V. infra, partie II, chap. II
tion d’or abondante dote le pays d’une réserve virtuelle en cas de besoin. Tel n’est pas cependant l’avis de certains économistes. « L'usage de la monnaie d’or dans la circulation crée une demande spéciale s'appliquant aux réserves d’or. Elle (la circulation intérieure d’or) est parfois recommandée comme donnant une réserve de seconde ligne susceptible de maintenir le change. Mais cette réserve de seconde ligne ne peut être facilement retirée de la cireulation en cas de besoin et est beaucoup moins efficace pour cet effet que la même quantité d’or amassée dans une réserve centrale et remplacé dans la circulation par du papiermonnaie 4 ». De nos jours, nous trouvons de nombreuses manifestations de la même pensée ; ainsi le premier rapport du Comité Cunliffe, s'exprimant au sujet de la circulation métallique intérieure, ne la juge « ni nécessaire, ni désirable ».
$ 2 L'évolution de la politique des banques d'émission jusqu’à la guerre
La plus grande commodité des billets de banque pour les paiements habituels, l’usage de plus en plus considérable du chèque et des règlements par compensation (surtout dans les pays anglo-saxons) avaient restreint dans une large mesure les règlements en monnaie d’or 5. Ajoutons à cela la politique prudente des grandes banques qui s'était accompagnée, de 1870 à 1914, par une grande stabilité des changes. Sauf dans quelques pays où l’on ne parvenait que mal à substituer les billets de banque à la monnaie métallique
4. Hawtrey. The Gold Standard in Theory and Practice, pp. 95-96. ; 5: V. à ce sujet les enquêtes de de Foville (Economie Sociale, La Monnaie).
(comme la France) et d’autres contrées arriérées au point de vue économique et d’ailleurs assez pauvres (Etats Balkaniques), on en était venu à une sorte de Gold Bullion Standard avant la lettre et l’on s’orientait de plus en plus vers ce système. Sans doute, le porteur de billets de banque conservait-il le droit de se faire rembourser à vue et sans formalités en espèces métalliques, mais il n’usait pas de ce droit. « Le système de l’étalon-or (Gold Specie) avait déjà reçu des atteintes avant la guerre $. L'usage moins important de l’or par les individus et la centralisation des stocks d’or dans les caves des grandes banques d’émission avaient déjà opéré le commencement de l’évolution ’» et un autre auteur allemand s’exprime ainsi : «Déjà avant-guerre, l’étalon-or se transformait toujours davantage en Gold Bullion Standard et cette transformation s’acheva pendant la guerre 8 ».
Il suffit de considérer les bilans des grandes banques centrales dans la période s’étendant de 1875 à 1914 pour constater la croissance de l’encaisse de ces banques.
Cependant, en elle-même, la croissance de l’encaisse ne prouve rien, car le stock monétaire disponible avait, pendant la même époque, considérablement augmenté. Voici, en effet, la production moyenne des mines d’or durant cette période :
(en kgr. d’or fin)
6. « Die Goldwährung war schon vor dem Kriege untergraben. » 7. Ludwig v. Mises. Theorie des Geldes und der Umlaufsmittel, p. 401.
8. Wagemann. Theorie des Geldwerts u. der Wéährung, p. 295. V. également. le même ouvrage, p. 252.
On peut donc dire qu’en moyenne le stock d’or total a, de 1871 à 1920, augmenté de 18.585.000 kgrs. d’or fin. Quelle a été, sur ce total, la proportion d’or réservé à un usage monétaire ? Comme nous l’avons fait remarquer, cette proportion est difficile à déterminer *?. La seule demande de l’Inde, en vue de la thésaurisation, a atteint, certaines années 30 à 40 millions de £ (soit environ de 210.000 à 280.000 kgs. d’or fin #). Quelles ont été les quantités respectives du reste destinées aux réserves bancaires ou à la circulation ? Nous manquons de précisions à cet égard et il serait dangereux d’avancer un chiffre quelconque, même approximatif. Quoiqu'il en soit, il est bien certain que les encaisses-or des banques d’émission ont, d’une manière générale, augmenté pendant la période 1875-1914 et cela non seulement en chiffres absolus, mais par rapport au stock d’or total et par rapport au stock d’or monétaire.
Un tel état de choses, cette marche lente mais sûre vers la centralisation de l’or monétaire ont préparé les peuples à se contenter du billet de banque et ont facilité au début de la guerre, le drainage systématique de l’or vers les caisses des banques. Les émissions des billets de banque et des emprunts d’état se sont faites plus facilement. Il n’y a eu, pour ansi dire, aucune résistance à la politique d'inflation qui s’est amorcée alors. Lorsqu'on compare cette époque à celle plus éloignée des assignats, on peut se rendre compte de la différence existant dans l’opinion publique au sujet du rôle respectif de l’or et de la monnaie-papier.