‹ Essai sur le duelChapitre 17 sur 44 · DISSERTATION · texte numérisé non relu

DISSERTATION

Les Romains, qui établirent leur empire par les

armes sur les débris des plus puissantes monarchies,

furent si forts partisans du duel, comme étant la loi

la plus naturelle , celle de la force , qu'en lisant leurs

plus anciens et leurs plus célèbres historiens, on voit

qu'ils ne connaissaient d'autres juges, pour le partage même de leurs biens , que le hasard des combats.

Les plus sages d'entre eux proposèrent des lois pour terminer ces difierends sans effusion de sang.

Les Gaulois avaient les mêmes coutumes , mais ce «caractère de valeur était poussé encore plus loin; et toujours armés (usage qu'on ne trouve ni chez les Grecs, ni chez les Romains), ils aggravaient le danger par la facilité de combattre. Lorsqu'ils n'avaient point d'ennemis, ils se battaient entre eux. Les combats singuliers étaient une sorte d'amusement : les juges les leur ordonnaient lorsqu'ils avaient des différends. Les témoins prouvaient leur témoignage ' en se battant. Les femmes étaient guerrières. Les prêtres, après la mort du chef des druides, se disputaient sa dignité les armes à la main.

Si les compagnes des Gaulois étaient guerrières et valeureuses , de nos jours il n'y a point de meilleurs juges du point d'honneur que les femmes. La faiblesse même de leurs organes leur donne de l'admiration pour la force. Elles regardent l'homme pusil-

lanime comme indigne de leur affection. Leur tact plus fin que le nôtre, la générosité de leur cœur, donnent à leur jugement le sentiment du vrai. Mieux que nous, elles savent supporter, avec cette énergie qui ne se dément jamais, les grandes infortunes , les grandes douleurs et tous ces maux qui ^ longs et ac-* cablans , nous énervent et nous abattent. Anges sauveurs , nous les retrouvons lors de nos souffrances ; anges consolateurs, elles viennent prendre part à nos peines. Le jour de l'infortune est leur jour de gloire; vous les voyez se grandir, fières et radieuses. S'il faut donner sa vie, s'il faut donner son avenir . d'avance elles sont préparées, et consentent à ces sacrifices avec cet abandon délicieux et ce même sou- . rire qui les embellissaient au jour des hommages et des fêtes.

Une femme voit-elle l'objet de son choix injustement agresseur ; bientôt elle lui fait sentir ses torts; il trouvera sa condamnation dans le moindre de ses mouvemens ; chaque geste sera un tacite reproche : pourtant elle saura souffrir et se taire, elle n'a pas été consultée.

Mais qu'elle voie insulter celui qu'elle aime , elle viendra lui presser la main avec ce regard tendre et

Et deux cents ans avant, au xiv* siècle, sous le règne de Chartes 1^1^^ le sieur de Carrouge, ayant porté plainte au pàrleméilt contre un sieur Legris5 qui avait attenté à Tbonneur de sa femme , un arrêt fut rendu p>ar ce même parlement, qui déclare jQIx'il échoit GAGE, ordonne le duel; et Legris fut tué. On reconnut son innocence dans la suite.

Lés duels étaient encore autorisés au xvi' siècle. Henri II assista à celui de Chabot et de la Chatei* gneraie où ce dernier fut grièvement blessé.

Le roi, touché de la mort dé son favori, fit serment de ne plus permettre ces sortes de comibats, fet les défendît par une ordonnance.

Mais il serait trop long de rapporter ces lois anciennes, ainsi que les édits et arrêts depuis 1600 jusqu'à nos jours. Nous nous sommes contentés d'en référer à l'ordonnance de Louis XIV, laquelle corrobore en quelque sorte leis édits des rois ses prédécesseurs , et nous renvoyons les curieux aux actes suivans, rapportés à la fm de ce livre.

Arrêt de la Cour du Parlement contre les duels , du 26 juin 1599.

£dit du Roi pour la défense des duels , donné à Blois au mois d'avril 1602. ,

£dit du roi sur la prohibition et punition des querelles et duels , donné à Fontainebleau au mois de juin 1609.

Déclaration du roi , portant défense d'user d'appels ni de rencontres , suivant l'éditdes duels de 1609, donnée à Paris, le 1*' juillet 1611.

Déclaration du Roi sur les éditsdesduels, portant confirmation et augmentation d'iceux, donnée à Paris , le 18 janvier 1613.

(Cette déclaration du Roi contre les duels, en date de 1613, avec protestation de n'en accorder jamais la grâce, fut à l'occasion de celui du baron de Luz , tué par le chevalier de Guise. Ce qui est remarquable, c'est que peu de temps après, ce même chevalier de Guize tua le fils du baron de Luz , et que l'on n'en fit pas de recherches^ parce qu'alors la reine ménageait MM. de Guise pour les détacher du parti du prince de Gondé.)

