BOTANIQUE ET CHIMIE
Mon intention n'est pas de m 'étendre sur les caractères botaniques de la dig'itale. Cette plante est assez connue pour que je n'aie pas besoin d'entrer dans beaucoup de détails sur ses caractères.
La dig'itale idigitalis) est une plante herbacée de la famille des scrofulariacées, et fait partie de la deuxième tribu : les scrofulariées.
Le g-enre digitalis renferme plusieurs variétés dont les deux principales sont la digitalis purpiirea et la digitalis lutea. Les autres variétés paraissent être des hybrides de ces deux principales (Mérat et Delens).
La digitalis lutea, dig-itale jaune, est reconnue par beaucoup d'auteurs comme étant moins active que la digitalis purpurea, aussi ne nous occuperonsnous que de cette dernière.
Caractères génériques. — La dig'itale pourprée (g'ant de Notre-Dame, nom vulg'aire) présente les caractères g-énériques suivants :
Calice persistant , à cinq divisions profondes et inég-ales ; corolle en cloche, irrég'ulière, évasée, très-ouverte, à limbe oblique, offrant quatre ou cinq lobes inég-aux ; quatre étamines didynames ; style terminé par un slig'matc bifide; capsule ovoïde acuminée souvent en deux valves; semences nombreuses, petites, oblong-ues, sous-ang'uleuses.
Caractères spécifiques. — La digitale pourprée est herbacée et bisannuelle ; sa tig-e est simple, ang-uleuse, velue, un peu roug-eâtre, haute de 1 mètre environ, et porte des feuilles alternes, oblong-ues, aig'uës, très-gTandes vers la racine et diminuant de long'ueur à mesure qu'elles se rapprochent du sommet, tantôt largues, tantôt plus étroites, ayant au maximum 12 centimètres de larg-eur sur 23 centimètres de long'ueur non compris le pétiole.
Le limbe est rég^ulièrement et g-rossièrement denté et crénelé et souvent un peu ondulé sur les bords; les dents sont arrondies, La face supérieure est verte dans les feuilles adultes, blanchâtre et un peu arg-entée dans les feuilles plus jeunes; toujours douce au toucher, recouverte de poils courts, transparents. La face inférieure est blanchâtre ; toutes les nervures y sont fortement marquées en relief; les poils y sont très-abondants.
Les fleurs sont disposées en long*s épis ou g-rappes simples. Ces fleurs sont purpurines et présentent à l'intérieur des taclies blanches en forme d'yeux; elles sont nombreuses et pendantes du même côté de l'épi. La forme g-énérale de la corolle est celle d'un doig-t de g-ant, forme d'où la plante a tiré son nom.
La famille des scrofulariacées est extrêmement voisine des solanacées ; on peut même dire qu'elles ne sont que des solanacées devenues irrég'ulières par suite de l'avortement d'une étamine. Il arrive quelquefois que dans certaines scrofulariacées comme la dig-itale, la cinquième étamine (celle qui avorte le plus souvent) venant à se développer, la
corolle reprend la forme rég-ulière et le type des solanacées. (A. Richard, 9* édition, rev. p. Martins, 4864.)
Analyse chimique.
Destouches, Leroyer de Genève, I^ulong* d'Astaford, Bidault de Villiers, ont fait et publié des analyses de la dig-itale, mais ils n'étaient pas arrivés au degTé de précision auquel sont parvenus MM. Homolle et Quévenne, P. Morin, Kosmann, etc.
D'après MM. Homolle et Quévenne (1), les principes existants dans la dig'itale sont les suivants :
1° Digitaline. \
1" Digitalose. / Principes classés dans les substances
3° Digitalin. ( neutres.
4" Digitalide. )
5° Acide digitalique.
6° Acide antirrliinique.
T Acide digitoléique.
8° Acide lannique.
9° Amidon.
10" Sucre.
4r Pectine.
12° Matière azotée albuininoïde.
13° Matière colorante rouge orangée cristalisablc
14° Chlorophylle.
15° Huile volatile.
M)" Le ligneux (|ui forme la trame de la plante.
