leur être assimilé. Les Romains comprirent si bien cela, qu'ils n'osèrent pas jurer par le nom de César. Ils prirent un détour et jurèrent par son salut et sa fortune (2). On jura de même par le génie d'Auguste et de ses successeurs (3).

Dans les formules des serments municipaux les noms des Divi et de l'empereur vivant s'ajoutèrent à ceux de Jupiter et des dieux Pénates. La comparaison des documents de l'époque républicaine et de ceux de l'époque impériale nous permet d'apprécier ce changement à sa juste valeur. Dans le serment de la Tabula Bantina, document qu'il faut placer entre les années 625 et 636 de Rome (129-118, av. J.-C), nous trouvons ces mots : Juranto per Jovem deosque (Penateis) (4). C'est aussi la formule qu'on trouve dans Cicéron (5). L'empereur vivant et ses prédécesseurs déifiés pren-

de princes chrétiens. Ce sont de pures imitations de l'antique. Elles ne changent en rien le sens des monuments qu'elles ont reproduits.

(1) Horace, Ep., II, 1, 16.

Jurandasque tuum per numen ponimus aras.

(2) Dion Cassius, XLIV, 6 : « -ri^v TTjxr,v ; » — 50 : « t^v te (ifieiav rfr* te

■PJXTIV. »

(3) C. I. G., 1933 : « 'Evopxiar^ofiat (sic) «rot tèv Se6ot<mov ôpxov. » Apulée, Metamorph., IX, 41 : « Adjurantes genium principis. »

(5) Cicéron, Acad., Prior., II, 20.

nent place avant les Pénates, et ne le cèdent qu'au seul Jupiter (1), Les lois de Salpensa et de Malaga, qui sont du temps de Domitien , nous donnent la formule nouvelle ; les magistrats jurent : PerJovem et divum Augustum et divum Claudium et divum Vespasianum Aug. et divum Titum Aug. et Genium imperatoris Caesaris Domitiani Aug. deosque Pénates (2).

Le serment par l'empereur fit foi en justice à l'égal du serment par Jupiter. Gela avait une grave conséquence dans le droit criminel. La loi romaine considérait le parjure comme une insulte envers la divinité et punissait sévèrement ce crime. Si, dans des moments de clémence ou de boutade, les empereurs étaient plus indulgents, la loi n'en restait pas moins en vigueur. Parmi les dieux invoqués, celui que les coupables devaient craindre davantage, c'était celui dont la présence sur la terre rendait la vengeance plus terrible et dont la police était aux aguets. Aussi le serment par César fut-il le plus respecté de tous (3). Les empereurs avaient pris leurs mesures pour qu'il en fût ainsi. Nous lisons au Digeste , un rescrit de Sévère qui punit de la peine du fouet celui qui aura faussement nié sous serment per Genium principis, une dette réellement contractée (4). Plus tard, il sembla aux empereurs que la place qu'avait prise leur nom était usurpée. Nous le voyons par un rescrit d'Alexandre Sévère, adressé à A. Félix et inséré au code Justinien (5). Il est daté de 223, époque où, comme nous l'avons constaté, le culte des empereurs commence à perdre de son caractère religieux pour devenir , ce qu'il sera dès la fin du troisième, et surtout au quatrième siècle, une sorte de culte civil.

Culte du génie impérial. — Ce génie, ce numen des empereurs par lequel on jurait, était l'objet d'un culte qu'on trouve répandu

(1) Depuis longtemps, les esclaves, les affranchis et les clients invoquaient le génie de leur maître ou de leur patron. Cf. Térence, And., 289. Horace, Ep., 1 , 7, 94 : Ce qui est nouveau, c'est l'invocation du génie dans un serment public, au même titre que Jupiter.

(2) Lex Salpensae, XXV, XXVI; lex Malacae, LIX. C. /. L., II, 1963, 1964. Cf. Mommsen, Stadtrecht der latin. Gemeinden. Salpensa und Malaga, p. 460 et suiv.; Staatsrecht, 22, p. 783. Preller, Rômische mythoL, I, p. 65, 93, 172, et II, p. 202.

