ÎÏ.— DES BRUITS NORMAUX DU C ŒUR A L'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE
Deux bruits se produisent pendant une révolution cardiaque, ils sont séparés par un petit silence et suivis par un plus grand. Ils forment une sorte de mesure à trois temps, le 1° bruit occupe un peu moins d’un tiers, le petit silence et le second bruit chacun un sixième et le grand silence un peu plus d’un tiers.
Le mécanisme de ces bruits qui a donné lieu autrefois à de longues discussions est maintenant presque entièrement élucidé. Le premier bruit synchrone avec le début de la systole ventriculaire est dû surtout au redressement et à la tension des valvules mitrale et tricuspide. Le second est produit parle claquement des valvules sigmoïdes sous le choc en retour du sang contenu dans les artères.
Le bruit systolique s'entend mieux à la pointe du cœur vers le 5° espace intercostal gauche un peu au-dessous du mamelon. Le bruit diastolique a son maximum dans le ?° espace intercostal tant à gauche qu’à droite du sternum. Le premier est sourd et prolongé. Le second est clair, superficiel et très court, comparable, dit baennen: au bruit d'un fouet ou d’un chien qui lappe.
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L’intensité des bruits peut présenter de grandes varia-
tions : plus forts chez les sujets à poitrine étroiteet mai-
gre à contractions cardiaques énergiques et rapides, ils peuvent être très affaiblis dans les conditions inverses.
Leur tonalité serait un peu plus élevée chezles jeunes sujets, plus basse chez les vieillards.
Le timbre du premier bruit peut devenir éclatant et comme métallique sans autre cause qu’un certain degré de distension de l'estomac par des gaz.
Cet organe joue alors le rôle d'une caisse de résonance. |
Le second bruit enfin, qui est la résultante du claquement simultané des valvules sigmoïdes aortiques et pulmonaires, peut être normalement dédoublé, ainsi que Pa montré M. le professeur Potain, quand ces valvules s’abaissent successivement. Ce dédoublement qui esttrès fréquent s’observe seulement à la fin de l’inspiration et au commencement de l'expiration, et il est dû à l’inégalité de pression qui existe alors entre la circulation aortique et la circulation pulmonaire. Ce dédoublement physiologique est très utile à l'étude des modifications qui surviennent dans le timbre des claquements valvulaires aortique et pulmonaire. En auscultant successivement au foyer aortique dans le deuxième espace intercostal près du bord gauche du sternum, et au foyer pulmonaire dans l’espace intercostal droit correspondant, on observe facilement les différences entre les
claquements. Quand un des bruits est altéré le bruit normal est là pour servir de terme de comparaison et faire apprécier les variations successives qui peuvent se produire. |
L'absence de dédoublement vrai du premier bruit (le galop n'enétant pas un) est une des causes qui, jointes au mécanisme plus complexe de sa production, rendent plus difficiles à apprécier les modifications de ce bruit.
Il estdes auteurs qui ont poussé le désir de la précision dans l'appréciation des bruits du cœur, à un point tel qu’ils sont tombés dans la haute fantaisie. On en jugera par cette citation : « Le cœur, dit Lhuillier (Recherches sur les maladies du cœur, 1886), est un organe musical qui chante et qui gémit, qui a ses dièses et ses bémols, ses secondes majeures, ses tierces et ses quintes, des notes justes ét fausses, des bruits hydrauliques et solidiens, et cela sur une très courte échelle de do à si, dans la gamme naturelle d’ut. La tierce donne au cœurle mouvement le plus facile et la tierce de sol à si paraît être la tierce physiologique. La quinte constitue un véritable état pathologique. » Et ces assertions sont accompagnées d’observations à l'appui.