Gregory, The Gold Standard and its future, p
16. Sauf bien entendu le cas que nous avons sgnalé de Gold Exchange Standard dans le cadre national comme aux États-Unis ; mais ce n’est pas à un véritable étalon de change-or, ce n’est qu’une tendance vers ce régime.
paralyser, anéantir même les créances de la banque à l’étranger et personne ne peut affirmer que le risque de guerre n'existe plus à notre époque.
D'autre part, un pays à Gold Exchange Standard ne peut suivre une politique personnelle : il est, malgré lui, attiré dans le sillage du pays dont il détient des devises et cette tendance peut même devenir, dans certains cas, si les devises détenues proviennent toutes ou presque toutes de la même place, une véritable sujétion économique. L’abandon de l’étalon-or par la Grande-Bretagne et ses efforts au moins partiellement couronnés de succès, pour la constitution d’un block Sterling, sont la preuve manifeste de notre affirmation. Le cas n’est pas sans analogie avec celui des financiers ou industriels qui, se sentant en danger, multiplient leurs engagements pour intéresser autant de personnes que possible au maintien de leurs affaires, pour qu’on essaie d'éviter, à tout prix, leur chute.
Le Gold Exchange Standard est très dangereux en ce sens qu’il agit comme facteur d’aggravation des crises : d’une crise purement nationale, il peut faire une crise plus étendue, voire même mondiale ; il peut, d'autre part, augmenter et accroître l’importance de faits en eux-mêmes anodins. En multipliant les contacts existant déjà naturellement entre les crédits de chaque peuple, de chaque nation, il les rend, en quelque sorte, solidaires les uns des autres : la force de l’un peut compenser la faiblesse de l’autre, mais, le plus souvent, ce sera la faiblesse de l’un qui entrainera le mauvais fonctionnement des autres.
Par un retour des choses, il est des cas où, bien loin de procurer au pays émetteur de devises-or une sorte d’hégémonie économique sur les pays à Gold Exchange Standard,
ce régime est, au contraire, une source de faiblesse pour le pays émetteur. Avant l'abandon de l’étalon-or par la Grande-Bretagne, la Banque d’Angleterre perdit des quantités d’or considérables #. Ces pertes étaient dues, pour une part, à des demandes de remboursement émanant de pays détenteurs de livres sterling (Belgique, Hollande, France) et dont l’accumulation dans ces pays résultait d’un Gold Exchange Standard de droit ou de fait.
Nous pouvons donc, quant aux effets du Gold Exchange Standard sur les relations entre les pays émetteurs et les pays détenteurs, admettre la double conclusion suivante :
— Lorsque le pays détenteur de devises ne possède, relativement au pays émetteur, qu’une faible puissance économique, lorsque son commerce se fait, pour la plus grande partie, avec le pays émetteur ou par l'intermédiaire de celui-ci, lorsqu'il ne possède pas, par lui-même, les moyens bancaires capables d’assurer, par une politique de crédit autonome, la marche de ses affaires, il en résulte une hégémonie plus ou moins grande des pays émetteurs vis-àvis des pays détenteurs.
__ Inversement, lorsque le pays détenteur de devises possède, vis-à-vis du pays émetteur, une puissance éconcmique égale ou tout au moins indépendante, lorsque son commerce et ses finances publiques et privées lui permettent de se passer de l’aide du pays émetteur, c'est lui qui exerce son influence sur le pays émetteur, et il peut, jusqu'à un certain point, surtout sises devises sont concentrées dans un petit nombre de mains (cas du Gold Exchange), se servir de celles-ci comme d’une arme vis-à-vis du pays émetteur.
17. Pendant le seul mois de juillet 1931, les pertes d’or de la Banque d’Angleterre ne s’élevèrent pas à moins de £ 30.712.000.
On a cru trop longtemps pouvoir assimiler complètement le crédit à la monnaie :ils peuvent sans doute jouer le même rôle, mais avec une amplitude différente et le crédit n’est jamais tout à fait une monnaie. La monnaie est strictement impersonnelle et le créditest au contraire personnel et c’est précisément de cette personnalité du crédit que découlent une partie des dangers de sa trop grande multiplication #.
$4 Dangers résultant de l'influence moindre de la politique monétaire classique
Le moyen le plus employé pour remédier à la fuite de l’or (ou de l’or et des devises) et celui considéré comme le plus simple et le plus efficace est, sans contredit possible, la politique du taux de l’escompte.
