‹ Essai sur le droit public d'AthènesChapitre 9 sur 35 · A QUELLE ÉPOQUE SE TENAIENT LES ASSEMBLÉES DU PEUPLE · texte numérisé non relu

A QUELLE ÉPOQUE SE TENAIENT LES ASSEMBLÉES DU PEUPLE

La puissance suprême que possédait le peuple réuni dans ses comices , il ne pouvait naturellement l'exercer que d'une manière intermittente et à intervalles plus ou moins éloignés. Dans l'Athènes de Solon, le peuple, à moins d'événements et de convocations extraordinaires, ne se réunissait guère que pour élire les magistrats et re-

(1) Lex, rhetor., p. 289. Voir d^aiQeun le chapitre II, § 13.

cevoir leurs comptes. Ud peu plus tard^ après Clisthènes peut-être, il y eut une assemblée par Prytanie (1). Â mesure que la démocratie gagna du terrain y le nombre des assemblées régulières augmenta ; il y en avait, au quatrième siècle, quatre par Prytanies, que l'on appelait assemblées ^principales (é)c%V/icriai xùpiai ) ou assemblées légales (vo[i.it&oi 6)cx>.7]<Tiai) (S). En outre, toutes les fois qu'il y avait lieu, on convoquait des assemblées eœtr(wrdirmres ((Pj-pLkfiTOf,

èxxlTiaiat, xarax^Tf^eiç , KaTa)c>Y)aiai) (3); le peuple était alors

prévenu par des hérauts qui parcouraient l'Altique et qui annonçaient le jour et l'objet de la réunion (4). Le droit de convocation appartenait aux Prytanes ; les Stratèges pouvaient aussi, dans certains cas, prendre cette initiative (5). 11 arrivait encore parfois que le peuple, n'ayant pu, dans une des assemblées régulières, arriver à une conclusion, 'ou traiter une affaire qui méritait d'être discutée à loisir, renvoyait la délibération à une assemblée supplémentaire dont il fixait le jour avant de se séparer.

On a cru pouvoir affirmer que les assemblées régulières se tenaient le 1 0, le 20, le 30 et le 33 de chaque Prytanie ; mais, quoi qu'il en soit de ces dates, qui ne reposent point sur des calculs bien sûrs, ce qui est certain, c'est que chacune

(1) Ce fat cette assemblée, placée an commencement de la Prytanie, qui garda toujours par eicellence le nom de xvpia. PoUux, YllI , 95; Etymolog., s. v. xupia; Aristotel. ap. Harpocr., s. v. xupia èxx>.T]<Tta. Hesych., ibid.

(2) Suidas, s. v. éxxXiqvîa. Scftol., Âristopb. ad Acham., v. 19.

On appelait aussi œs assemblées aipiTitévai , c'est-à-dire fixées d'avance, régulières.

(3) SchoL, Aristoph. ad Acham,, v. 19. Ammon., p. 47. Hesycbius. Demosih., De earona, 38, 73.

(4) Hesycbius, s. v. xocTax^vi^Ca.

(5) lis avaieDt, à ce qu*il semble , à s'entendre à ce sujet avec les Prytanes, dont le nom figarait aussi toqours dans la formule de convocation. Thucyd., IV, 118. Demosth., De coron,, 38, 75.

de ces séances avait ou, tout au moins ^ devait avoir son caractère particulier , sa destination spéciale (1 ) . « La première était consacrée à confirmer les magistrats dans leurs fonctions , s'ils les remplissaient convenablement , ou à les leur retirer, s'il y avait lieu , à écouter les accusations nommées il(5(xrf^tki(t\ , à entendre lire la liste des biens confisqués au profit de l'Etat par suite de condamnations judiciaires , et celle des successions qui s'étaient ouvertes. Dans la seconde, chaque citoyen pouvait apporter toute réclamation d'intérêt public ou privé dont il lui plaisait de se faire rinterprète. Dans la troisième^ on donnait audience aux hérauts et aux ambassadeurs^ qui avaient dû au préalable remettre aux Prytanes les dépêches dont ils étaient porteurs. La quatrième était entièrement consacrée à traiter des objets du culte et des cérémonies religieuses (2). » Telle était la règle générale; mais on devait s'en écarter souvent sous la pression des circonstances; quand il se produisait, à la veille de Fune des quatre assemblées ordinaires, quelque événement imprévu, quelque complication inattendue^ jugeait-on indispensable, si l'affaire ne rentrait pas dans la spécialité de la réunion prochaine, de convoquer tout exprès une assemblée extraordinaire? ou, plutôt, après avoir expédié ou renvoyé à la Prytanie suivante tout ce qui était affaires réglementaires , ne profitait-on pas de l'occasion pour discuter et pour trancher, sans plus de retard, la question qui préoccupait les esprits ?

(1) Sur cette fixation de dates, voir Scliœmaim, De comiliis Atheniensium,

(2) PoUux, VIII, 95, 96. L*ëQumération de PoUux ne parait pas être complète et ne pouvait guère Télre. Ainsi, diaprés Harpocration ( s. v. xupCa éxxXY]<7ia), et un autre lexique publié à la suite du Photius de Porson (p. 672) » nous voyons que , dans la première assemblée, on s'occupait aussi de la défense du territoire (?cepl çvXaxfjç Tfic yjlà^az ).

D'ailleurs, pour qu'il n'y eût pas de surprise , les Prytanes étaient tenus de dresser et d'afQcher, quelques jours à l'avance, le programme de la prochaine réunion (1). Ils n'en étaient pas moins maîtres, en cas d'urgence, de faire, quelques instants avant que le peuple ne montât au Pnyx, des additions à l'ordre du jour; il leur suffisait d'avoir l'approbation du Sénat , qui se réunissait plus tôt que l'assemblée (2).

PB LA PRÉSIDENCE DE l'ASSEMBLÉE. — LES PRVTANES ET LES

PROÉDRES.

Si c'étaient les Prytanes qui préparaient, au nom- du Sénat, les travaux de l'assemblée, ce n'était plus eux qui, au temps de Démosthènes, en dirigeaient les délibérations. Pendant tout le cinquième siècle, on le voit et par les auteurs et par les inscriptions qui sont parvenues jusqu'à nous, c'était FEpistate des Prytanes, celui dont nous avons parlé plus haut, qui présidait le Sénat et l'assemblée (3). Mais, vers le commencement du quatrième siècle, il y eut un changement. Voici comment on peut se l'expliquer. L'instinct démocratique aurait été conduit , nous ne savons par quelles circonstances, à craindre que la section du

(1) Si Ton en crmt nn lexique anonyme , publié par Bekker {Anecdoia grœca, I, p. 296), c'était cinq jours avant rassemblée qne les Pnftanes affichaient le programme. Cf. Ulpiannm , ad PkUip., I, p. 33.

(2) Les objets ainsi introduits sur le programme au dernier moment s^appelaîent àicpoypw^a. Hyperid., ap. PoUoc, VI, 144.

(3) Thoc, VI, 14. Anliph., De Choreula, 45. Platon, Gorg., p. 473, E. Apolog. Socrat., p. 82, A. Xenoph., Hellen., I, 7, 15. Memor. SocraU, 1, 1, 18; IV, 4, 2.

