‹ Essai sur le génie dans l'artChapitre 6 sur 41 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

résultats, montre Tunion et les rapports de la nature et de la réflexion dans leur travail simultané.

L'étude du génie nous met d'abord en garde contre les formules inflexibles. Partir d'une définition absolue de la beauté, c'est s'exposer à Foubli de tous les faits qui la contredisent. L'esthétique ne doit pas être la théorie d'une école ni d'un art; elle doit trouver de la beauté une déOnition mobile, largement ouverte, qui se prête à des formes nouvelles. En voyant le beau se faire, nous apprenons à le connaître dans ses lois; en le saisissant dans la puissance mobile et féconde, qui en varie sans cesse les formes, nous évitons de faire la théorie de nos préférences et d'ériger nos goûts en lois nécessaires. Si la beauté dépend du génie, nous ne sommes plus tentés d'emprisonner le génie dans une définition arbitraire de la beauté.

La beauté définie par l'esprit, par le jeu libre et harmonieux de ses facultés en accord, par la plénitude de la vie spirituelle, nous comprenons la sympathie qu'elle inspire. Elle est nous comme nous sommes elle; mais elle nous achève, et l'amour naît spontanément en sa présence de la joie de se sentir vivre d'une vie plus complète et plus intense.

Il semble du moins que le génie nous enferme dans le monde de l'art I Le beau a-t-ilune réalité en dehors de nous? Dans la nature, n'est-il pas créé par un accord fortuit entre l'esprit et les choses? Nous ne sommes jamais assurés des intentions de la nature. Est-il vrai qu'une inquiétude secrète la tourmente et l'agite, que nous devions nous confier à la sympathie qui nous porte à lui prêter quelque chose de nos

XU INTRODUCTION

désirs et de nos sentiments ? N'est-elle pas plutôt la créatrice aveugle, indifférente, qui ne réussit qu'à force de multiplier les combinaisons, et ne crée le durable qu'à force de détruire Téphémère!

On ne sort pas de soi, on ne devient pas la conscience d'un être étranger à soi. S'il fallait sortir de l'esprit pour entrer dans la nature, elle nous fierait à jamais fermée* Ce n'est qu'en nous étudiant nous-mêmes que nous pouvons oser quelques conjectures sur la vie universelle. Le monde est ma représentation, ses phénomènes sont mes idées, il n'existe pour moi que par ma pensée, dont il doit prendre la forme. Il y a dans cette condition même de toute connaissance un premier trait d'union entre l'esprit et les choses. Si de plus l'intelligence continue la vie, si la spontanéité ' inconsciente prépare des œuvres qu'éclaire soudain la conscience, si le génie nous montre ainsi le passage incessant et insensible de la nature à l'esprit et de l'esprit à la nature, peut-être n'est-il pas impossible, en suivant les analogies auxquelles nous invite la continuité des choses, de rejoindre le sujet et l'objet, la beauté qui se crée en nous à la beauté que semble réaliser l'univers sensible.

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