Th. Couture, ojp« cit., p
l'exécution de l'œuvre d'art 209
liste, le métier est un instiact, il fait corps avec lui, il est organisé dans son système nerveux. L'abeille n'a qu'un instinct, qu'une règle d'action; l'idée que son corps exprime se réalise par lui fatalement. Préparée par cette grâce qui est le génie, l'étude donne à l'artiste un instinct mobile, qui varie ses formes selon les sentiments intérieurs. Il n'y a plus une action et un mécanisme, le mécanisme produisant l'action après avoir été produit par elle. Sans perdre sa précision admirable, le mécanisme se transforme comme l'action qui en dispose toutes les pièces intérieures. La sûreté, la spontanéité de l'instinct, l'inconscience de la vie dans son innocence première, et la subtilité de l'intelligence à varier ses moyens d'agir, voilà ce qui d'abord caractérise le métier de l'artiste. L'œuvre n'est pas faite pai* équerre et compas; chaque partie n'a d'autre mesure que la force même avec laquelle elle vit et agit dans l'ensemble; elle n'est pas un automate, dont les mouvements raides laissent sentir la contrainte d'un ressort extérieur aux pièces qu'il meut; elle est un vivant en qui tout vit, dont le moindre élément frémit et s'agite.
Quiconque sait ce qu'il faut de courage pour exécuter une grande œuvre, et qu'il n'y a de vraiment belles peut-être que celles qui ont été souffertes, se scandalisera d'une théorie qui semble réduire le génie à une facilité instinctive. Entendons-nous* Le sentiment qui crée l'art n'est pas un caprice; il n'y a de fécond que l'amour qui dure; l'amour ne dure qu*en se faisant volonté. Le génie, c'est la nature dans l'homme, mais la nature achevée par le travail. Le métier plus ou moins s'apprend. 11 y a dans tout art une science qui suppose l'étude, étude de tous les instants, mêlée à la vie, qui est la vie même. Le paysagiste reste des heures à observer et à rendre un coin de haie, un sentier qui tourne; son attention est toujours éveillée sur les choses ; un nuage l'intéresse ; le reflet du ciel dans l'eau,
Gabriel SeaiLLES. — Génie dans rarU 14
310 rasAs Bini lie jqëme i>an6 l'art
nue iiuanœ^ une lâ^e, iontFmiiweet le Imutneofte. Le travail non seuleiBeiit f>Féoèée et tprépare î'eBavre,«D un seiiB il la fait. Le mam^emeat TÎtal qui groupe les iaiages et leur donne cette coieentratioii tiamoiiieuBe nptd est la beaofté même naît û'un amour aotif qai tongteinp« absorbe tornt Tétre «n une pensée. Et Teeuwe ccnçue, comment s*exécute-t^e ? £• jaillnstinl; ée Tesprit par sa force propre. SoJit. Mais ^^e«t-oe qui tm donne ceitte force d'impiilsion, <3et éla» «a d^ors? L'anncnir ^>(He m&pîre, amour vritijnement lié à T^ffort d'une ffttentiim «oontiwue. Pendaiirt d'exécution mènie, chaque fois «que le travail s'rnterrorapi;, bien des distractions «^iirtei*pos€fit eirtre l'tBUTPe et Tesprit. C'est la w^kttfté qwi rerôot et TwmèwB T0rs i'-œuvre, infuse un sang «ouveaiià la ooneeptton pàfiie. 'Qiie d'eifi^rts parfois qpour rallmn^ la IBamme trefmblante da génie^! Mads là finît le rôle de la volonté. Rallumé, le fau brûle et s^Dtr^feieiiit de lui-4DéQ»B. On raodëe, «on peint, on éerit «de verve, fiâen ne vaut ces faeenes beureoses &à imA ^enMe se faire de Boi-méme« La it^erve, «c'est cet état «hMtinsffit où toutes les facultés tendues dans le même sens travaillent en har* iûonie. La conscience ire perçoit pas l'tiiie ptas que rautre, mais les épitouve lofuies à la fois. Il en est de ia réfiesion comme de la volwnté : dUe -est nécessaire tet ^lartt^ut présente, mais elle doit s'eflfaoer, irester invisible^ ▲ wmi âire^ pour l'artiste, elle n'est qu^imeiforme du a^atiment. A mesure ^xe «on œuvre se fait^ il la j^uge, jnon f^as froidement, à :1a façoa du ciûtique, en l'analysant, maÂs d'iusi «^up d'«eil, par Tim* pression qu'il en reçoit*
Spontanée, l'exéeutio» peut être une. iies itransitioBfs dis* paraissent, les éléments sie loiràeiiL L'uBuvue n'est pas taite de pièces lîapjktiirtées, atte est oouilée d'un jet. l^out ^t€aiti la fois, bien que daaqAffie détail soit établi isoceeBsi^emeDt C'est que^isréé ^par k tout, chaque déifeail dui est tsabordenné. L'éBuvre d'.ant, iC4waiie Ite corps wmoit, lome m tout femiL
l'exécution de l'oeuvre d'art 21i
Uo drâcoe a une exposîtian, iine crise, ua déBMemeat; il est suscité par une ou éaax soènes, par ime ou deux situse tians qui posent leurs préliminaires et leurs oonséqueoGes. Tout ne doit pas être sur le même plan. La main souple doit tantôt CAurir, màvqiteT d'iUie indication légère, tantôt insister d'une touche forte qui fasse saillir VUèe maîtresse et reculer tout le refile. Oà rartisle, dont Ja conception n'a •pas Tunité vivante, trouverait-il le courage des samôces fiécessaires? Chaque détail existe pour lui-fiftéoie, tout est également bien dit; les «éléments ne sont plus traversés par ua même souffle. Il y a des drames qui commencent et finissent deux ou trois fois. Ce n'est pas là Tœuvre vivaate du génie, ensemble oi^nique de détails subordMuiés. Un de nos grands paysagistes disait admirablement ^ : « Ëntendonsnous sur le mot fini. O qui fiait ua tableau, ce n'est pas la quantité des détails, c'est la justesse de rensemUe. Un tabeau n'est pas seulemest limité par le cadne. N'importe daiKs quel sujet, il y a na ol^ principal sur lequel vos yeux sie reposent continuellefflent; les autnes oègets n'en sont que le complémeet. Ils vous inijéress^it «oins; après cela, il n'y a plus rien pour Totre œil. Voilà la vraie limite du tableau. Cet obiet principal devra aussi frapper davantage celui q«L regarde v«^tre œuvre. U laut toujours y revenir^ affirmer de plus en plus sa dMileur... Si au eontraiTe vxytre tableau eon« tient un détail précieux, égal d'un bout .à l'antre de la toile, le spectateur le regardera avec indifiérence. Tout Tintéres* sant (paiement, sien ne Tintéressera. Il n'y a^ora pais de limites, votre tableau fourra se prolonger indéfiniment. Jamais vous n'en aurez la fin. Jamais vous n'aurez fini. L'ensemble seul finit dans un tableau. » — « Faites bonhomme, a disait Ikda^OBx; faites simple^ répètent tous les maîtres. Faire simple, qae de gens ont dà chtfcher le sens de celte