Sénat qui^ pendant pins d'un mois^ était à la tète du gouvernement, n'exerçât ainsi temporairement une sorte de dictature; pour obvier à cet inconvénient, chaque fois qu'il devait y avoir séance générale du Sénat ou assemblée du peuple, TEpistate des Prytanes lirait au sort un sénateur de chacune des tribus autres que celle qui exerçait la Prytanie, et ces neuf personnes prenaient le titre de Proëdres. Un des Procdres, désigné lui aussi par le sort, devenait YEpislate des Proëdres (6 èTuiGTaTTiÇ tôv irpoc^pwv), et, par là même, \e président du Sénat et celui de Y assemblée ^ dont ses collègues formaient avec lui le bureau (1). Depuis le moment où les choses furent ainsi réglées.

(1) Sur cette organisation du collège des Proëdres , le texte capital est celui que nous trouvons dans Pollux , et qu'il a sans doute emprunté à Aristote. Il convient de le citer en entier : 'X)Tav ol Tcputàvetç tèv §f}^ov tq ttJjv pouXi^v <njvàYt«)(nv » outo; èÇ êxaary]^ fuXvi; icpoeSpov éva xXir)poT, (jlovtiv ttjv itpuTav£Oou<Tav àçieiç. Cf. Harpocration, s. t. éicioTary}; ; les AéUic ^ritopixai {Anecdota grœcay 1 , 244); Suidas» s. v. irpéeSpoi, etc., etc. Quant à d'autres Proëdres qui auraient été tirés du sein des Prytanes, par la division en cinq décuries des cinquante sénateurs de chaque tribu , il 7 a tout lieu de croire que c'est là une invention de scoliastes mal informés; ces commentateurs, pour expliquer des détails qu'ils ne comprenaient pas, ont inventé toute une théorie, qui a passé de là dans certains livres modernes. 11 n'y a dans les auteurs ni dans les inscriptions pas un mot qui conflrme l'assertion de l'auteur inconnu du second argument du discours contre Androtion, avec lequel s'accorde le scoliaste d'Eschine {contre Ciésiphon). Toute Fhistoire de cette erreur et de cette confusion a été exposée de la manière la plus daire dans une remarquable dissertation à laqueUe nous renverrons pour plus de détails. Elle est intitulée EpicrUis qucestionis de Proëdris apud Athenienses^ Gotting», 1843, in-4<>, 24, et ne porte pas de nom d'auteur; mais elle est de K.-Fr. Hermann. L'homme qui a le plus longtemps et le mieux étudié les antiquités politiques et judiciaires d'Athènes, G.-F. Scbœmann, avait d'abord cru les scoliastes sur parole et admis deux espèces de Proëdres ( De comitiis Atheniensium , 85-90) ; il a depuis reconnu cette erreur, et il s'est réfuté lui-même dans son récent ouvrage sur les antiquités grecques (Griechisehe Aller ihumer, 1. 1 , p. 379). Pour (out ce qui est relatif à l'assemblée, aux règlements qui la gouvernaient, à sa compétence , etc. , on n'a qu'à consulter son livre De comitiis Aiheniensium , Greifiswald , 1829 , in-8<*, XXVl , 392 pages ; on y trouvera tous les textes soigneusement réunis; mais l'auteur n'a pas encore acquis la sûreté de critique qui le distinguera plus tard, et il est encore peu Êunilier avec les monuments épigraphiques. Qe premier ouvrage est de 1829, et le second de 1856.

FEpislatedes Prytaaes, dépouillé de sa plus haute prérogative, n'eut plus guère d'autre privilège que de garder les clés du trésor et le sceau de l'Etat , de se trouver ainsi , pendant vingt-quatre heures, le chef nominal du gouvernement.

Nous n'avons pas à exposer ici le détail , que l'on trouvera partout, des mesures de police au moyen desquelles, quand était dressé le drapeau qui convoquait le peuple au Pnyx, on coupait court aux longues flâneries du Marché. H fallait, malgré l'appât de l'indemnité offerte à tous ceux qui voudraient bien siéger, user de ruse et presque de violence pour obtenir des citoyens qu'ils s'arrachassent à leurs causeries sans fin, et qu'ils se décidassent à monter vers le lieu de la séance; là les attendaient déjà Prytanes et Proëdres, rangés au pied de la tribune (1). Sur le Pnyx, comme au Sénat, c'était par un sacrifice et une solennelle prière que s'ouvrait la réunion. Ensuite , l'Epistate des Proedres faisait lire par le secrétaire ( ypajjLiAaTeu;) le projet de décret rédigé par le Sénat , ou la proposition qu'il permettait de soumettre au peuple (2); il donnait la parole à qui la demandait , il surveillait la discussion, empêchait ou devait empêcher les orateurs de sortir de la question , pouvait leur retirer la parole s'ils refusaient d'obéir à ses

(i) Aristophane , dans la première scène des Achamiens , nous donne la parodie d'une séance de rassemblée. On y trouve rappelées , ou directement ou par voie d'allusion, toutes ces cérémonies et formalités préliminaires. Sur la manière dont se tenaient ces séances et sur Tordre qui devait y être suivi , voir aussi les deux discours d'Escbine contre Timarque (2 1-36) et contre CtéHphon (2-6). Cf. Demosth., Défais, kg.^ 70.

(2) Sur la proclamation du héraut , son invocation aux dieux , et les imprécations qu'il prononçait contre ceux qui chercheraient à tromper le peuple , voir Aristophane ( ThesfWH phoria%., 295-350 ); il donne une sorte de parodie de cette proclamation. U suffit d'en retrancher certains traits comiques relatifs à Euripide et aux femmes pour avoir, à peu de chose près, Ui formule officielle ; on peut s'en assurer en comparant les vers du poGte aBusions que les orateurs font aux termes de cette prodamatioD.

injonctions y et les frappait même ^ dans certains cas, de peines disciplinaires, d'amendes qu'avait à confirmer le Sénat (1). C'était lui enfin qui déclarait clos les débats, et qui invitait le peuple à manifester son opinion ; tous ceux qui étaient d'avis d'adopter la mesure proposée levaient la main. Si l'épreuve paraissait douteuse, on la faisait recommencer jusqu'à ce que l'Epistate et les Proedres ne pussent plus s'y tromper, et qu'ils proclamassent le résultat du vote. L'assemblée était alors congédiée (%) , et le décret qui venait d'être voté déposé dans les archives.

DE l'ostracisme. — LES LISTES ÉLECTORALES.

Il y avait un autre mode de volation qui n'était usité que dans un nombre de cas très -restreint et très-rigoureusement déterminé par la loi ; il était usité quand il s'agissait de l'une de ces mesures que les Romains auraient appelées privilégia ou leges privatis irrogatœ j et qui avaient pour objet d'atteindre un individu entre tous et de modifier son état, tantôt à son avantage, tantôt à son détri-

(1) La loi qui réglait la police des discussions , intitulée icepl eOxov(t{ac tâv ^Toptdv , se trouve citée tout au long dans le discours d'Eschine contre Timarque^ 35. Je la croirais volontiers authentique ; c*était là une de ces lois importantes et souvent citées que réditeur de ce discours devait aisément trouver dans toutes les collections de lois et de décrets. Il paraît qu*au temps de Démostiiènes , le bureau de rassemblée avait grand*peine à contenir et à morigéner les orateurs; il est question, dans le discours d*Eschine contre Timarque (33), d'un nouveau règlement qui aurait été récemment voté et qui, dans chaque assemblée , aurait mis à la disposition des ProSdres , pour les aider à faire respecter leurs ordres , les citoyens de Tune des dix tribus désignée par le sort et qui venait se ranger autour de la tribune ; mais ce règlement ne parait pas avoir eu grand effet.