(3) Tertullien, ApoL, 28 : « Majore formidine et calidiore timiditate Caesarem observatis quam ipsum de Olympo Jovem... Citius denique par omnes deos quam per unum Genium Caesaris pejeratur. » Cf. 32, 35, Minutius Félix, Octavius, 29 : « Tutius per Jovis genium pejerare quam régis. »

(4) Digeste, XII, 2, 13, 6.

(5) Cod. Just., IV, 1 , 2. Cf. Cod. Théod. , II, 9, 8, et les remarques de Godefroy.

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non seulement à Rome, mais dans l'empire romain tout entier ( I ). C'était quelque chose comme la partie divine de la personne impériale, ou, si l'on aime mieux, une divinité qui habitait en elle, comme la nymphe dans son fleuve, la dryade dans son arbre. Il y avait dans l'adoration du genius principis, une sorte d'hommage discret , plus acceptable que l'adoration directe de l'empereur.

Le culte du Genius n'était pas chose nouvelle chez les Romains. Tout homme avait son génie sous la tutelle de qui il vivait dès sa naissance (2). Mais le génie ne recevait guère d'honneurs en dehors de la famille , et presque toujours après la mort de celui qu'il avait protégé. Il se confondait alors avçc son âme. Pour les empereurs on fit un pas de plus. Le Genius de l'empereur vivant fut partout honoré. N'était-ce pas naturel ? Y avait-il dans l'Olympe un dieu dont la protection fut comparable, pour les sujets de l'empire, à celle que leur accordait l'empereur? Ce culte était, d'autre part, trop manifestement favorable aux intérêts de la monarchie nouvelle pour qu'il ne fût pas favorisé par elle.

Le culte du Genius ^Augusti fut surtout un culte privé. G'«st, la plupart du temps, dans les dédicaces faites par des particuliers ou des fonctionnaires que nous trouvons mention d'hommages rendus à l'empereur sous cette forme (3). Toutefois, quelques corps sacerdotaux, entre autres les Arvales, eurent l'usage d'offrir, les jours des fêtes impériales, un sacrifice au génie de l'empereur, en même temps qu'à Jupiter, à Junon et à Minerve (4).

De même que les hommes avaient un génie, les femmes avaient une Junon. On invoqua donc la Junon de l'impératrice, comme on invoquait le génie de son mari (5). Les Arvales sacrifiaient à l'une comme à l'autre (6).

(1) Le génie de l'empereur figure sur les monnaies. Eckhel, D. iV., VIII, p. 458. Cohen, Monn. imp., I, p. 286, etc. , etc. On trouve cette inscription jusqu'à l'époque de Constantin. Ibid., VII, p. 232, 249, 250, 251.

(2) Horace, Ep.^ II, 2, v. 187 et suiv. Censorinus, De Die natali, 3.

(3) C. I. L., II, 3524; III, 3487, 5158, etc., etc.

(4) Les Arvales sacrifient au génie de l'empereur, — Genio ipsius taurum à toutes les fêtes impériales, au dies natalis , à l'anniversaire du consulat, de l'avènement, du pontificat, etc. Cf. C. /. L., VI, sous Néron, 2037, 2040, 2041, 2042, 2043. 2044; — sous Galba, 2051; - sous Vitellius, 2051 ; — sous Domitien, 2060; — sous Commode, 2100; — sous Sévère, 2103; — sous Alexandre Sévère, 2107.

(5) On employait aussi quelquefois le mot genius.

(6) Sacrifices au génie d'Agrippine, C. I. L., VI, 2041, 2051 ; et de Galeria

Ce culte fut encore étroitement uni à l'une des institutions les plus chères au cœur d'Auguste. Quand il remit en vigueur le culte des dieux lares à Rome (1), l'empereur leur associa le Genius Augusti (2). Nous possédons encore des monuments figurés où il est représenté debout, vêtu d'une toge et voilé , à côté des gernini lares, qui, couronnés de lauriers et vêtus de tuniques, tiennent à la main une corne d'abondance (3). Les lares eux-mêmes prirent le nom de Lares Augusti (4).

