‹ Essai sur le Gold Exchange StandardChapitre 48 sur 110 · V., supra, partie Ire, chap. II · texte numérisé non relu

V., supra, partie Ire, chap. II

moyens de paiement dans l’économie qui est trop facilement confondu avec le manque d’or »?°.

Cette opinion sera qualifiée d’exagérée par de nombreux économistes, car s’il est une idée admise aujourd’hui, c’est que le Gold Exchange Standard économise l’or, c’est qu'il a été créé pour cela et que son principe même est l’économie du métal jaune.

Le Gold Exchange Standard, en effet, tel qu’il résulte des applications d’après-guerre, a, disent ses partisans, un double pouvoir : économiser l’or et mieux le répartir. C’est-àdire qu’il devrait remédier aux deux grands maux de notre époque, toujours d’après ses partisans : obvier au manque actuel d’or, en considérant le stock total de celui-ci (insuffisance d’or en termes absolus) et égaliser autant que possible sa répartition à la surface du globe (insuffisance relative d’or). |

Nous ne croyons pas, personnellement, que le Gold Exchange doive ni puisse remédier à l’insuffisance absolue d’or, tout d’abord parce que nous croyons que cette insuffisance est un mythe. Sans doute, permet-il d'émettre un nombre plus considérable de moyens de paiement en contreparti du même stock d’or. Nous avons cité la législation américaine comme une application au moins indirecte du Gold Exchange. Signalons ici que la couverture d’or effective dans ce pays, par rapport au total des engagements créés en contre-partie (billets de banque ou dépôts en banque de toutes sortes) s'élevait à seulement 6,46 % en juillet 1928 et à 6,84 % et juillet 19295. Ces chiffres, disons-le en passant, font justice de la prétendue stérilisation de l'or

2. Landbsurgh, L'Europe Nouvelle, 18 avril 1931, p. 565. 3. Documents sélectiondés soumis à la délégation de l’Orr, 1931, p. 57 (G.-E. Roberts).

aux Etats-Unis dont font état les partisans des théories de MM. Cassel et de Strakosh. Mais nous persistons à considérer cette multiplication des moyens de paiement comme inutile et même dangereuse. .

Quant à mieux répartir l’or, à la surface du globe, le Gold Exchange Standard ne le fait pas davantage. Il ne fait que répartir et égaliser quelque peu les devises, mais ces devises ne sont autres, objectera-t-on, que des certificats d’or et la répartition des devises équivaut à une répartition de l’or : il n’en est rien à notre point de vue. La convertibilité de ces devises peut être suspendue du jour au lendemain et le cas de la Grande-Bretagne est encore trop récent pour que nous insistions à cet égard. D'autre part, indirectement, l’adoption du Gold Exchange accentuait encore la mauvaise répartition de l’or : les banques d’émission des pays à devises-or (c’est-à-dire les pays à Gold Bullion Standard), par suite de l’accumulation excessive de leurs devises dans d’autres pays, étaient naturellement portées à accroître leur encaisse ; en effet, l'existence de ces immenses réserves de devises, représentées par des capitaux flottants, faisait planer une menace continuelle sur le marché des changes par la possibilité de demande de conversion de ces devises. La banque d’émission, pour faire face à cette menace éventuelle, était obligée d'augmenter son encaisse métallique, de même qu’une banque privée est forcée d'accroître ses liquidités, lorsqu'augmentent chez elle les dépôts à vue. Ce fait contribue également à restreindre l’économie d’or déterminée par l'application du Gold Exchange Standard.

L'économie d’or, d’ailleurs, comme l’a fait remarquer Hawtrey, n’est pas une chose toujours souhaitable : il faut examiner les circonstances qui l’accompagnent. « L’écono-

mie d’or, écrit-il, quelqu'attractive soit-elle pour le pays qui en profite, ne sera pas un bénéfice pour le monde si elle signifie une générale et définitive dépréciation de toutes les monnaies à base d’or en termes de marchandises » 4,