(2) Gela s'appelait Xveiv ti^v éKxXY)<Ttav. Aristoph., Acham., 172.

ment (1); ainsi y qu'il s'agtt du droit de bourgeoisie accordé à un étranger ou de la sentence d'exil qu'entraînait Tostracisme^ les formalités étaient^ à peu de chose près ^ les mêmes. Pour que le décret passât^ il fallait qu'il eût en sa faveur six mille au moins des suffrages exprimés au scrutin secret (2). Alors c'était sur le Vieux-Marché, comme nous Tavons indiqué , que le peuple rendait son verdict ; une partie de la place était entourée de barrières (yepf a ) , et dix portes , une pour les citoyens de chaque tribu , donnaient accès dans l'enceinte , où siégeaient les magistrats. Devant ceux-ci étaient placées des urnes (yf-oL^ioxoi) où chacun déposait son vote ; nous ne savons pas au juste quel était le moyen employé pour constater l'identité personnelle des citoyens qui se présentaient au scrutin. Le rôle que jouaient sur le Pnyx, au moment où allait s'ouvrir l'assemblée, les six magistrats appelés Lexiarques (^y.^tapyot), nous fait présumer que ces officiers^ toutes les fois qu'ils avaient à exercer leur contrôle, apportaient sur la place publique sinon l'original , au moins une expé-

(1) C'était ce qne le législateur athénien appelait v6(jlov Itz' àvSpl OEÎvai. Ândocid., De myst., 87.

(2) C'est ce qui résulte d'une manière formelle de deui textes très-clairs , l'un du Sceliaste d'Aristophane (ad EquiL, v. 851), l'autre de PoDux (VIII, 20). D'après Plutarque , au contraire , il aurût suffi , pour que l'ostracisme fût prononcé contre tel ou tel citoyen , que son nom figurât sur la majorité des coquilles jetées dans Fume , et qu'il y ait eu six mille votants au moins. Le système qu'eipose PoQux est bien plus conforme à tout Tesprit de la loi athénienne. Pourquoi aurait*elle exigé, pour toute loi privée, un minimum de six mille sufifrages si, par exemple, dans l'ostracisme, où deux et quelquefois trois noms se trouvaient ballottés, un homme d'Etat comme Aristide ou Thémistocle pouvait être chassé de la cité par une majorité de trois mille une ou même de deux miUc une voix? D'ailleurs PoDox, en pareille matière, se borne en général i transcrire les textes d'Aristote qu'il avait sous les yeux , tandis que Plutarque , qui veut arranger et embellir, qui cite souvent de mémoire, manque parfois de précision, ne comprend pas les institutions disparues, et confond les époques. Voir dans Plutarque, sur Fostracisme, les vies de Thémistocle (c. 22 ), ô^ Aristide (7), de Nicias (11) et à'Alcibiade (13).

dltioD des registres appelés XTi^iapyixà fçonuLCLxtlfi] œux-ci répondaient à nos registres de Tétat dvil y ou plutôt à nos listes électorcUes (1).

DE l'^DEMNITË A(XX)RDÉE AUX CITOYENS QUI SIÉGEAIENT DANS

l'assemblée ou dans les tribunaux.

Une exacte vérification était d'autant plus nécessaire, que la question politique se compliquait ici d'une question financière : ce n'était pas seulemeût l'ambition, mais aussi l'intérêt qui pouvait conduire à usurper la qualité de citoyen , et à tenter de pénétrer indûment dans les rangs de l'assemblée. On sait, en effet, que, vers le milieu du cinquième siècle, l'Etat commença à indemniser les citoyens qui prenaient part aux travaux de l'assemblée et ceux qui siégeaient comme juges. La paie de l'assemblée (to éicxX?)-

<7ia<JTtxov) et celle des tribunaux (to 5t)ta<rrwcov , to TiXiaaTixov)

paraissent avoir été d'abord , pour chaque citoyen , d'une obole par séance, puis avoir été, bientôt après, portées à trois oboles (2) ; c'est à ce dernier taux qu'elle se serait

(1) Pollux, VIII, 104. C'est à Schœmaim ( Griechische Alterthumer, l , 383 ) qu'appartient cette ingénieuse conjecture ; eUe s'appuie sur ce mot de Pollux : ToO; éxxXY}<riâ- CovTo^ ê^iQTal^ov. Ces lexiarques étant chargés, d'après ce même passage , de tenir au courant le XY)Çiapxixôv Ypa(t|taTETov , U était naturel que , pour remplir (Tune manière satisfaisante la mission qui leur était confiée et pour éviter les erreurs, ils eussent sous la main et pussent feuilleter, a?ec l'aide des trente assesseurs qu'ils s'adjoignaient , le livre qui contenait les noms de tous les citoyens majeurs. La première des gloses que donne Suidas, 8. V. \i\liapx^TiLoy y^a\L\MxtXo>t indiquerait aussi que ces registres étaient apportés sur le Pnyx. k C'est en se servant de ces registres, dit-il (iÇ èxeivuv tûv Ypa(«,ti.aTeudv), que l'on tire au sort les çiagistrats. »

(2) 11 est certain tout au moins pour la paie de l'assemblée ( |u<76àc èxxXTiaiAartxàc ) qu'elle aurait été d^abord d'une seule obole , et qu'elle aurait été portée à trois peu de temps

toujours maintenue depuis lors y pendant la période qui nous occupe, excepté peut-être dans certaines années d'embarras financiers y oii le trésor était à court ^ et ne pouvait suffire aux dépenses ordinaires.

Il n'est points dans toute la constitution athénienne , de disposition qui ait été plus souvent et plus vivement critiquée que ces indemnités allouées aux citoyens qui venaient occuper leur place à rassemblée ou dans les tribunaux. Ces objections et ces reproches , je les comprends sous la plume d'un écrivain qui professe des théories plus ou moins franchement aristocratiques. Dans des sociétés comme la société anglaise^ où une classe riche ^ instruite^ dévouée à la patrie^ habituée au maniement des affaires^ se trouve posséder des privilèges héréditaires^ il parait naturel qu'en échange des prérogatives qui lui sont concédées, cette classe se charge, à titre gratuit , d'administrer et de gouverner le pays ; n'est-elle pas assez payée de ses peines par le respect dont elle est entourée et par l'exercice même du pouvoir? Les compensations pécuniaires ne font d'ailleurs pas défaut ; si les membres du parlement anglais ne touchent point de traitement , non plus que les magistrats des comtés, ils savent du moins ménager à leurs fils ca« dels, à leurs parents, à leurs clients, quelqu'une de ces places oii il y a peu de chose à faire et beaucoup à gagner,

AYant la représentation des Eccluiawusai d'Aristophane ( v. 300 et 3*76); or, cette pièce est, selon toute vraisemblance, de 39S (Otlfried Mûller, Histoire de la littérature grecque, ch. 28). Bœckh (Staatsaushaltung^ 1. II, ch. 15) croit que Périclès, auquel Aristote attribue d*une manière formelle l'institution de la paie des juges , ne leur aurait d*abord donné qu'une obole, et que Gléon aurait élevé à trois oboles, après la mort de Péridès, rîndemnité judiciaire; les raisons qn'il allègue pour justifier son opinion sont très-plausibles. Ce qui est incontestable, c'est que, pendant tout le cours de la guerre du Péloponèse, les joges recevaient d^à le iriobole ; c'est ce dont témoigne Aristophane par de nombreuses allnsions (Aves, 1540. Equités, 51, 255. Vespœ, 007, 682, 688, 797, 1116).