Mais on a observé, ces dernières années, que la politique du taux de l’escompte, méthode qui est le fondement même du commerce bancaire, est beaucoup moins efficace qu’autrefois. L'adoption du Gold Exchange Standard en multipliant, comme nous l’avons fait remarquer, les raisons de craindre l'instabilité monétaire, ont diminué l’influence de cette politique.«Les répercussions des fluctuations du taux de l’escompte, écrit M. Hornbostel #, sont devenues infini-
18. L’on peut consulter à ce sujet les théories de M. Landsburgh que Von trouve exposées succinctement dans Pandèle (L’assainissement des monnaies «européennes et la répartition de l’or dans le monde, p. 273). V. en outre les articles de M. Landsburgh, parmi lesquels : Devisen Reserven (Die Bank, sept.-oct. 1924), Index-Geld (ibid., oct. 1924). Das falsche Prinzip (ibid., août 1925). Die drei Goldwährungen (ibid., nov. 1926). Die Notenbanken und die Wirtschaft (ibid., octobre 1927). :
19. La vitesse de circulation de la monnaie et les variations de son pouvoir, d'achat, p. 195.
ment plus complexes et l’application des méthodes classiques a fréquemment déçu ceux qui croyaient le plus en leur efficacité ».
Ce n’est d’ailleurs pas seulement depuis la guerre que l’on a noté la non-efficacité de l'élévation du taux de l’escompte en cas de crise de confiance : lors de la crise de 1866, le taux de l’escompte fut (pendant deux mois) respectivement de 10 % à Londres et de 4 ‘4 à Paris et cependant, l’or ne fut pas attiré de Paris vers Londres. Ce fait extraordinaire fut très remarqué à l’époque et attribué, notamment par Mac Leod, à un manque passager de confiance.
Il est logique qu'avec une monnaie instable ou une monnaie que l’on craint de voir devenir instable (abandon ou possibilité d'abandon de l’étalon-or), le taux de l’escompte et l'intérêt soient plus élevés, toutes choses étant égales, qu'avec une monnaie saine. Pour l’escompte, par exemple, l’on ne fait pas état seulement du risque naturel de nonrecouvrement du papier escompté à l’échéance, mais encore du risque attaché à l'insécurité des conditions économiques ?° Une hausse, même importante, du taux de l’escompte n’est pas suffisante pour compenser une baisse éventuelle de la devise sur le marché des changes.
En même temps, que le taux de l’escompte, bien d’autres éléments de la politique bancaire ont été modifiés par l’adoption de droit ou de fait du Gold Exchange Standard. En réalité, toute la politique monétaire a changé : des difficultés se sont élevées, les transferts d’or que l’on pensait rendre inutiles au moyen de ce système, n’ont jamais eu une ampleur plus considérable ; des difficultés se sont élevées partout et, non seulement le Gold Exchange Standard
20. Cf., Wagemann. Theorie des Geldwerts und der Währung, pp. 327-328. Der Bankzinsfuss in Papierwährungsslädern (Schmollers’ Jahrbuch 1915, pp. 727 et ss).
n’a pas su remédier aux troubles résultant de l’aprés-guerre, mais il a encore accru ces troubles, il a mis davantage de désordre dans les conditions de l’économie mondiale.
La politique monétaire classique serait entièrement à modifier, les résultats attendus des moyens employés ne se produisant plus ou se produisant d’une façon incomplète.
Section 11 Critique du point de vue pratique
. Nous examinerons successivement dans cette section l’action du Gold Exchange Standard sur le commerce international, sur les marchés monétaires, sur les prix et sur les relations entre les différentes banques d'émission. |
$ 1er Le Gold Exchange Standard et le Commerce International
Etudier, d’une façon précise, les statistiques du commerce international et en déduire que tel ou tel changement, telle baisse ou telle hausse est le fait de l’adoption d’un régime monétaire déterminé ou d’une modification apportée à ün régime, dépasserait les cadres de cette étude. Cette recherche serait, à elle seule, la donnée d’un ouvrage complet et nous ne pouvons ici qu'indiquer très scmmairement quelle a été grosso modo l'influence du Gold Exchange et si cette influence a déterminé une baisse ou une hausse des relations internationales.
La baisse considérable des échanges qui a été le fait de ces dernières années ne semble pas imputable, dans sa totalité, au système monétaire alors à l’ordre du jour, c’est-à-
dire au Gold Exchange Standard. Que celui-ci ait influé sur la baisse en question, cela ne semble pas faire l'ombre d’un doute et il est trop facile d’opposer l’état des choses avant la guerre et aujourd’hui, la liberté des échanges qui existait alors et les restritions multiples qui caractérisent notre époque. Mais, selon nous, c’est plutôt indirectement que le Gold Exchange Standard a agi sur le commerce international en déterminant une instabilité monétaire très prononcée et en restreignant le commerce des devises.
Les restrictions apportées au commerce des devises feront l’objet du paragraphe suivant. Nous n’aurons, pour l'instant, qu’à examiner l'effet de l'instabilité monétaire sur le volume des échanges.
Si une instabilité monétaire, une inflation ou une menace d'inflation a plutôt pour effet de développer les échanges à l'intérieur d’un pays donné, cette instabilité paralyse au contraire bien souvent le commerce international. Sur le marché national, les individus s’empressent d'échanger leurs billets de banque contre des marchandises quelconques, parfois même non utiles, et on assiste à une augmentation, considérable souvent, de la vitesse de la circulation de la monnaie.
