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L'IMAGB ET SON RAPPORT AU MOUVEMENT

à répéter ce qui est, elles brisent le lien qui les attache à la réalité, elles prennent une existence indépendante et peuvent suivre, subtiles et légères, tous les mouvements de la vie intérieure*

Ainsi le monde pour nous se réduit à nos sensations : ce n'est que la force, la vivacité, la permanence, avec laquelle elles s'imposent, qui nous assurent de la réalité des objets auxquels elles répondent. Ces sensations renaissent en Tabsence de leurs causes, ressuscitent sous forme d'images. Sans cesser de représenter le monde, d'être le monde tel qu'il nous apparaît, elles vivent d'une vie tout intérieure. Réelles et idéales, objets et pensées, elles sont encore la nature, mais elles sont surtout l'esprit. Par l'image, la sensation qui est l'élément des choses devient l'élément de la pensée : les deux termes s'unissent et se réconcilient en elle. Ainsi se prépare en nous une matière spirituelle, des éléments dont l'ordre ne nous est pas imposé, qui peuvent se varier et se combiner à l'inâni selon les lois de la pensée qui fait toute leur existence.

L'image n'est pas inerte, elle tend à se prolonger en mou-

vement, à devenir la réalité même qu'elle représente. Percevoir, imaginer, c'est agir déjà ; mais l'action se continue, se propage, retourne au monde dont elle vient. La vie se compose d'un double mouvement. Vivre, ce n'est pas seulement emmagasiner des sensations, des images, des idées, ce n'est pas seulement acquérir et s'accroître ; c'est aussi dépenser, rendre aux choses ce qu'on leur emprunte, intervenir dans l'ensemble des phénomènes par des mouvements spontanés qui restituent au dehors les forces concentrées par l'esprit. Vivre, c'est se créer sans cesse pour se détruire

sans cesse, c'est se faire pour se défaire, c'est s'user pour se réparer. La vie est une mort perpétuelle suivie d'une perpétuelle résurrection. Les physiologistes expriment symboliquement cette vérité, quand ils comparent la cellule nerveuse à une sorte dé machine explosible qui au moindre choc éclate et rayonne en tous sens les mouvements qu'elle condensait. « La cellule nerveuse n'est pas seulement un conducteur inerte, transmettant l'impression reçue sans l'affecter ou sans être affectée par elle; la cellule au contraire est un centre à construction complexe, doué de la faculté de dégager ou de libérer la force qu'il renferme à l'état latent, sous le coup d'un stimulus convenable... Il n'y a point génération de force, mais transformation d'une qualité supérieure de force latente ou potentielle, enveloppée dans la monade nerveuse, en force de qualité inférieure à effet plus étendu... C'est lentement et pour ainsi dire laborieusement, par une constante appropriation et une incessante ascension dans la série progressive de vitalité que la matière organique arrive à la nature suprême et complexe de l'élément nerveux. Celui-ci au contraire rend facilement et rapidement à la natufe la force et la matière au moment de la soudaine modification, que son fonctionnement implique *. » L'instabilité de l'élément nerveux, qui répond au moindre choc par une explosion de force vive , montre comme réalisée dans l'organisme et saisissable sous la forme de l'étendue une des grandes lois de la vie. L'être vivant n'est pas seulement une forme harmonieuse en accord avec les lois du monde, qui la créent et la maintiennent. Ce qui caractérise la vie, c'est l'initiative du mouvement. Répondre aux actions subies par une réaction appropriée, c'est la vie même. Plus l'être trouve en lui de spontanéité, plus il agit, plus il donne par rapport à ce qu'il reçoit, plus il est vivant.

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