quelqu'une de ces grasses sinécures qui sont comme l'appoint nécessaire des fortunes aristocratiques. En dépit de ces réserves y admettons pourtant que y chez nos voisins , les représentants de la nation et toute une catégorie de magistrats fassent ou soient censés faire gratuitement leur ouvrage. Si l'on part de cette théorie^ si l'on se place à ce point de vue , on a le droit de désapprouver la solde de l'assemblée et des tribunaux. On peut alléguer que l'appât de cette rétribution devait conduire les citoyens, les plus ignorants même et les plus inexpérimentés^ à négliger leurs propres affaires pour se mêler , à tort et à travers , de celles de l'Etat. On se fatiguait moins à écouter des harangues et des plaidoyers qu'à travailler de son métier ; « aussi j » dira-t-on , <( le peuple se' trouvait amené par là à multiplier les assemblées , les juges étaient disposés à faire traîner les procès ; il y avait là une prime assurée à la paresse^ à la présomption, au bavardage. »

Ces objections sont plus spécieuses que sérieuses ; il n'y avait guère par an, en moyenne, plus d'une cinquantaine d'assemblées, et encore, en dépit de l'indemnité promise, plus de la moitié, les deux tiers au moins des citoyens faisaient-ils ordinairement défaut les jours d'assemblée (4). Parmi ceux qui habitaient la ville, et qui quittaient leurs affaires pour monter au Pnyx , il n'y en avait qu'un trèspetit nombre qui prissent la parole et qui intervinssent dans les débats ; là ^ comme dans nos assemblées représentatives , c'était sur quelques personnes que portait tout le poids de la discussion publique, et la grande majorité se contentait d'écouter plus ou moins tranquillement les

(1) Voiries évaluations, d'aiUeurs purement conjecturales et approximatives, auxquelles arrive Bœckli par une série d'inductions {Siaatsawhaltungy 1, ch. U).

LA CONSTITUTION ATHÉNIENNE. il

raisons alléguées de part et d'autre ^ puis de trancher la question par son vote. Quant aux tribunaux , on fait souvent à ce propos une confusion qu'il importe de signaler ; 1^ tribunaux athéniens furent extraordinairement occupés pendant le cinquième siècle , pendant tout le temps que dura l'empire maritime d'Athènes ; c'est qu'alors ils jugeaient en dernier ressort les procès des alliés (1). Après la guerre du Péloponèse et la chute de l'hégémonie athénienne, la juridiction des héliastes se trouvant restreinte aux limites de l'Attique, le nombre des affaires portées au rôle diminua singulièrement , et les tribunaux durent chômer bien plus souvent. D'ailleurs cette société , que l'on accuse d'avoir perdu son temps et usé ses forces en de vains exercices de parole , en de bruyantes et stériles discussions, a été la plus commerçante et la plus industrielle de toutes les cités grecques; aussi bien que l'artiste, le littérateur ou le philosophe , l'économiste la place à la tête du monde hellénique ; il reconnaît , il proclame combien son activité a été féconde et variée.

En tout cas, ce n'est pas à la France contemporaine qu'il appartient de critiquer le principe adopté par la démocratie athénienne ; nous aussi , nous avons pensé que , dans une démocratie , aucun citoyen ne devait être privé par la médiocrité de sa fortune du droit de s'occuper des affaires publiques (31). Une fois admise cette conception, il

(i) Xenoph., Derep. Aihen., 1, 16.

(2) C'était aussi Tavis d*Aristote ; il allait jusqu*à yoir là une des raisons qui justifient resdavage : « Dans un état bien gouverné , » dit-U , < il Êiut que les travaux nécessité par les besoins de la vie laissent à chaque citoyen le loisir de s'occuper des affaires publiques. Ces travaux sont la part des esclaves, i PolU,, II, 9. Quoique Athènes eût aussi des esdaves , beaucoup de citoyens y vivaient du travail de leurs mains , comme nos ouvriers. Préoccupé du problème qui tourmente Aristote, le législateur y avait trouvé une autre sdu-

en résulte nécessairement que la nation doit une indemnité à celui qui, pour faire profiter le pays de ses lumières et de ses conseils y néglige ses propres occupations , interrompt un travail qui , seul , assurait sa subsistance et celle de sa famille ; autrement cette égalité , dont nous sommes si fiers et dont le nom figure, depuis quatre-vingts ans, en tète de toutes nos constitutions, serait supprimée de fait. La loi aurait beau proclamer aloi^s tous les citoyens électeurs et éligibles ; d'impérieuses exigences reconstitueraient, au profit d'un petit nombre, un privilège que les législateurs avaient cru détruire , et ceux-là seuls qui ont du temps et de l'argent à perdre pourraient désormais briguer ou même accepter un mandat de député. C'est pour ce motif que , depuis l'établissement en France du suffrage universel , les membres de nos assemblées délibérantes reçoivent tous une indemnité. Les citoyens qui , à Athènes, assistaient aux débats de l'Ekklèsia et s'associaient à ses résolutions, jouaient le même rôle et rendaient les mêmes services que dans les monarchies constitutionnelles de l'Europe moderne les représentants du pays. La différence , .c'est que, même en tenant compte de la dépréciation des métaux précieux, Athènes payait beaucoup moins cher ceux qui s'occupaient de ses affaires. Pour ne rien dire des dotations de nos sénateurs, nos députés reçoivent à peu près cent francs par séance ; or, à Athènes, au sortir de l'assemblée , chaque citoyen touchait trois oboles , c'est-à-dire à peu près quarante-cinq centimes de notre monnaie (1). Nous ne rétribuons pas, il est

tion; c*é(ait au moyen des indemnités payées par le trésor qu*il avait cherché à garantir aux pauvres Texercice de leur droit.

(1) Au budget de 1861, que je me trouve avoir sous les yeux, les indemnités des députés, calculées pour une session ordinaire de trois mois , forment un total de deux miflions deux

vrai ; nos jurés ; mais aussi ne sont-ils pas choisis indistinclement parmi tous les citoyens^ et les prolétaires ne figurent-ils pas sur la liste du jury ^ quoique aucune loi ne les en exclue ; on ne peut songer à prendre , sans la payer y la journée de ceux qui en attendent le pain du soir. Ajoutons encore un trait : c'est sur les magistrats que retombe^ en France^ la plus grosse part de ce travail judiciaire qu'à Athènes les jurés faisaient à eux seuls tout entier; or^ nos magistrats sont salariés. A Athènes , au contraire^ les magistratures étaient toutes gratuites; les Archontes, par exemple , qui présidaient habituellement les tribunaux y ne recevaient pas d'appointements ; car on ne pouvait appeler de ce nom de faibles subventions telles qu'un repas au Prytanée, ou qu'un léger prélèvement sur les frais de justice (1). Avant de reprocher aux sénateurs athéniens leur drachme quotidienne, aux membres de l'assemblée et des tribunaux leurs trois oboles, demandons-nous si , quand l'Etat nous dérange pour son service , nous ne lui réclamons pas de bien autres compensations , un salaire qui nous assure de réels et sérieux bénéfices. Au contraire, les trois oboles que touchait le citoyen

mille dnq cents francs. D*après les calculs de Bœckb , la solde de rassemblée deTail , à Albënes, coûter au trésor public, année moyenne, de trente à trente-cinq talents, c*est-àdire de cent soixante-cinq mille à cent quatre-vingt-quinze mille francs ; encore croirais-je que les calculs de Bœckh reposent sur une évaluation très-contestable , sur Thypothëse d'assemblées réunissant en moyenne huit mille citoyens. Bœckh compte que chaque assemblée coûtait au trésor quatre mille drachmes ; or j'imagine que rassemblée ne réunissait pas ordinairement plus de deux mille à trois mille citoyens , et que la dépense était par suite bien moindre que ne Ta cru Bœckh. G*est là aussi Tavis de G.-Fr. Schocmann [Griechische AUerthûmer, I, p. U0)\ il croit quMl était bien rare qu*une assemblée réunit même six fflifle citoyens, et il évalue la dépense totale seulement à vingt talents, soit à cent onze mille deux cent dix-huit francs.