Noms d'empereurs donnés aux mois. — Jusqu'à Jules César les mois du calendrier portent : les uns des noms de dieux [Januarius Februarius, Martius, Maius), les autres des noms tirés de leur rang (september, november, décember).

Parmi les prérogatives que reçut le dictateur figura, sur la proposition de Marc-Antoine, le droit de donner son nom au cinquième mois de l'ancienne année (quintilis), qui devait s'appeler désormais Julius parce que César était né le quatrième jour des ides de ce mois (5). Auguste donna son nom au mois appelé sextilis, parce que, disait le sénatus-consulte voté à ce sujet, en ce mois il inaugura son premier consulat , célébra trois triomphes, donna les auspices aux légions amenées du Janicule, réduisit l'Egypte en province romaine, enfin termina les guerres civiles (6). D'autres avaient proposé de changer le nom du mois de septembre pendant le quel était né Octave , mais il préféra le souvenir de son premier consulat et de ses victoires à celui de sa naissance (7).

La même flatterie fut renouvelée à l'égard des empereurs suivants. C'est ainsi que l'on voulut donner le nom de Tiberius au mois de septembre, selon Suétone, au mois de novembre, suivant l'opinion plus vraisemblable de Dion Cassius (8). L'empereur s'y

(ibid.); à la Junon de Poppée et de Claudia Virgo, 2043; — de Messaline, 2044 ; — de Julia Pia, 2086, 2103.

(1) Dion Cassius, LV, 8. Suétone, Aug., 31.

(2) Ovide, Fasses, V, 129. Horace, Od., IV, 5, v. 34. Cf. C. I. L., III, 5158.

(3) Musée Pio-Clementino, IV, pi. 45.

(4) C. /. L., III, 1950; IX, 423, 3960, 5180; X, 1582, etc. Cf. Desjardins, Géogr. histor. de la Gaule rom., III, p. 212 et suiv.

(5) Florus, IV, 2 (II, 13), 91. Dion Cassius, XLIV, 5; XLV, 7. Macrobe, I, Xii, 34, 35.

(6) Macrobe, I, xii, 35. Un plébiscite fut voté dans le même sens sur la rogation de S. Pacuvius.

(7) Dion Cassius, LV, 6.

(8) Suétone, Tibère, 26. Dion Cassius, LVII, 18. Tibère était né le 18 novembre.

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opposa, comme il s'opposa à ce qu'on appelât Livius le mois d'octobre. «Gomment ferez-vous, » dit-il, aux sénateurs, « quand vous aurez eu treize Césars? (1) »

Sous Néron , un décret du sénat donna au mois d'avril le nom de Neroneus, au mois de mai celui de Claudius, au mois de juin celui de Germanicus (2) en l'honneur des trois noms de l'empereur.

Après ses deux triomphes, Domitien voulut avoir, lui aussi, des mois qui lui fussent consacrés. Septembre , mois où il avait été proclamé empereur, devint Germanicus, et octobre, mois de sa naissance, devint Domilianus (3). Quand la mémoire de Domitien fut abolie , ses noms disparurent du calendrier comme ils disparurent des monuments publics. « On crut désormais, » dit Macrobe , « qu'il était de mauvais augure de recommencer la tentative (4). »

Antonin refusa de sanctionner les décrets du sénat , qui changeaient le nom de septembre en Antoninus et celui d'octobre en Faitstinus (5). Commode n'était pas homme à avoir de pareils scrupules, et il chassa même Jules César et Auguste des mois qu'ils occupaient. Il refit tout un calendrier lormé des mois suivants :

Amazonius Aurelitts

Invictus Commodus

Félix Augustus

Pius Hercules

Lxtcius Romanus

Aelius Exsuperatorius

Nous ignorons dans quel ordre étaient placés ces mois. Dion Gassius se borne à donner une liste, sans indiquer quel mois désignait chaque nom. Lampride donne l'assimilation de quelquesuns , mais elle est douteuse. Selon lui, Commodus aurait remplacé Augustus, septembre serait devenu Hercules, octobre Invictus, novembre Exsuper atorim et décembre Amazonius. L'origine de la plupart de ces noms se trouve dans les noms et surnoms de l'empereur : ,L. Aelius Aurelius Commodus Augustus, Pius, Fe-

(1) Dion Gassius, l. l.

