‹ Essai sur le Gold Exchange StandardChapitre 41 sur 110 · Comparer, v. Hayek, Geldtheorie und Konjunkturtheorie · texte numérisé non relu

Comparer, v. Hayek, Geldtheorie und Konjunkturtheorie

Nous commencerons par admettre la possibilité théorique d’un pareil système et même la possibilité théorique de son application.

La première objection qui se présente est que ce système manque de simplicité ; ce n’est, en somme, qu’un régime applicable à une élite cultivée. La masse, qui a besoin d’un étalon de la valeur, à la fois dans ses transactions journalières et dans ses marchés à plus long terme (contrat de travail par exemple), s’estimera toujours lésée et accusera sans cesse ce qu’elle prendra pour de l'arbitraire. Est-il d’ailleurs vrai, comme l’affirme le Dr Eisler, que « tous les facteurs du mouvement cyclique de la conjoncture soient stabilisés ? » Peut-être pas. On peut prétendre au contraire que l’adoption d’un Gold Index Number Standard amènerait de brusques changements de valeur et que la stabilité désirée ne serait réalisée qu’au prix de remaniements incessants de l’étalon. Sous le système de l’étalon-or, il y a naturellement un freinage à l'inflation, puisque la base monétaire métallique, la base du crédit est plus ou moins limitée et n’est pas extansible outre mesure. Au contraire, «un étalon basé sur le prix général des produits (general goods standard) ne constituerait pas un frein, parce que, le prix des produits augmentant, la base de la circulation s’accroîtrait d'autant. Ce serait alors le cercle vicieux : hausse des prix, hausse des salaires, d’où inflation nouvelle et ainsi de suite » 4, Vouloir adapter constamment les salaires aux prix, c’est en somme le système sous lequel nous avons vécu pendant les années qui ont suivi la guerre, mais on ne peut pas dire que cette expérience fut concluante ni satisfaisante.

14. G.-E. Bonnet. La politique monétaire anglaise d’après-guerre, p. 77.

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Comment d ailleurs établir l’index du coût de la vie ? Cela semble très simple en apparence, mais il n’en est rien. On peut adopter une méthode objective ou une méthode subjective. On peut prendre les différentes marchandises nécessaires à la vie humaine sans leur attribuer de coefficient d'importance ; on peut au contraire tenter de donner à chaque marchandise une importance variable, suivant l’importance du rôle qu’elle joue réellement dans la vie. Mais dès que l’on corrige l’index au moyen d’un coefficient, on tombe, ipso facto, dans la méthode subjective.

Ces marchandises, en effet, n’ont pas une importance fixe et invariable, une importance standardisée si l’on veut ; le rôle plus ou moins considérable qu’on leur attribue nous fait revenir à cette notion de l’homo oeconomicus, fiction dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est erronée, avec ses désirs, ses besoins, ses actions invariables. Si l’on en conclut que chacune de ces deux méthodes est fausse, pourquoi en déduirait-on que la moyenne de ces deux méthodes contient la vérité ? « La supposition, écrit v. Mises qu’il est possible de mesurer les changements du pouvoir d'achat de la monnaie est scientifiquement fausse. Ces calculs reposent sur un terrain incertain ; ils sont arbitraires à deux points de vue différents : du point de vue du choix des marchandises et de celui des coefficients d'importance ; et cela est en dehors des difficultés que nous rencontrons à des moments différents, concernant la relativité des marchandises dont le prix doit être fixé. Nous n'avons aucune assurance de montrer que de ces différentes méthodes l’une est vraie et que les autres sont fausses ; chacune de ces mé-

thodes est justifiable ou ne l’est pas, aucune n’est scientifiquement certaine » 15.

Et plus loin le même auteur conclut ainsi : « Il est inutile de nous appesantir sur les difficultés techniques qui s’opposeraient à la réalisation du plan de Fisher ; mais quand bien même il serait possible de le mettre en œuvre, il ne nous donnerait pas une monnaie qui laisse stables revenus et capitaux »!#,

Ajoutons que, pour bien faire, pour éviter, autant que faire se peut, l’arbitraire, il conveindrait d'établir une multitude d’Index Numbers. Pour peu que le pays soit d’une certaine étendue et renferme une nombreuse population, un index du coût de la vie nationale ne suffirait pas. Il en faudrait un par province, un par unité économique et l’on conçoit la complication qu’apporterait un semblable régime. Là ne serait pas encore la perfection : pour que celle-ci ait lieu, autant qu'il soit possible, il faudrait que chaque individu, que chaque chef de famille établisse son propre index du coût de la vie en tenant compte des quantités respectives de marchandises consommées à son foyer. L’impossibilité d’une telle solution est évidente.

Pourrait-on, cependant, établir une moyenne ? Il ne nous semble pas. Comment cett moyenne pourrait-elle exister entre des pays aussi différents que la France et le Japon par exemple ? Ou, sans aller aussi loin, en restant dans le cadre européen, entre l’Italie et la Finlande ? Admettons un moment la possibilité d'établir un Gold Index Number Standard logique et équitable dans le cadre national. Qu’adviendrait-il du commerce international, de toutes ces tran- Re Ludwig v. Mises. Geldwertstabilisierung und Konjunkturpolitik, pp. 22-

16. Ibid., p. 30. Comparer du même auteur : Théorie des Geldes und der Umlaufsmittel, pp. 411 et s.

sactions dont, à notre époque, l’on s’inquiète justement de la diminution progressive ? On pourrait même prétendre sans trop exagérer que les fluctuations que craignent et que veulent éviter les partisans des théories de Fisher sont, en partie, la résultante de l’application de certaines de leurs idées. « Lorsqu’Irving Fisher et avec lui de nombreux économistes prétendent que l’étalon-or est un mauvais étalon, parce que le pouvoir d’achat de l’or, depuis 1896 et surtout depuis 1914, est dangereusement tombé, on doit leur répondre que la chute du pouvoir d’achat de l’or est attribuable à la politique qui, entre 1896 et 1914, par des mesures d'économie d’or et depuis 1914 par l’abandon de l’étalon-or dans de nombreux pays, a travaillé à l’amoindrissement de ce pouvoir d'achat »"7.

Le vieil étalon-d’or, malgré ses défauts, est encore, à notre avis, supérieur à ce système perfectionné ?# et la conclusion de M. Truchy nous paraît fort juste # : « La conception d’une unité monétaire qui serait définie par un pouvoir d'achat applicable à des catégories ou des quantités déterminées de biens et de services est aisément intelligible. L'unité monétaire ainsi définie pourrait être plus stable que l’unité monétaire-or, dont la valeur dépend de la valeur de ce métal et de sa répartition dans le monde. Mais, si l’évolution monétaire doit un jour nous conduire jusque là, ce n’est pas dans un proche avenir. L’or a, comme mesure des valeurs, un prestige formé par une tradition bien des fois séculaire et qui ne paraît pas prêt de périr ».

17. L. v. Mises. Geldwertstabilisierung und Konjunkturpolitik, p. 30. Com-

parer la critique de la même théorie dans Theorie des Geldes und der

Umlaufsmittel, pp. 411 et s. À 18. Cf., G.-E. Bonnet, La politique monétaire anglaise contemporaine, p. 84.

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