(1) La plupart des magistrats, sinon tous, prenaient leurs repas aux frais de TEtat, soit an Prytanée , soit dans le local qui était spécialement affecté à leurs réunions. Demosth., De fait, legat.y 190. Plutarch., Sympotiac.^ VU, 9, 4.

athénien au terme d'une séance qui lui avait pris cinq ou six heures et quelquefois plus y ne représentaient certainement, pour ragriculteur, le marchand au détail, Fouvrier, que le préjudice causé par une journée ou une demi-journée de chômage forcé. Pour ceux qui venaient de Salamiae, d'Egine , d'Eleusis , de Marathon ou de Sunium , le dédommagement offert devait même se trouver insuffisant et presque illusoire ; il fallait se mettre en route la veille au soir ou de grand matin , pour ne rentrer chez soi que dans la nuit, et un voyage à la ville n'était pas seulement une perte de temps, mais aussi, presque toujours, une occasion de dépense.

En échange du sacrifice que s'imposait le trésor, Athènes obtenait-elle que les citoyens pauvres exerçassent régulièrement les droits qu'elle avait travaillé à leur garantir? On n'en saurait douter : le résultat désiré fut atteint. Pendant plus d'un siècle , depuis les réformes d'Aristide , de Périclès et d'Ephialte jusqu'à la mort de Démosthènes , la classe ouvrière , comme nous dirions , a dominé dans l'assemblée, non-seulement par le nombre, mais par son influence sur les décisions. Â Athènes, les artisans formaient la majorité des citoyens réunis sur le Pnyx, s'intéressaient aux affaires, les comprenaient, quoi qu'en disent les comiques dans leurs vives boutades et les philosophes dans leurs théories hostiles à la démocratie ; c'était eux enfin qui , par leurs votes , réglaient la marche de la politique et de l'administration , eux qui désignaient les hommes à qui seraient confiées les destinées de la république. Les témoignages abondent qui prouvent cette prépondérance des gens de métier dans l'assemblée , à Athènes. Je n'en citerai qu'un ; mais il est des plus clairs et des plus précis. Dans un de ces entretiens qu'a recueillis et rapportés

XénophoD^ Socrate^ engageant Cbarmide , fils de Glaucon, à parler dans l'assemblée du peuple , lui dit : « Vous rougissez de parler devant la partie la plus faible , la moins éclairée de la nation? Seriez-vous intimidé par des foulons, des cordonniers, des maçons, des ouvriers sur métaux, des laboureurs , de petits marchands , des colporteurs , des brocanteurs ? car voilà le monde qui compose rassemblée du peuple (1)... »

Pourtant, quoi qu'en disent Socrate et les siens, tout en allait-il plus mal à Athènes? Sans doute, comme tous les souverains absolus, le peuple athénien commit par infatuation et par emportement bien des fautes ; il se laissa bien souvent entraîner à satisfaire , aux dépens de l'avenir , sa passion , son caprice du moment. Cependant , qui n'aimerait mieux avoir vécu à Athènes qu'à Sparte ou à Rome? D'ailleurs , Sparte , Thèbes ou la Macédoine surent-elles rien organiser de semblable au vaste empire maritime que possédait Athènes vers le commencement de la guerre du Péloponèse ?

Ce qui explique et justifie le rôle joué par les artisans à Athènes, rôle plus considérable que nulle part ailleurs dans l'ancien monde , c'est un trait fort honorable du caractère athénien ; c'est la faveur et l'estime que trouvait à Athènes le travail libre. Au contraire, dans les autres Etats grecs , et surtout dans les Etats dorions , toute œuvre manuelle était considérée comme servile , et abandonnée aux serfs de la glèbe et aux esclaves. Nous autres, fils d'une société où la fortune, les honneurs, la considération

(1) Memorab., III, 7. Cf. Aristophane, qui parle des a orateurs élevés sur le marché » (EquiL, 470, 668-674) ; Oéon était corroyeur {Equit., 45. Acham., 305, 306) ; Eucrate, marchand d*étoupes (Equit., 130, 131); Lysiclès, marchand de bestiaux {EquU., 135); Hypeibolos, charcutier {EqtUt,, 740).

sont le prix du travail , ne mettrons -nous pas ces oorroyeurs et ces cordonniers^ pour qui Aristophane , Xénophon et Platon n'ont pas assez de railleries , au-dessus da Spartiate ; qui ne sait que faire de la gymnastique ou se battre, et dont Torgueilleuse oisiveté suppose nécessairement, à côté et au-dessous d'elle, le plus cruel, le plus monstrueux esclavage qui fut jamais?

LES MAGISTRATS. — COMMENT LE POUVOIR SE PARTAGEArr EmitE LES MAGISTRATS NOMMÉS PAR LE SORT ET LES MAGISTRATS ISSUS DE l'élection.

Composée du peuple tout entier, se réunissant plusieurs fois par mois, aussi souvent que l'exigeaient les circonstances , l'assemblée athénienne exerçait sur toutes les branches des services publics un contrôle dont nul ne songeait à contester la légalité ou à restreindre l'étendue ; c'était elle qui donnait l'impulsion à tous les agents entre lesquels se partageait le pouvoir exécutif, et il n'en était pas à qui elle n'eût droit de demander comment ils avaient suivi ses instructions, comment ils avaient accompli ce qu'elle avait voulu et décidé. Si les magistrats n'avaient eu à compter qu'avec l'assemblée , ils auraient pu cependant jouir encore d'une assez grande liberté d'action : entre deux séances il se serait souvent passé des événements qui les auraient obligés à prendre l'initiative, à décider et à trancher , sous leur propre responsabilité , des questions qu'il fallait résoudre sans retard. Ce qui diminuait surtout leur importance, c'était l'intervention constante du Sénat des

Cinq-Cents. Ce corps, dont nous avons essayé de faire comprendre les attributions , exerçait sur tous les détails de l'administra tion une surveillance quotidienne , et les magistrats , accoutumés à concerter toutes leurs démarches avec la section permanente de ce conseil , le collège des Prytanes, perdaient ainsi Thabitude de rien entreprendre et de rien oser par eux-mêmes. Seuls les Stratèges, en temps de guerre et surtout en cas d'expéditions lointaines, se trouvaient investis, par la force des choses et les nécessités de l'action , d'une autorité plus indépendante et plus hardie. On distinguait à Athènes, sans parler des employés subalternes (ursccTai) , trois espèces do magistrats (âp-/ai) , d'agents ou de fonctionnaires publics ; c'est du moins la classification qu'établit Eschine, d'après les trois différents modes d'élection auxquels on avait recours (1). Il y a d'abord les magistrats tirés au sort, dont le nom sortait de l'urne dans le temple de Thésée (xXr.pwTot) (2) ; puis ceux que le peuple créait sur le Pnyx en levant la main quand le président proposait leur nom aux suffrages de l'assemblée (-/eipoTovT.Toî) ; enfin venaient ceux qui étaient désignés dans les assemblées particulières des tribus (âyopai) pour certaines commisssions spéciales (aipeToi); en se réunissant, ils formaient des collèges de dix personnes. On peut prendre, comme type de la première catégorie, les Archontes ; de la seconde , les Stratèges ; de la troisième , ces Reconstructeurs des murs (tei^^otcoioi) , que Ton choisit après la bataille de Chéronée, et parmi lesquels Démosthènes figure comme représentant la tribu Pandionide (3).

