‹ Essai sur le génie dans l'artChapitre 30 sur 41 · Eugène Fromentin» Les maîtres d'autrefois, p. 68 et · texte numérisé non relu

Eugène Fromentin» Les maîtres d'autrefois, p. 68 et

Nous ne saurions être surpris de retrouver dans Texécution les caractères de la conception, puisque l'analyse seule les sépare dans Tœuvre du génie. L'œuvre devrait jaillir d'un jet; ce n'est que l'impossibilité de tout dire à la fois, ou la difficulté de l'expression, qui forcent l'artiste à un travail successif. Dissimuler cette division, cette succession de l'effort, donner l'illusion d'une exécution soudaine et simultanée, dans chaque détail faire, si j'ose dire, l'œuvre tout entière, c'est là tout le secret de l'art. A l'inspiration de l'artiste ne succède pas le travail à froid de l'artisan. Une mosaïque de pièces rapportées supprimerait toute beauté en flétrissant la fleur de vie. C'est l'image elle-même qui, sous l'action du désir, doit devenir mouvement, se réfléchir en une apparence qui du cerveau de l'artiste la porte dans la réalité. Le poète ne découvre pas ses images par des rapprochements successifs, par une recherche savante d'analogies plus ou moins lointaines ; il se livre au sentiment, il le laisse s'épancher : c'est son ardeur qui apparaît dans l'éclat des images, c'est son libre mouvement qui rhythme le vers, l'allonge, le brise, le précipite ou l'apaise. Le travail est spontané, inconscient, naïf. « Vous n'êtes pas, j'aimeà le croire, de ceux qui veulent tout connaître avant de s'engager dans une action. Que ceux qui suivent la prudence me quittent, je ne suis pas leur homme. 11 me faut l'inconnu ; c'est pourquoi j'adore mon art, qui échappe à toute prévision *. » La science acquise n'est pas employée par la réflexion ; elle ne pose pas le tableau, le poème comme un problème qu'elle cherche à résoudre rationnellement. Après avoir tout appris, l'heure de la production venue, il faut tout oublier. Dans l'ar-

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