(2) Tacite, Annal., XV, 74; XVI, 12; Suétone, Néron, 55.

(3) Suétone, Domitien, 13. Dion Gassius, LXVIl, 4. Gf. Plutarque, A'uma,

(4) Macrobe, I, xii, 36.

(5) Gapitolin, Antonin, 10,

lix, Invictus et dans le titre divin qu'il se donnait, Hercules Romanus. L'origine des deux autres : Eœsuperatorius et Amazonius est donnée par Dion et par Lampride. C'est une allusion à sa force et à ses victoires remportées sur l'humanité entière. Lampride ajoute que le mot Amazonius rappelait une statue où Commode était représenté en habit d'amazone. Il avait pris ce costume par amour de sa concubine Marcia, et souvent il descendait ainsi habillé dans l'arène du cirque (1).

IjCs empereurs suivants rétablirent les noms anciens qui demeurèrent.

Le bisellium. — Parmi les marques de la divinité impériale, nous devons encore citer le bisellium doré. On permit à Jules César de s'asseoir sur un siège de ce genre (2). Sans doute, cet honneur n'était pas exclusivement réservé aux dieux ; nous savons qu'un grand nombre de magistrats et de prêtres y avaient droit (3), mais Dion Cassius ne laisse aucun doute sur la pensée de ceux qui accordèrent le bisellium à César. C'est bien un honneur divin qu'ils prétendaient lui rendre (4).

Il est rarement fait mention de ce privilège pour les successeurs d'Auguste. La seule qui existe peut-être est le souvenir de la folie de Caligula qui fit porter son bisellium au Capitole, et le fit adorer par les sénateurs (5).

La couronne radiée. — La couronne radiée {corona radiata) fut un signe plus manifeste encore de la divinité impériale. Elle ne figura d'abord que sur la tête des Divi (6). Bientôt les empereurs

(1) Une inscription de l'an 184 ou 187, donnée par Orelli (884), est ainsi datée : ... IDVS COMMODAS. Mais la lecture est très douteuse. Cf. C. /. L., XIV, '2113. L'inscription 885 a été fabriquée d'après le texte de Dion Cassius; elle a tous les caractères de la fausseté. Il faut encore citer parmi les noms d'empereurs donnés aux mois le nom d'Hadrien donné, en Egypte, au mois de Tybi. Papyrus grecs du Louvre, p. 236, 237.

(2) Dion Cassius, XLIV, 6. Cf. Appien, G. C, III, 28.

(3) Cf. Saglio, Dictionnsiire des antiquités grecques et romaines, au mot Bisellium.

(4) On peut avoir une idée du bisellium par la monnaie d'Elis, si souvent reproduite, qui représente Zeus Olympios assis. Cf. CoUignon, Mythologie figurée de la Grèce, p. 30 et 33.

(5) Dion Cassius, LIX , 24. La sella qui figure sur les monnaies de César avec une couronne est une allusion à ce privilège. Cf. Eckhel , D. iV. , VI , p. 10. Octave est représenté, sur une de ses monnaies, assis sur une sella et tenant, de la main droite, une victoire. C'est tout à fait l'attitude de Zeus Olympios. Babelon, Monn, de la Rép. rom., II, p. 65.

(6) Par exemple, Auguste, Cohen, Monn. imp., I, p. 76, 77, 147, etc. — Claude, Visconti, Iconogr. rom., atlas, pi. xxvii, n. 3 et 4.

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