(1) C. Ctuiph,, 13-15.

(2) Sur la manière assez compliquée dont se faisait ce tirage au sort , TOir Schœmann , Griechi9che Aller thumer, I, p. 405.

(3) Esch. in Clesiph.^ 31. Au même moment, Démosthèaes est chargé de même, par

Cette division, à laquelle Eschine paraît tenir beaucoup^ et qui lui sert à attaquer la légalité du décret de Ctésipbon, était contestée par ses adversaires : ils refusaient de reconnaître le titre de magistrats (àpx.ai) à ceux qui , sur la désignation des membres de leur tribu , étaient provisoirement chargés de quelque commission extraordinaire. On voit , par toute cette discussion , qu'il y avait quelque incertitude à ce sujet dans les idées des Athéniens , et que les termes de leur langue politique étaient loin d'être nettement définis. Oo pourrait, ce me semble^ proposer une autre classification , plus naturelle et plus fondée en raison : elle n'établirait que deux grandes catégories , dont l'une comprendrait les magistrats que désignait le sort , et l'autre tous ceux qui étaient issus de l'élection , qu'ils fussent nommés sur le Pnyx par le peuple tout entier ou par les tribus dans leurs réunions particulières^ qu'il s'agtt d'une fonction annuelle et régulière ou d'une mission exceptionnelle et de durée variable.

Les fonctions pour lesquelles le sort se chargeait du choix étaient telles , que tout citoyen athénien, pourvu qu'il fût honnête et sain d'esprit, pût s'en trouver investi par le hasard de la fève , sans que la chose publique fût exposée à en souffrir. L'habitude de siéger à l'assemblée et dans les tribunaux donnait à chaque Athénien une connaissance pratique des formes administratives et judiciaires, une expérience politique , ime notion générale des lois civiles , qui , de nos jours même et dans les plus avancées de nos sociétés moderlies , ne se rencontreraient que bien rarement hors

le suffrage populaire , des fonctions de (riTcovric ; c'est-à-dire qu'il est nommé membre d'une commission qui fait de grands achats de blé pour approvisionner la ville, en vue d'un siège que l'on avait lieu de redouter. Demostb., De corona , 249.

d'une élite très-pea nombreuse et dans ce que nous appelons la classe inférieure. Le prolétaire athénien n'était pas; comme l'ouvrier de nos manufactures , absorbé par un labeur opiniâtre , harassant , sans trêve ni relâche , sans loisirs qui permettent au citoyen de se faire quelque idée des grandes questions débattues dans le pays : aidé par l'esclave , auquel il réservait les travaux les plus fatigants ; payé par les alliés, pendant un demi-siècle , pour juger leurs procès ; indemnisé par le trésor quand il quittait ses intérêts privés pour veiller sur ceux de l'Etat ; vivant d'ailleurs de peu dans une ville où le commerce faisait affluer toutes les denrées , sous un ciel qui conseille et impose la sobriété , il pouvait , pour peu qu'il eût de la conscience et du bon sens^ se tenir au courant de toutes les discussions , suivre les luttes des partis et apprécier leurs prétentions contradictoires , s'initier aux principaux usages constitutionnels et aux règles élémentaires de la procédure. L'examen préalable (5oxi(jLaff(a) excluait ou devait exclure tous ceux qui avaient une naissance suspecte ou des antécédents fâcheux. Nul d'ailleurs n'était forcé de courir les chances de cette enquête ou de la reddition de comptes, à laquelle personne n'échappait ; pour peu que l'on eût des raisons de redouter ces épreuves , ou que l'on se sentit incapable d'assiduité, on n'avait qu'à ne pas donner son nom aux Thesmolhètes. Qu'au contraire on se crût en mesure de remplir honorablement ses obligations, on laissait mettre son nom dans l'urne ; pourvu que les dieux l'en fissent sortir , les dieux qui manifestaient leur volonté sous le masque de la fortune, sous le couvert du hasard, on exerçait la première magistrature de la république , la plus ancienne du moins et la plus respectée , celle dont le titulaire figurait dans les fastes , celle qui conférait le droit

d'offrir, comme représentant de la cité, les plus solennels sacrifices (i).

Il y avait là, pour le sentiment démocratique, la plus désirée et la plus complète des satisfactions ; le peuple sentait l'égalité enfin réalisée depuis que le plus pauvre , le plus obscur citoyen pouvait être porté par le sort à la dignité d'Epistate des Prytanes ou d'Archonte Eponyme , se trouver ainsi réputé, pendant toute une journée, le chef

(1) Sur ce caractère religieux du tirage au sort, voir de curieux passages de Platon (Lois, III, p. 690; YI, p. 759) qu*a mis en lumière M. Fustel de Coulanges. Nous croyons d*aiDeurs que cet écrivain se trompe , en affirmant que la démocratie a emprunté ce mode d*élection à Tandenne aristocratie, à la constitution primitive de la cité théocratique. Sans donte c'était une idée familière à ces esprits religieux que celle de Piotervention des dieux dans les opérations du tirage au sort; c'est cette idée qui expUi}ue commgit la démocratie athénienne a pu accepter ce procédé et regarder comme agréables à la divinité et dignes de lui offrir des sacriQces au nom de la cité les magistrats qui devaient leur titre à ce que nous appellerions les caprices du sort. Il n*en est pas moins vrai qu'Aristote, qui avait tant étudié de constitutions , et dont le jugement est si pénétrant , dont le moindre mot a tant d'importance, regarde le tirage au sort des magistrats comme une institution toute démocratique (Polit., IV, 7). Il est certain aussi qu'à Athènes même le parti qui se prétendait le continuateur et le fidèle héritier du passé raillait et attaquait le tirage au sort comme une coupable et dangereuse invention de la démocratie ; c'est ainsi que parlent et les chefs du parti oligarchique (Thuc, YIII, 65 et 69), et les disciples de Socrate, à Texenn pie du maître (Xénoph., Memorab., 1,2). Ainsi à Athènes môme, et dès le cinquième siècle , on se serait grossièrement trompé sur des faits tout contemporains , et les ennemis des innovations auraient critiqué comme une innovation récente un règlement qui appartenait, par son origine et son caractère, à cet ancien régime dont Ils déploraient la rume. N'y aurait-il pas eu là une erreur, un contre -sens qu'il serait difficile d'expliquer?