(1) In Archxmsde physiologie de iM. Bouchardat, n» 1, janvier 1854
M. Wrig-hlson (1) a trouvé dans la dig'ilale 10,89 pour 100 de cendres.
100 g-rammes de cendres ont fourni les substances suivantes :
Acide carbonique 13,15
Gliarbon et sable 10,94
Silice ■ 9,58
Chlore . 4,09
Oxyde ferrique. . • i,46
Chaux H, 82
Magnésie 4,90
Potasse 32,64
Soude 6,39
Acide phosphorique 2,39
Acide suU'urique 2,84
MM. Homolle et Quévenne paraissent j avoir trouvé une quantité de cendres un peu plus considérable, et pour eux elles renfermeraient une petite quantité de mang-anèse.
La potasse que contenaient ces cendres venait peut-être du nitrate renfermé dans la plante qui, isolé et cristallisé, avait été pris par quelques chimistes pour de la dig-italine.
Nous allons donner brièvement les caractères physiques et chimiques des principes les plus importants contenus dans la dig-itale, tels que les indiquent MM. Homolle et Quévenne.
Digitalose. — Bel aspect blanc cristallin; micacé
(1) llecm scientifique, "1" série, tome VII, page 80; 1845.
comme de lacliolestérine ou aig*uillé, fusible à 200°; soluble à 66° dans l'acide sulfurique en lui donnant une simple teinte jaune-paille, tandis que avec le même acide un peu dilué elle forme une solution rose. Elle est neutre, insipide, insoluble dans l'eau, soluble dans l'éther et l'alcool.
Digitalin . — Découvert en même temps par Kosmann et par MM. Homolle et Quévenne. Matière neutre, farineuse, blanche, offrant des indices de cristallisation au microscope, insoluble dans l'éther, soluble dans l'alcool; insipide ou du moins un peu acre, abandonnant à l'eau une matière transparente dans laquelle réside surtout cette lég^ère âcreté ; caractérisée par sa forme pulvérulente blanche et la propriété de sa solution alcoolique d'être précipitée par la potasse caustique.
Berzélius prétend que le dig'italin n'est autre chose que de la salicine.
Digitalide. — Aspect d'une g'omme blonde en écailles, soluble dans l'eau et l'alcool faible, trèspeu dans celui à 90° et au-dessus, insoluble dans l'éther; saveur d'abord douceâtre, puis arrièreg"oût acre : propriétés électro-nég'atives un peu plus prononcées que les précédentes. Elle n'est peut-être que la partie du dig'italin soluble dans l'eau, mais colorée par quelque matière élrang-ère.
La dig-italide comme le dig'italin est précipitée de sa dissolution alcoolique par la potasse caustique.
kcide digitalicjue (P. Morin). — Blanc cristallisable; saveur acide; odeur sui (/eneris, pouvant devenir suffocante par l'effet de la chaleur; soluble dans l'eau, dans l'alcool et un peu dans l'éther ; remarquable par la facilité avec laquelle il se décompose à l'air en se colorant en brun, La lumière, la chaleur, les alcalis favorisent cette décomposition.
Acide antirrhinique (P. Morin), s'obtient par la distillation des feuilles de dig-itale. Incolore, d'apparence huileuse, saveur désag-réable, odeur rappelant la dig-itale fraîche; pouvant occasionner de la céphalalgneet des étourdissements quand on le respire à plusieurs reprises ; volatil.
Digitoléine, matière découverte par Kosmann , ayant l'aspect d'une huile verte, acre, amère, aro matique, très-soluble dans l'alcool et dans l'éther.
C'est probablement une combinaison deg'lycérine et d'acide dig-itoléique.
Avide digiioléicjue (Kosmann), acide g-ras fixe analog'ue à l'acide oléique, d'une saveur et odeur rances.
Les autres substances, acide tannique, sucre, amidon, pectine, matière albuminoïde, matière colorante orang'ée, chlorophyle et lig'neux, s'y rencontrent au même titre que dans d'autres vég-étaux.
Arrêtons-nous maintenant plus long'uement sur le principe le plus actif de la plante, sur la digitaline.
■ Leroyer, de Genève, dans ses analyses avait reconnu la présence de cette substance à laquelle il donna le nom de dig'italine, mais il n'avait pu l'extraire isolément; Dulong» d'Aslaford et plusieurs autres chimistes n'avaient pas été plus heureux. En 1840, par des procédés dont la description nous entraînerait trop loin, MM. Homolle et Quévenne isolèrent la dig-itahne à l'état de pureté, et publièrent un mémoire qui fut couronné à la Société de pharmacie en 1844.
