III° PÉRIODE — APRÈS BOUILLAUD
C’est ce qui ressort avec évidence de la lecture des ouvrages dans lesquels après Bouillaud on a repris cette # question. On voit successivement tous les signes qu’il | indique mis en cause et contestés. |
Les auteurs se partagent en quelque sorte en deux camps. Tout en reproduisant les symptômes donnés par Bouillaud ils les discutent. Les uns trouvent qu’ils sont souventinsuffisants et que l’endocardite peutexister alors même que la plupart d'entre eux font défaut ; les autres ” estiment que Bouillaud leur à accordé une valeur trop grande et qu'ils sont loin dans tous les cas d'être la manifestation de l’endocardite.
Pour Piorry, Traité de médecine pratique, 1842, c'est ordinairement lorsqu'à la suite des saignées le sang couenneux à perdu de son cruor et de sa densité que les bruits anomaux sont observables dans le cœur. Il y aurait donc autant de raison de rapporter à la réunion des
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états conenneux et hydrohémiques, les bruits dont il s’agit, qu'à une véritable endocardite. Il suit de tout cela que le diagnostic de l'endocardite tel que nous venons de l'établir est loin d’être positif et de pouvoir dissiper tous les doutes sur le sujet qui nous occupe.
Stokes dit à son tour dans son « Traité des maladies du cœur », traduit en 1864 par Senac : « En laissant de côté les phénomènes qui se rattachent à l’obstruction et à l'érosion des valvules, il ne nous est pas permis d’affirmer que l’endocardite ait des signes physiques qui lui soient propres ». Et plus loin : « Les symptômes de l’endocardite ne sont point encore complètement connus ni définis, et il est douteux que le diagnostic de cette maladie soit jamais établi avec la même exactitude que celui de la péricardite ». Plus loin encore : « il est réellement rare de rencontrer un cas d’endocardite simple et idiopathique dont les signes puissent être considérés comme typiques ; pour ma part je n’en ai jamais vu ». « L’apparition de l’endocardite à l'état aigu, sans murmure valvulaire, n’a rien qui surprenne le médecin clinicien. Il peut se faire que, pendant quelque temps du moins, ilne se produise point de murmure valvulaire, en raison de la nature des produits inflammatoires ou de l'intégrité des valvules. »
Vernay « Étude clinique sur l’endocardite », Lyon 1867, croit pour les mêmes raisons l’endocardite plus fréquente qu'on ne pense. « Lorsque dans un rhumatisme aigu on observe une accélération du pouls allant jusqu’à 120 et 140 et ne s'expliquant pas par l'intensité du rhumatisme, ou des palpitations ou une ataxie du cœur, on
est en droit de diagnostiquer l’endocarditemême en l’ab-
sence des bruits de souffle. » nb + Fe
C’est également l opinion de Besnier dans son ie En du Dict. Dechambre. « Si l’on est exposé à prendre pour signe d’endocardite des bruits anémiques, l'observateur superficiel l’est encore plus à méconnaître une endocardite très réelle. Que d’autopsies révélant une endocardite, alors que la feuille d'observation poxe «rien au cœur». Cette expression banale prouve qu’on n’a pas constaté desouffle intense, etnon qu’un examen pluscompletet plus répété n’aurait pas faitconstater quelque autre signe indicateur. Tout ce que nous avons constaté nous porte à cette conviction que la simultanéité du rhumatisme du cœur et du rhumatisme des jointures, à un degré quelconque, est presque constante pour ne pas dire absolument constante. » :
‘Cependant l’opinion, qui va en s’affirmant de plus en plus est celle qui fait consister le diagnostic del'endocardite dans la constatation d’un souffle à la pointe. C’est ce qu'enseignent les traités de Hardy et Béhier, de Grisolle, ceux plus récents de Dieulafoy, Laveran et Tessier. La même doctrine se trouve dans lescliniques de Trousseau, l'article de Jaccoud, les traités des maladies du cœur de Bucquoy, Peter, C. Paul, Sée.
Tous voyant dans l’endocardite une insuffisance mitrale au début, cherchent à trouver à cette irritation proliférative de l’endocarde les signes de la lésion confirmée, qui ne peuvent se produire qu’à une période tar dive.
« L’endocardite, dit Woillez, dans son « Traité d'aus-
cultation », contenant en quelque sorte en germe toutes les lésions valvulaires du cœur, dès qu’apparaissent des bruits de souffle, on peut affirmer l'existence de l’affection. »
La formule la plus claire et la plus concise de cette idée est donnée par Jaccoud. « L’endocardite aiguë simple est caractérisée par l'apparition rapide ou brusque des phénomènes d’auscultation et de percussion qui sont propres aux lésions valvulaires chroniques. »
Peter va même plus loinet semble tout rejeter, à l’exception du bruit de souffle. « En dernière analyse, dit-il, le trouble fonctionnel est une insuffisance valvulaire, et le signe qui la révèle, un souffle au premier temps au-dessous du mamelon. Constamment dès les premiers jours nous avons pu en noter l'apparition, et jamais nous n’avons observé ni palpitations ni dyspnée, ni cyanose, et cela parce que les plaques de prolifération ne peuvent entrainer de troubles fonctionnels », et plus loir: « tout ce qu'on à écrit à ce sujet est absolument hypothétique, et j'en suis encore à en trouver au lit du malade la démonstration positive ».
Constantin Paul cependant après avoir énuméré les symptômes classiques de l’endocardite, a des doutes sur leur valeur. |
« En présence, dit-il, des Symptômes attribués par tous lesauteurs et par l’auteur mêmede ce livre à l’endocardite sommes-nous bien sûrs que nous observons l’endocardite. Après avoir enlevé à l’endocardite bien des faits qui avaient trait à lanémie, j'en arrive à dire : est-ce encore bien l’endocardite qui est toujours en cause? On rencon-
| tre très souvent dans le rhumatisme des palpitations avec
souffle à la pointe ; si, ce que j’ai observé quelquefois, ce
souffle après quelques jours disparaît sans laisser de tra-
ces, Ou disparait à certains jours pour reparaître après, l'idée d’une lésion permanente devient problématique. »
A la fin de cette étude historique, et après ces longues citations nous croyons suffisamment justifiées les propositions que nous formulions au commencement de ce dernier chapitre. Nous avons vu des auteurs reprocher aux signes classiques d’être insuffisants et soutenir que l’endocardite existe souvent, qu’on a pu la constater à l'autopsie alors que ces signes, et le signe capital, le souffle, n’ont pu être observés. D’autres ont fait bon marché des troubles fonctionnels et généraux attribués à la maladie, et n’ont reconnu qu'un signe unique, le souffle. Enfin pour le dernier auteur que nous citons, ce souffle même après l’avoir distingué des bruits dits anémiques, ne serait pas suffisant pour affirmer l'existence de l’endocardite.
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