Quant à des textes contemporains qui nous apprennent quand commença le tirage au sort des Archontes, on n'en a pas encore rencontré. Un passage d'Hérodote qui serait trèsimportant et même décisif dans cette question , s'il n'était pas unique et si quelque autre indice le confirmait , est formellement contredit par un passage de Plutarque. Hérodote parle de Callimaque , à Marathon , comme du « Polémarque désigné par le sort » ( ô tc^S xua(Mf> Xa^biv noXé{iapxo; , VI, 110) ; mais il est très-possible que, par un anachronisme involontaire, il ait employé, en parlant de l'an 490, des expressions qui auraient convenu seulement à l'époque où il écrivait. Hérodote, qui avait vu le tirage au sort usité à Athènes, semble avoir conçu ce mode d'élection comme un des attributs essentiels de la démocratie (III, 80). D'ailleurs, tout le démontre, les Stratèges, depuis que Giisthènes ent créé cette fonction, furent toujours élus et non désignés par le sort; or, comme le remarque M. Grote, le Polémarque étant alors le premier des Stratèges , le commandant en chef de la force

même du gouverDement, laisser son nom à Tannée^ entrer ensuite dans l'auguste compagnie qui siégeait sur le roc de l'Aréopage. Mais était-il vrai , comme aiment à le répéter Socrate et ses disciples, que Ton s'en remît au hasard du soin de choisir à la république ses véritables chefs y et que ce fût le hasard qui désignât les officiers et le pilote du navire, ceux qui commandaient la manœuvre au milieu de la tempête et qui tenaient le gouvernail ? Du jour oia FAr-

année, eût-il é\é natorel que ce généralissime , qui avait voix prépondéi'ante dans le conseil , eût été l'On du sort , tandis que les généraux , qui se trouvaient hiérarchiquement ses inférieurs, auraient été choisis entre les plus dignes par les magistrats et par eux présentés au suifirage populaire?

Ce qui confirmerait cette manière de voir , c*est qu'Idoménée , un auteur contemporain cité par Phitarque (Aristide, I ), affirmait en propres termes qu'Aristide avait été élu Archonte par le p<tuple et non désigné par le hasard de la fève (oO xuapieuTov, àXX^ éXopiévcov 'A6r,vaic.)v), langage qui a plus de précision que celui d'Hérodote et ne peut s'expliquer pai une involontaire confusion. Comme Aristide fut Archonte Eponyme Tannée qui suivit cette bataille de Marathon» où Aristide s'était distingué comme Tun des Stratèges , on s'explique aisément que , dans de telles circonstances y le peuple ait élevé à cet honneur celui dont le nom était dans toutes les bouches ; ne serait-ce pas, au contraire, une étrange coïncidence que, juste à ce moment, le hasard eût eu Fesprit d'aller choisir, pour cette place unique , un des deux ou trois hommes qu'y aurait portés vraisemblablement un libre choix? Quand les différents partis , suspendant leurs luttes, s'étaient entendus, un siècle plus tôt, pour remettre le pouvoir constituant à Solon , était-ce aussi une complaisance du sort qui l'avait investi de cette dignité d'Archonte, alors la première de la république? « Il fut choisi Archonte après Philombrotos , * dit Plutarque (5o/on, XY), « pour servir en même temps d'arbitre et de législateur. » Thémistode aussi fut Archonte en 493. On trouve sur cette même liste , en 508, Isagoras , le chef du parti aristocralicfue , et , en 479, Xanthippe, le père de Périclès, général et orateur distingué.

Au contraire, à partir du milieu du cinquième siècle, on ne trouve plus, dans la liste des Archontes , aucun des grands noms d'Athènes. Plutarque nous apprend {PéricLf 9) que Périclès ne fut jamais Archonte , et que par suite il n'entra pas à l'Aréopage. Ni Gimon , ni Nidas, ni Alcibiade, ni Thrasybule, ni Chabrias ou Iphicrate, ni Démosthènes , Hypéride ou Eschine ne figurent sur la liste des Archontes Eponymes , ni ne paraissent être jamais fntrés dans ce collège. Jusqu'au moment où l'Archontat perdit la meilleure partie de ses privilèges , nous y voyons arriver les premiers citoyens de la république ; à partir de cette époque , tout au contraire , pas un seul n'y parvient. N'est-il pas naturel de croire que le mode d'élection a changé en même temps que les attributions diminuaient? Autrement on s'expliquerait mal aisément que le sort eût subitement perdu cette clairvoyance dont il avait fait preuve pendant plus d'un siècle.

choDtat fut accessible à tous , et où ce fut le sort qui ea recruta les rangs, il perdit la meilleure part de ses attributions. Autrefois, quand les neuf Archontes n'étaient pris que dans l'aristocratie et que œlle-ci les choisissait , d'une manière ou d'une autre , parmi ses membres les plus capables, presque toute l'aulorité, comme le remarque Thucydide, était concentrée entre les mains de ces magistrats (1). L'institution du Généroial, qui date, selon toute apparence , de Clislhèaes ,' fut un premier démembrement de l'Arcbontat; plus tard, il enfut opéré d'autres , dont nous ne connaissons pas la date précise. Ce qui est certain , c'est qu'après le triomphe définitif de la démocratie, les Archontes n'étaient plus guère que des magistrats judiciaires, des juges d'instruction et des présidents de tribunaux. Le pouvoir exécutif avait peu à peu passé tout entier entre les mains de magistrats issus de l'élection , d'hommes que le peuple choisissait et nommait parce qu'ils avaient, ou du moins parce qu'ils étaient censés avoir certaines qualités déjà éprouvées, certaines aptitudes spéciales ; en même temps, la direction générale de la politique appartenait à des citoyens qui jouaient souvent le premier rôle dans la cité sans être revêtus d'aucuoe des magistratures ordinaires, sans porter d'autre titre que celui d^Oraleurs (^vÎTopt?).

Le commandement de la force armée appartenait aux Stratèges ( orpa-rriYoî ) (S) ; il était accompagné de prérogatives importantes, telles que le droit de convoquer , avec le concours des Prytanes, des assemblées extraordinaires , droit que n'avaient pas les Archontes (3) ; c'était aussi les

(i) I. iî«-

(!) Aristoph., AtAan., 1090-109i, (3) Demoslb., De coronii, 38, 13, 15.

Stratèges qui surveillaient les enrôlements après avoir dressé les listes (1 ) , eux encore qui convoquaient et présidaient le tribunal où se jugeaient tous les délits relatifs au service militaire (2). C'était certes là une charge importante ; ce que les Stratèges avaient d'attributions administratives et judiciaires leur donnait prise sur les biens et la réputation de leurs concitoyens ; comme commandants des forces de terre et de mer , la vie des soldats , la fortune et la gloire d'Athènes leur étaient confiées. Or, à ce qu'il semble , on n'était Archonte qu'une fois dans sa vie , pour que chacun eût plus de chances d'obtenir un jour ou l'autre cet honneur ; il fallait que chacun eût son tour ou pût espérer l'avoir. Mais quand il s'agissait des fonctions de Stratège ^ il n'en allait plus ainsi ; les citoyens qui avaient fait leurs preuves, comme un Périclès , un Nicias , un Démosthènes l'Ancien , un Iphicrate , un Chabrias y un Phocion , étaient presque chaque année nommés par la volonté populaire à l'un des dix postes de généraux qui étaient chaque année à la disposition du peuple. Phocion, entre autres, fut élevé quarante-cinq fois à cette dignité par l'estime de ses concitoyens, si nous en croyons

Plutarque (3).

En vertu du même principe , au-dessus de tous les fonc-

(1) Lys., Pto milite^ 15. Cela s'appelait (rrpaTuoTà^ xaTa^éyeiv. Les Stratèges juraient, en entrant en fonctions, de ne prendre que ceux qui n*avaient pas encore fait le nombre de campagnes voulu par la loi (toùç àTcpateuTou; xaTaXé^eiv). Il ne fallait pas qu ils pussent profiter de leur droit de désignation pour faire tomber le service sur leurs ennemis privés ou publics.