MM. Homolle et Quévenne, après avoir examiné la question de préexistence des produits obtenus par les analyses, arrivent à cette conclusion, que la dig-italine préexiste réellement dans la plante et qu'elle n'est nullement le produit d'altérations survenues pendant les manipulations.
Caractères physiques et chimiques de la digitaline.
La dig'italine se présente sous la forme d'une poudre blanche ou jaune pâle, amorphe, qu'on n'a pu encore obtenir à l'état de cristaux, se décomposant à 200^, inodore, mais provoquant de violents éternuments quand on l'agite sans précautions, d'une saveur excessivement amère, se développant lentement à cause de sa faible solubilité dans Feau. Quand on mélang-e une solution de digitaline avec du noir animal, cette amertume disparaît. Dans ce cas, la digitaline est simplement absorbée par ce corps, car en le reprenant et le traitant par l'alcool on retrouve la digitaline intacte. Elle est insoluble
OU à peine soluble clans l'eau. J'ai pu cependant dissoudre facilement dans l'eau distillée à froid une certaine quantité de dig'italine (0,10 di^Mtaline dans 10 g'r. d'eau). Cette solution quand on l'ag'ite, se transforme totalement en unemasse mousseuse analogue à du blanc d'œuf battu, mousse qui persiste un très-long» temps avant de se réduire en liquide.
Je n'ai pas trouvé ce caractère indiqué dans les auteurs, ainsi que cette facile solubilité. Je le sig^nale en passant. Il existe toutefois une dig'italine dite allemande, préparée par M. Merck, de Darmstadt, que quelques chimistes considèrent comme plus pure, et qui se dissout facilement dans l'eau (1). La solution aqueuse de dig'italine s'altère en vieillissant, et fermente en perdant une g-rande partie de son aniertume.
La digitaline est soluble dans l'alcool, en toute proportion, faible ou concentré, à froid comme à chaud.
L'éther pur n'en dissout que des traces. La g'iycérine en dissout de petites quantités. L'esprit de bois la dissout très-bien. Les huiles g-rasses, les essences, la benzine ou le sulfure de carbone n'en dissolvent aucune trace.
Le chloroforme dissout la dig'italine pure avec facilité, complètement et pour ainsi dire en toute
(l) Lefort, Etudes chimiques et toxicologiques sur la digitaline. Académie* de médeeine, 1864.
J'ai appris depuis l'impression de ce travail que la digitaline dont j'ai fait usage était précisément de la digitaline de Merck.
proportion. Ce caractère est pour MM. Hoinolle et Quévenne, la pierre de touche, si je puis m'exprimer ainsi, du deg-ré de pureté de la dig-italine. Les acides dissolvent cette substance sans pourtant s'y combiner.
L'acide chlorhydrique concentré dissout la dig*italine en prenant une coloration d'abord jaune puis verte. Ce phénomène fut considéré comme une réaction caractéristique de la digitaline. Cependant M. Tardieu (1) constate que ce caractère est très-infidèle, car plus la dig*italine est impure, plus cette coloration est intense.
L'acide sulfurique concentré la dissout en prenant une teinte d'abord brune, puis cramoisie. Si l'on ajoute une petite quantité d'eau, la coloration se chang-e en une belle teinte verte. L'acide nitrique la décompose avec dég^ag^ement de vapeurs rutilantes. L'acide acétique la dissout sans se colorer.
Sa dissolution dans un acide réduit après ébuUition la solution cupro-potassique. D'après Kosmann, elle se dédouble par l'action des acides en une ma tière résineuse (dig-italrétine) et en g^lucose.
L'acétate de plomb, le sous-acétate de plomb, le nitrate d'arg-ent, le nitrate mercureux, l'acétate de cuivre, ne précipitent pas la solution aqueuse de dig-ilaline, mais le tanninla trouble puis forme un précipité floconneux abondant.
Le suc g-astrique filtré dissout la dig-italine. Le chyme en contact avec une solution de dig^italine
(■1) M. Tardieu, Élude mùdico~lé(jale et clinique mr i empoisonnement, p. 6o3; Paris, 1867.
lui fait perdre son amertume presque autant que le noir animal, mais sans la décomposer.