Arrêt de la Cour du Parlement , sur l'exécution de Tédit contre les duels et combats, du 27 janvier 1614.

Déclaration du Roi sur les édits de pacification, et sur les duels, combats et rencontres, donnée à Paris, le 1®' octobre 1614.

Lettres-patentes du Roi sur Tobservation des édits et ordonnances et déclarations faites sur la défense des duels , avec ampliation, du 14 juillet 1617.

Arrêt de la Cour du Parlement sur l'exécution de l'édit contre les duels et combats , du 6 mars 1621.

Edit du Roi sur la défense des querelles , duels , appels et et rencontres , portant confirmation et augmentation des peines contenues aux édits, déclarations et arrêts promulgués ci-devant sur le même sujet; donné à Saint-6ermain-en-Laye , au mois d'août 1623.

Arrêt de la Cour du Parlement contre les sieurs Bouteville , comte de Pongibaut , le baron de Chantail , et Des Salles, pour s'être battus en duel le jour de Pâques; donné le 24 avril 1624.

Second arrêt donné au sujet desdits sieurs de Bouteville, etc. , du 29 avril 1624.

Ordonnance du Roi portant défense aux seigneurs de favoriser les duels , du 26 juin 1624*

Arrêt de la Cour du Parlement contre ceux qui se sont battu» en duel, le 28 du mois de janvier 1625.

Edit du Roi sur le fait des duels et rencontres, donné à Paris, au mois de février 1626.

Déclaration du Roi pour le retour des ducs d'Halluin et sieur de Liancourt , donnée à Paris, le 14 mai 1627.

Arrêt de la Cour du Parlement contre Bouteville et Des Chapelles, du 21 juin 1627.

Déclaration du Roi sur le fait des duels et rencontres, donnée à Fontainebleau , au mois de mai 1634,

Arrêt de la Cour du Parlement donné contre les duels , et confirmé par arrêt du Conseil privé du Roi^ du 31 mars

Arrêt de la Cour du Parlement sur le fait des duels, du

3 mars 1638.

Arrêt de la Cour du Parlement contre ceux qui contreviennent aux édits du Roi, touchant les duels et rencontres, du

4 mars l63d.

Lettre du Roi, envoyée à Messieurs du Parlement , sur la

défense des duels et rencontres; avec l'arrêt du parlement du 7 décembre 1640.

Arrêt de la Ck)ur du Parlement, en exécution des édits des duels et rencontres , du 7 décembre 1640.

Edit du Roi sur la punition et prohibition des duels, donné à Paris , au mois de juin 1643.

Déclaration du Roi, portant itératives défenses de se battre en duel, donnée à Paris, le 11 mai 1644.

Déclaration du Roi sur les querelles, duels, appels et rencontres , donnée à Paris , le 23 mars 1646.

Edit du Roi contre les duels et rencontres , donné à Paris , au mois de septembre 1651.

Déclaration du Roi contre les duels, donnée à Paris, au mois de mai 1653.

Arrêt de la Cour du Parlement , portant réitération de dé- / fenses contre les duels , du 30 juillet 1657.

Déclaration du Roi, en explication de celle du mois de mai 1653, pour la succession de ceux qui auront été tués en duel, donnée à Saint -Germain- en *Laye, su mois d'août

Jugement de Messieurs les Maréchaux de France sur la déclaration faite par plusieurs gentilshommes de refuser toutes sortes d'appels.

Résolution de Messieurs les prélats sur cette matière.

Avis des Docteurs en théologie d» la faculté de Paris sur le même sujet.

Extrait du Concile de Trente , sur le même sujet.

On voit par les lettres-circulaires de Messieurs les Administrateurs de THôtel-Dieu de Paris , aux Administrateurs des Hôtels-Dieu des autres villes de France, que ces derniers étaient chargés dç la cpnlisc^tion dçs biens b;a profit des hôpitaux , qu'ils créaient des dénonciateurs et des espions. (« Pour avoir » plus de facilité , disaient-ils , d'arracher le crime et de pro- » curer quelque bien aux pauvres sur le tiers qui leur est des- » tiné , on fera quelque part de ce tiers à ceux qui dénonce- » raient les duels conmiis, en s'obligeant, par eux, d'en admi- » nistrer les preuves , si d'ailleurs on ne peut pas en avoûr la » conviction, et de donner des lumières des biens, si on ne >' pouvoît autrement en avoir la connaissance. Cela se fera eu * égard aux circonstances des choses et des personnes. »)

Et cependant , dans ce temps de loyauté, ces administrateurs ne trouvaient pas de dénonciateurs.

REGLËHENT

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