(2) Voir une inscription citée dans Bceckh {Seeurhundeny XIV, az. 204) : "Oircoç 6'&v xal al (Txé^eK elaaxOtSai, xoùc SsafioOéToç TcapairXTjpûirai 5ixa<TTy]pia elç ëva xal SiaxooCouç Tcp (TTpaTTiycd tw ïtX Tàç (ru|i(jLopta(ç i^p¥)p.év(^... etc.

(3) Phodo , 8. — Pour le moment de Tannée où étaient créés Archontes et Strat^es, pour le jour de leur entrée en fonctions , consulter G.-Fr. Schœmann, De crtandorum magistraiuum tempuribus {Opifscula academica^ I, p. 285).

tionnaires qui recevaient les comptes des magistrats, qui encaissaient pour le compte du trésor, et qui partageaient entre les différents services les fonds votés par rassemblée, au-dessus des Aoyiaxai, Eî56uvoi, kiro^exTai et autres officiers de finances, se trouvait placé celui que l'on appelait le Surveillant ou le Trésorier du revenu public ( £7ri(ji£>.v;T*/îç ou Tajjiiaç tt; xoivyiç TçpoaoSou) (1), OU le Directeur général (o dm TTj SioixYÎçei ) (2) ; c'était ce personnage qui réunissait dans une caisse centrale les sommes provenant de sources difTérentes, et qui ordonnançait tous les paiements. Or, tandis que Logistes j Euthynes , Apodectes , autrefois élus , avaient fini par être désignés par le sort, et cela pour une année, c'était l'élection qui nommait, pour quatre ans, ce trésorier principal , qui était un véritable ministre des finances. Ce fut cette situation qu'occupa pendant longtemps l'orateur Lycurgue j ses pouvoirs furent souvent renouvelés par la confiance du peuple , et malgré les guerres qu'Athènes eut à soutenir pendant la durée de son administration , malgré les désastres qu'elle subit alors, il laissa, grâce à son honnête et habile gestion , Athènes embellie de nouveaux et pompeux édifices , les ports pleins de vaisseaux, l'arsenal bien pourvu d'armes et d'agrès, les caisses publiques en mesure de faire face aux dépenses nécessaires (3). Les administrateurs du fofids théorique, qui paraissent avoir formé un collège de dix personnes et avoir exercé, pendant une partie du quatrième siècle, une sorte de surveillance et de suprématie sur tous les employés de finances , étaient aussi nommés par voie d'élection (4).

(1) Plut., ArUtid., l.

(2) PoUux, VIII, 113.

(3) Pseudo-Plularch., Vit. X orat.^ in Lycury.y 3-7. Décréta, III, 3. Diod., XVl, 88.

(4) Escbin., C. Ctetiph,, 24, 31.

LA CONSTITUTION ATHENIENNE. 61

Tous ces employés^ par les mains de qui passaient les fonds de la cité^ n'auraient pu sans inconvénient être pris dans la dernière classe, celle des Thètes; en cas de détournement, de gestion infidèle ou malhabile, comment TEtat se serait-il fait indemniser des pertes qu'il aurait subies par la faute de ses agents? La république n'aurait eu sur ses comptables qu'une très-faible prise; le fonctionnaire négligent ou coupable en aurait été quitte pour se dérober par la fuite aux peines qui l'attendaient. Il fallait au trésor une garantie, une couverture ^ comme on dit chez les banquiers. On n'avait pas eu l'idée d'astreindre les comptables , comme nous le faisons aujourd'hui , à verser un cautionnement préalable. A Athènes même, U fortune mobilière était trop peu développée pour que l'on eût des capitaux aisément disponibles, et que l'on pût retirer de la circulation et immobiliser dans les caisses de l'Etat des sommes importantes. L'Etat avait pris ses sûretés d'autre façon : on n'élevait à ces emplois que des citoyens assez riches pour que, dans la plupart des cas, la vente de leurs biens, saisis et confisqués au profit du trésor, suffît à réparer le dommage. L'instinct démocratique , la passion de l'égalité avaient fait là une importante concession à l'esprit politique, aux nécessités du gouvernement. Les Trésoriers de la Déesse (ol Tafjiiat tvî; 6eoO), ceux qui gardaient les sommes d'argent et les objets précieux déposés dans l'opisthodome du Parthénon, étaient désignés par le sort; mais on ne mettait dans l'urne, nous le savons de source cer* taine, que les noms des Pentacosiomédimnes ou citoyens de la première classe (1). On suivait la même règle, tout nous l'indique^ pour les Hellénotames , tant qu'exista ce

(1) Suidas et Photios, s. v. Ta\t.ion. Pollux, YllI, 97.

collège (1), pour les Logistes, les Apodectes, les Euthynes, pour tous les magistrats qui gouvernaient la fortune de l'Etat ; le hasard ne choisissait qu'entre des citoyens sinon tous de la première classe , au moins tous possesseurs de biens situés en Attique. Le peuple, quand il nommait le directeur général des finances ou les administrateurs du fonds théorique, obéissait à la même pensée et ne laissait guère ses suffrages s'égarer sur des citoyens qui n'offrissent pas cette garantie (Si). Il semblerait même qu'elle eût été exigée pour d'autres charges encore que pour les offices de finances ; si l'on en croit Dinarque (3) , on demandait aux Stratèges, dans l'examen préalable qu'ils avaient à subir comme tous les autres magistrats, s'ils avaient des propriétés foncières sur le sol de l'Attique , question qui excluait implicitement les prolétaires et leur interdisait d'aspirer à ce poste. Les Hipparquesy ou commandants de la cavalerie, ne pouvaient certes être choisis que dans les rangs des cavaliers, c'est-à-dire de ceux qui, dans le cens de Selon, formaient la seconde classe. De semblables conditions étaient imposées pour certains offices religieux , pour certaines prêtrises. On le voit , quelque attachés que fus-

(1) Voir Boeckh, Staatsaushaltung, II, 7.

(2) C'est ce que conduirait à supposer , en Tabsence même d'autres indices, un passage d'Aristotc où il ne mentionne pas Athènes en termes exprès, mais où il paraît songer à cette démocratie qu'il a sous les yeux et chez laquelle il vit. Réfutant les objections que Ton adresse communément à la démocratie, il dit : « U semble qu'il y ait plus que de Tinconséquence à vouloir qu'une multitude sans vertu , plutôt que les bons citoyens , ait la décision des plus importantes afEadrcs de TËtat. Or , quelles affaires ont plus d'importance que l'élection des magistrats, et le jugement de leur responsabilité? Cependant, le peuple, ainsi que nous l'avons vu , exerce cette prérogative dans quelques Etats , et rassemblée générale statne souverainement sur ces objets. D'ailleurs, l'assemblée est une réunion d'individus de tout âge, ayant droit de voter et de délibérer , quand même ils n'auraient que le cens le plus faible. Au contraire, les trésoriers , les généraux et les premiers magistrats sont pris parmi ceux qui ont le cens le plus élevé. ■ PoUt., III , 6.

(3) C. Demost., 71.

sent les Âthéoiens à leur égalité civile et politique (îaovopLia xal tejTîyopta) , ils avaient su ne pas pousser leur principe jusqu'à ses dernières et dangereuses conséquences; ils n'avaient pas craint d'admettre^ dans la constitution la plus démocratique qui fut jamais ^ certains de ces privilèges où la logique peut trouver à redire , mais que justifie Texpérience de tous les siècles.

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