L'iodure de potassium ioduré, réactif que M. le professeur Bouchardat emploie dans la recherche des alcalis vég-étaux, produit dans la solution de dig-italine un trouble prononcé, mais à la condition que le réactif soit concentré (iode, 10; iodure de potassium, 20; eau, 120).
M. Grandeau indique comme réaction particulière à la dig-italine la coloration violet intense qui se manifeste lorsque l'on expose cette substance humectée d'un peu d'acide sulfarique aux vapeurs de brome. M. le professeur Tardieu, par suite de nombreuses expériences , considère ce caractère comme absolument incertain.
Nature de la digitaline. — La dig-italine est un composé ternaire, ne contenant pas d'azote, et parfaitement neutre au papier réactif. M. le professeur Wurtz, dans sa Chimie org-anique, la décrit dans un chapitre consacré à des corps neutres, non classés, se rapprochant des alcools polyatomiques ou des dérivés. Sa* formule chimique est indiquée par M. Wurtz comme pouvant être C^^H^^O'^", mais d'après Walz elle serait C^H'^O».
La dig-italine est encore incomplètement connue au point de vue chimique. Sa cherté jusqu'à présent excessive, la difficulté de l'avoir à l'état de pureté en g-rande quantité, sont des obstacles à son étude. Cependant beaucoup de chimistes la considèrent aujourd'hui comme un g-lycoside (Walz, Kosmann).
Matière médicale, modes d administration et doses.
- La dig-itale a d'abord été employée à l'état frais, et toutes les parties de la plante furent successivement mises à contribution. Bientôt on abandonna l'usag-e des racines, des tig-es ou des fleurs, et l'on se restreig-nit à l'emploi des feuilles et des g*raines. Withering' employa la poudre de feuilles sèches, aujourd'hui les feuilles et les g-raines sont les seules parties usitées.
Les semences, qui sont très-employées en Chine, sont, au dire de Buchner (1), plus actives que les feuilles, et renferment une plus g-rande quantité de dig-italine. Elles ont en outre l'avantag-e de très-bien se conserver d'une année à l'autre; mais elles sont très-petites, et leur récolte est assez difficile.
Plus récemment, M. Brossard, de Rouen, proposa (2) de substituer les semences aux feuilles, d'abord parce qu'elles sont plus actives, puis parce qu'elles ont une composition plus constante que les feuilles : 1 g-ramme de semence pilée contenant i millig"raaime de dig-itaUne. M. le professeur Bouchardat, appréciant le travail de M. Brossard, reconnaît qu'il serait préférable de se servir de la semence, mais cette mesure devrait être g-énérale.
Les feuilles de la dig-itale sont très-variables quant à leurs propriétés actives, suivant la contrée
(1) Buchner, Journal de pharmacie et de chimie, tome XXI, page -432-
(2) Bulletin de thérapeutique, 1857 ; page 457.
et le lieu où on les a récoltées, suivant que la plante est cultivée ou sauvag-e, suivant l'époque de la cueille, suivant qu'elles sont adultes ou jeunes, radicales ou autres , suivant même les années. Il est de précepte de cueillir les feuilles radicales de' la plante, avant la lloraison de la seconde année.
Cependant Réveil, dans son formulaire des médicaments nouveaux, insiste sur l'opportunité de ne cueillir que les feuilles de la tig-e au moment où la plante est en fleur. Ces feuilles, dit-il, sont d'une action moins infidèle que les radicales. D'après le nouveau Codex, les feuilles doivent être récoltées un peu avant la floraison.
Les feuilles de digitale s'altèrent rapidement , aussi doit-on, aussitôt après la cueille^ les dessécher et les enfermer dans des flacons bien bouchés et tenus à l'abri de la lumière.
Sans entrer dans de longs détails sur les diverses manières dont les premiers observateurs ont employé ces deux parties : feuilles et semences , nous parlerons des préparations dont on se sert habituellement aujourd'hui : infusions, poudre, extraits aqueux^ alcooliques, sirops, teintures alcoolique et éthérée, alcoolature.