Quant aux pays démunis d’or, comme l’a fait remarquer M. Aftalion, ce n’est pas toujours d’un manque d’or qu’ils souffrent ; « d'ordinaire, c’est plutôt d’un surplus de capitaux que d’un surplus d’or qu'ils auraient en réalité besoin »5. L'or peut être une des causes de cette création de capitaux, mais ce n’est qu’une des causes de cette création, ce n’est pas sa raison unique et déterminante. Certains pays qui, comme l’Argentine %, possédaient un stock de métal jaune considérable par habitant n’en souffraient pas moins d’un besoin endémique de capitaux. D’autres pays au contraire, comme l’Angleterre, où le stock d’or était relativement moindre ? regorgeaient de capitaux. Le capital ne se crée pas par l’accumulation d’or : cette accumulation peut permettre et même permet de consentir du crédit, mais le capital est une chose plus stable que le crédit, plus sûre : il survit aux crises où succombe le crédit et, alors que la cause profonde de la monnaie et partant du crédit, est la base métallique de la circulation, le capital peut théoriquement exister sans or. Le crédit peu, dans une certaine mesure, se créer à volonté, mais le capital nécessite une lente élaboration 8 et c’est précisément une des erreurs des partisans du Gold Exchange Standard que d’avoir assimilé

. Hawtrey, Currency and Credit, p. 106.

. Aftalion. L'or et sa distribution mondiale, p. 198. . En 1929, £-or 8-3-0 par habitant.

. £-or 3-2-0 en 1929,

8. Comparer à ce sujet les théories de MM. Aftalion et Bouniatian sur la cause des crises économiques : ils pensent tous deux que celles-ci sont causées par la longueur du temps nécessaire à l'élaboration des capitaux fixes (V. Aftalion. Les crises périodiques de surproduction, Bouniatian. Les crises économiques).

l’un à l’autre, de n’avoir pas su les distinguer, pas plus que leurs causes et leurs effets respectifs.

En somme, si l’insuffisance,en termes absolus, d’or n’existe pas et s’il était illusoire de prétendre y remédier, l’insuffisance relative existait, mais le Gold Exchange Standard n’y a guère remédié et ne pouvait pas y remédier. On peut même dire que son adoption n’a, jusqu’à un certain point, fait qu'accentuer cette mauvaise répartition.

$ 2 Le Gold Exchange Standard, Potitique de Crédit sur Crédit

L'adoption généralisée du Gold Exchange Standard depuis la guerre a diminué dans de fortes proportions la base métallique de la circulation et du crédit dans les pays qui ont adopté ce système. Il est très ingénieux de prendre, comme garantie d'émission, des billets de banque remboursables en or ou du papier commercial remplissant les mêmes conditions. Mais c’est une politique qui ne laisse pas d’être dangereuse par cet échafaudage de crédit. C’est un peu comme si sur un terrain d’une stabilité relative, suffisant seulement pour bâtir un immeuble ordinaire, l’on construisait un immense building de quelques vingt ou trente étages ; le sol et les fondations peuvent résister pour un temps, mais un jour viendra où l’affouillement du sol par les eaux, le tassement des fondations ou tout autre cause occasionnera la chute et la ruine de l'immeuble.

Gide emploie deux comparaisons analogues : celle de la pyramide et celle de la toupie : « Cette base (la monnaie métallique, l'or), écrit-il, devient chaque jour de plus en plus étroite relativement à l'énorme édifice que le crédit'bâtit

sur elle. C’est, comme on l’a dit, une pyramide grandissante qui repose sur le sommet, ou une toupie tournant avec une rapidité vertigineuse sur une pointe de métal immobile, et, dans ces conditions, l’équilibre paraît terriblement instable »°.

Comment l’équilibre ne sera-til pas instable étant donné que « la même créance peut jouer le double rôle de substratum métallique de l’émission dans le pays À et de disponibilité dans le pays B ? »%,

Même un des partisans du Gold Exchange Standard, d'un Gold Exchange toutefois réformé et assagi, M. Mlynarski ne dit-il pas que « l’étalon de change-or, accélérant le rythme de l'inflation de crédit, a contribué, dans une certaine mesure, à ruiner l’équilibre » 1,

D'autre part, un fait normal sous le régime du Gold Exchange est l’accroissement plus rapide des réserves de devises proportionnellement à l’encaisse-or. Ce fait a été notamment signalé par M. Mlynarski qui écrit : « Si nous considérons l’économie mondiale dans son ensemble, nous constatons que le développement économique normal fera croître plus rapidement les réserves de devises que les réserves d’or »2, Les explications que l’on peut donner de ce mouvement sont nombreuses et possèdent une importance variable #, Signalons seulement l’une des principales : l’attrait, pour un pays pauvre surtout, de posséder une encaisse productive d'intérêts au lieu d’un stock improductif d’or.

L'échafaudage de crédits les uns sur les autres s’est fait depuis la guerre par suite de l’adoption de l’étalon de

Page 1