DU DUEL ET DE L APPEL
L'homme qui se bat, se bat nécessairement pour Venger une injure, ou pour donner à son adversaire satisfaction de l'injure que lui-même a faite. Si elle est sans raison , c'est un tort qui n'appartient qu'à lui, dont il est seul juge ; pour l'expier, il compromet sa vie. Mieux vaudrait, sans doute, avouer ses torts afin de s*épargner des regrets. Mais ce serait un tort plus grand encore , fût-ce même de la part d'un frère, que de vouloir tirer vengeance de celui qui donne satisfaction ou qui la reçoit, et que le sort des
armes favorise. Trop souvent on a yu des témoins, des amis , demander compte du sang répandu, demander même, par avance, à en répandre encore, ce qui est assez pour influer sur le moral du combattant. Pour être équitable, en semblable occasion, ce serait le cas, .pour celui qui reçoit cette double attaque, d'avoir recours aux duels des temps passés, et de faire revivre Tusage des seconds. Il est tout aussi rationnel que des étrangers soient les champions de tel ou tel, que de se battre, sans raison, avec tel ou tel , parce qu'on a eu affaire à son ami. Cette injuste provocation tendrait nécessairement à perpétuer une querelle à Tinfini. Ce n'est plus une réparation qu'on demande , c'est la vie de l'homme qui s'est bravement conduit et qui finirait infailliblement par succomber.