De toutes ces préparations, les plus fidèles, à cause de leur simplicité même, sont l'infusion et la poudre , à la condition qu'elles soient récemment préparées.
L'infusion au bout de peu de temps se décompose et prend une odeur nauséabonde. La poudre en vieiUissant perd une grande pai Lie de son activité.
Pour obtenir une poudre de bonne qualité, il faut pulvériser les feuilles bien sèches et s'arrêter lorsque les deux tiers auront été réduits.
Le sirop de dig-itale est une préparation utile, mais il faut qu'elle soit dosée avec g-rand soin. Le Codex prescrit de le préparer d'après les proportions suivantes : Teinture, 2o grammes, sirop de sucre, 1,000 grammes. 20 g*rammes représentent 0,50 centig-rammes de teinture ou 0,033 d'extrait alcoolique.
Le sirop de M. Labelonye est d'un dosag-e sûr et d'un emploi commode. Il est préparé avec l'extrait hydro-alcoolique obtenu dans le vide, 1 g-ramme, et sirop de sucre, 1125. Chaque 30 g'rammes correspond à 25 millig-rammes d'extrait équivalant à peu près à 10 centig-rammes de poudre de dig'itale et à 89 centig-rammes de teinture alcoolique au 8'.
La teinture alcoolique : feuilles sèches de dig'itale pulvérisées, 100; macérées dans alcool à 60% q. s.
La teinture éthérée (poudre, 100; éther alcoolisée, à 76 p. 100, 500) est un médicament infidèle, l'éther ne dissolvant pas la dig^itahne. Cette prépation est peu usitée et devrait, au dire de MM. Homolle et Quévenne, être rejetée de la pharmacopée. On la retrouve cependant dans le nouveau Codex.
Les extraits de la plante sont obtenus par l'eau ou l'alcool qui dissolvent les principes actifs de la poudre et sont évaporés ensuite par la chaleur. MM. HomoUe et Quevenne pensent que ces extraits sont des préparations infidèles par suite des altéra-
— notions que la clialeur a pu produire dans les principes actifs.
On prépare un extrait par évaporation dans le vide, extrait hydro-alcoolique, et qui paraît être plus constant dans sa composition et ses propriétés.
L'alcoolature se prépare avec feuilles récentes, 1,000 gT., et alcool à 90°, 1,000 g-r. (codex). Peu usitée.
Enfin on fait une conserve de dig-itale : feuilles fraîches, 100 g-r.; sucre, 120 g-rammes (Foy).
Les cig^arettes se préparent avec des feuilles sèches, et chacune doit contenir 1 g^rana. de feuilles divisées.
Dans un tableau par lequel on saisira mieux les quantités relatives de chaque préparation, nous allons résumer les doses auxquelles on doit prescrire les diverses préparations de dig*itale :
Pour adultes pour eafaots.
Poudre de digilalc sèche. 0,05 à O.fiO gr. 0,C1 à 0, 10
— en infusion 0,40 à 1.5. 10 et 15 gr. 0,01, 0,10. 1 à "2
Sirop 20 30 50 gr. 10 à 20
Teinture alcoolique 1, à 15 gr. 1 à 5
— élhérée (inusitée.)
Extrait aqueux 0,10 à 0,40 gr. 0,05 à 0,10
— alcoolique 0,05 à 0,30 gr. 0,01 à 0,05
— élhéré (inusité.)
Alcoolalure (inusitée.;
Conserve....' 0,50 à 2 gr. 0,10 à I
Nous donnons ég-alement un tableau tiré du mémoire de MM. HomoUe et Quévenne qui indique les équivalents thérapeutiques des préparations employées :
Tableau îles équivalents thérapeutiques (1).
1 inilligTamme de dig'italine est représenté par :
l'oudrc de digil;ile qualité ordinaire. 0,10 centigr.
— qualité supérieure 0,07 à 8 cenligr.
Teinture alcoolique du Codex (IS gouttes) 0,53 centigr.
— êthérique du Codex (30 gouttes} 0,80 centigr.
Extrait acqueux 0,045 milligr.
— alcoolique 0,050 milligr.
— êthérique , 0,012 milligr.
Ces diverses préparations officinales sont enîployées en pilules, en potions ou en infusion.
On leur associe souvent d'autres substances dans le but d'augmenter leur action diurétique, comme la scille, ou pour mieux agir sur les éléments morbides complexes, comme dans quelques formules mag'istrales employées contre la mig-raine, la dysménorrhée, les fièvres intermittentes, l'épilepsie, etc.
A l'extérieur, on emploie ladig-itale en frictions, lotions, fomentations, pommades, cataplasmes, et par la méthode endermique.
La teinture alcoolique ou la poudre, l'infusion sont les préparations usitées dans ces cas.
Digitaline. — Les diverses préparations de dig-itale sont forcément variables dans leur action, et la dig-iluhne étant la seule substance active au point de vue thérapeutique, il serait à désirer que son emploi se g-énéralisât. MM. Homolle et Que-
(1) Homolle et Quévenne. Ouvrage cité ; page 342. Lef^roiix.
- "li —
venue (i) ont d'aillenrs démontre aveo assez de preuves que la thérapeutique n'avait rien à perdre à cette substitution. Malheureusement cette substance est jusqu'à présent d'un prix élevé; elle n'est préparée à l'état de g-rande pureté que par un trèspetit nombre de chimistes ou pharmaciens; et lorsqu'un médecin prescrit la dig-italine, il est exposé à faire usag-e d'un produit falsifié ou impur (2), dont les résultats par conséquent seront nuisibles, nuls ou incertains^ et iljug-era défavorablement ce médicament. C'est ce qui est arrivé au moment de l'apparition de la digitaline dans la matière médicale, et beaucoup de médecins ont alors renoncé, au moins quant à présent, à se servir de ce produit.
La digitaline pure est cent fois plus active que la dig-itale.
Les préparations en usag'e actuellement et sur lesquelles on peut compter, sont les g-ranules de dig*italine et le sirop préparés par MM, Homolle et Quévenne.
Au moyen d'une manipulation ing-énieuse, ces chimistes sont arrivés à doser d'une manière sûre le
d) Homolle et 0«évenne. Ouvrage ciié.
Homolle, Earpérimenlations physiologiques sur quelques préparations de digitale {Actes de la Société médicale des hôpitaux, d' fascicule, page 32 .
(2) Les recherches réccnles de MM. Grandeau el Lcfort onl démontré que la digitaline du commerce était très-variable dans sa composition, ses propriétés chimiques et physiques cl probablement ses el'fcis physiologiques. Dans beaucoup de pharmacies on ne possède encore que de la digitaline, dite noire ou ancienne, digitaline dont on n;' peut mesurer les effets.
médicament. Chaque granule renferme 1 millig'ramme de dig'italine.
El cependant beaucoup de médecins se plaig-nent de l'irrég'ularité d action des g'ranules : le sirop ou la dissolution dans l'eau alcoolisée me paraît encore la forme préférable. Le sirop contient pour 20 gTammes, 1 millig-ramme de principe actif.
La dose de digMlalinc par laquelle on doit débuter est de 1 millig'ramme, puis on aug-mente peu à peu la dose jusqu'à 2, 3, 4, 5 et même 6, 7 et 8 milligTammes. Ces dernières doses sont rarement supportées sans accidents. Aussi ne devra-t-on pousser aussi loin qu'avec la plus gTande circonspection. Il faut suspendre le médicament aussitôt que l'on voit survenir des nausées ou quelque autre sigTie d'intolérance.
Dans le cours d'une médication par la dig'italine, il est bon, surtout au début, de suspendre le médicament pendant un, deux jours, trois jours même, puis de le reprendre après, pour éviter les effets toxiques que pourrait produire l'accumulation des doses et raccumulation d'action. Cette accumulation du médicament peut s'expliquer par l'influence exercée par le chyme sur la dig'italine, comme nous l'avons vu plus haut .pag-e 45).
Il est plus difficile d'associer la dig'italine à d'autres médicaments, parce que nous sommes encore incertains sur leurs actions réciproques, cl dans le cas où on voudrait associer l'action de la dig-ilaline à celle d'un autre médicament, il serait préférable de se servir de l'extrait hydro-alcooli(|ur préparé dans le vide ou de la leirilun' ulcooliuii.-.
La dig-italine, par suite de son action excitante sur la peau, ne doit pas cire adnninistrée par la métliode enderniique. Il en est de même des injections sous-eutanées, qui sont très-irritantes (1).
].ncompai},bilif.és. — Quelques substances, telles que les sels de plomb, d'arg-eni, de fer, précipitant l'infusion de dig'itale, paraissent devoir être incompatibles. Cependant, dans certains cas oùj'ai vu donner la dig'itale avec quelques-unes de ces substances, l'action de la dig-itale s'est manifestement produite.
Il n'en est pns de même des alcalis, et de l'ammoniaque en particulier, de l'iodure de potassium ioduré, du tannin et par suite du quinquina, du ratanbia, qui précipitent ou décomposent soit l'infusion de digntale, soit même la dig'italine..
Intolérance. — On rencontre quelquefois des org-anismes très- impressionnables par la dig-itale ou la dig^italine (2). Plusieurs exemples en sont cités par Vassal, M. Boucbardat (3). Souvent cette intoléi-ance lient à la forme du médicament qui est employée. La poudre, en effet, se tolère plus difticilement que le sirop ou que la teinture alcoolique. De même la dig"itale est moins bien tolérée que la dig-i-
(1) Joiisset. Des injections soux-cutanées. Th. de Paris, 186o.
(2) Voyez Vassal, Dissertation innugurah (obs XVIII. page ;W . el obs. XVI, page 79).
(3) Bouchardal, Annuaire de théraj)., ISSO, page US.
taline : cela s'explique en ce que la digitale contient, avecla dig-italine, d'autres principes qui, sans avoir les influences thérapeutiques que l'on recherche, ont une action toxique vomitive (matière nauséabonde, verdâtre, formée probablement d'acide dig-itoléique) (1).
Cependant en débutant par des doses faibles de dig-itale ou de dig-italine, en les aug-mentant peu à peu et les suspendant par intervalle, il est rare qu'on ne puisse faire supporter le médicament. Il existe pourtant des idiosyncrasies qui ne permettent pas l'emploi de la dig-itale.
Tolérance et accoutumance. — Nous ne croyons pas qu'il puisse s'établir une tolérance de la dig*itale. Le plus souvent on voit des sujets prendre pendant assez long'temps de la dig'itale sans accidents, et tout à coup, brusquement, présenter des phénomènes toxiques g-raves. D'autres fois, les phénomènes se montrent très-vite et après de petites doses. C'est ce qui arrive lorsqu'on prescrit la dig'itale vers la fin des maladies g-raves, quand les forces des malades sont épuisées; il faut avoir soin alors de donner de faibles doses. On ne peut pas d'ailleurs comparer la tolérance étudiée spécialement à l'occasion desantimoniaux, par l'école Rasorienne, à cette espèce de résistance plus ou moins long-ue de l'org-anisme à l'action de la dig-itale. Ce médicament doit être rang-é dans cette classe de
(1) Homolle, l.ecture à la Société des hôpitaux {Bulletin de la Société, 6» fascicule, 1864, page 41 cl suivantes. '2) Homolle el Quevcnnc. Ouvrage cité; page 204.
poisons à laquelle on ne s'habilue pas, et cela d'après les l'èo-les tracées par M. le professeur lîoucliardal.
L'habitude ou accoutumance semble donc impossible pour cette substance qui entrave les phénomènes essentiels de la vi , circulation, chaleur, et le médecin ne doit pas s'endormir dans une trompeuse sécurité, parce qu'il verra un sujet supporter des doses assez fortes de dig'itale ou do dig-italine pendant un assez long- temps, car l'heure d'un dang*er peut être sur le point de sonner.
Il faut dire qu'en g'énéral, lorsque les accidents surviennent, il est rare qu'ils prennent une g-ravité mortelle lorsque l'on n'a administré la dig'itale qu'à dose médicamenteuse.
Existe-t-il un contre- poison de la digitale et de la dig'italine? Non, quant à présent.
Devant des accidents produits par cette substance, nous ne pouvons avoir recours qu'aux excitants g-énéraux; quelquefois un peu de kirch, de rhum, purs ou étendus d'eau, suffisent pour faire disparaître les nausées : la g'iace, le jus d'orang*e, l'eau de Seltz,, une potion éthérée, sont utiles lorsque l'action va jusqu'à l'effet éméto-cathartique.