Au point de vue international, les importations dans le pays à devises plus ou moins dépréciée sont arrêtées ou, au moins, assez ralenties, l’obligation de payer les produits achetés en or ou en monnaie-or étant plus difficilement réalisables pour les commerçants nationaux.
Les exportations sont, au contraire, affirme la doctrine classique, stimulées par une baisse de la devise sur le marché des changes, car le coût de production se trouve abaissé par le fait, et cela surtout si les matières premières employée se trouvent dans le pays même. On peut citer à cet égard
l'exemple de la Grande-Bretagne par laquelle 1’abandon de l’étalon-or et la baisse de la livre sterling semble bien avoir stimulé les exportations, ou, tout au moins, les a empêché de baisser dans des proportions plus considérables. I1 convient toutefois de remarquer que les événements de l'après-guerre ont fait naître une législation anti-dumping dans presque tous les pays et que cette législation annihile a peu près 1e bénéfice occasionné par 1e dumping de change. Ce dumping n’existe d’ailleurs que temporairement, aussi longtemps que les prix et les salaires nationaux n’ont pas suivi une courbe parallèle et de sens contraire de celle de la devise.
Ainsi, le désarroi des changes, dont il est, répétons-le illusoire de prétendre mesurer exactement les effets, a eu, à notre avis, une influence très défavorable sur le commerce extérieur. Il a pu, pour un temps, stimuler les exportations de tel ou tel pays et l’encourager à augmenter sa production, mais, par là même, s’est accru encore le déséquilibre existant dans le monde, déséquilibre dont le Gold Exchange Standard est au moins en partie responsable 2,
$ 2 Le Gold Exchange Standard et le Marché des Changes
Une des raisons de l’adoption généralisée de l’étalon de change-or fut la volonté d’éviter les mouvements et transferts d’or ; mais, malgré l’accumulation de quantités considérables de devises, le Gold Exchange ne put remplir ce
21. Sur les conséquences de l’abandon de l’étalon-or par l’Angleterre et les autres pays (Scandinavie, Egypte, etc...) et sur les mesures de protection prises par les autres puissances pour parer à ee « dumping » de change. V. Elver : « Le contrôle des devises et le maintien nominal de l’étalon-or. » (Rev. Eco. Pol. 1932, p. 295.)
Le Branchu 9
but et les mouvements d’or ne furent jamais aussi importants qu’à notre époque.
Le désarroi des changes, dont nous faisons mention, s’est accompagné de mesures prises un peu au petit bonheur, mesures qui cherchaient à réglementer le marché des changes. En posant des conditions spéciales à l'octroi des devises, en créant des organismes chargés de les centraliser et de ne les accorder qu’à bon escient, on a abouti à un régime, dont le moins qu’on puisse dire, est qu’il est une caricature de l’étalon-or logique. Notons d’ailleurs ces deux propositions différentes qui font ressortir la position un peu fausse du Gold Exchange Standard : celui-ci suppose à la fois une politique dirigée et une grande liberté, à l’intérieur et dans les limites de cette direction.
Politique dirigée, en ce sens que les gouvernements et les banques centrales, ou plutôt, les banques centrales avec l’aide des gouvernements, doivent s’efforcer de canaliser, de réglementer, dans la mesure du possible, les achats et les transferts de devises, de manière à les rendre plus réguliers.
Politique libérale, au contraire, car les demandes de devises doivent, pour le parfait fonctionnement du régime, doivent être satisfaites sans conditions et les transferts être opérés suivant le gré du propriétaire des devises.
La difficulté est de trouver le joint entre ces deux propositions opposées, de découvrir le point de rencontre, là où existe une liberté suffisante et où commence la direction efficace de la politique monétaire.
On peut affirmer, sans crainte d’exagération, que les essais de politique dirigée, de réglementation du commerce des devises et d'intervention des grandes banques sur le marché des changes n’ont donné aucun résultat, aucun bon résultat s’entend.
Pour que la politique de la monnaie dirigée soit logique et profitable, il faudrait d’abord que soit prouvée la théorie quantitative de la monnaie. Or, il semble bien, après les expériences contemporaines et les travaux récents de nombreux économistes, que l’on doive rejeter aujourd’hui cette théorie, dans sa forme absolue tout au moins 2. Nous avons dit précédemment qu’à notre point de vue, il y avait une tendance à la théorie quantitative, mais que cette tendance n’était, à cause des obstacles qu’elle rencontre, pour ainsi dire jamais réalisée #. Or, les banques centrales et les gouvernements ne peuvent agir sur les marchés monétaires qu’en diminuant ou en augmentant la masse des moyens de paiement mis à la disposition du public, la quantité de signes monétaires ou de crédit. Ils ne peuvent agir qu’en augmentant ou en diminuant artificiellement l’importance respective de l’offre et de la demande. Il n’est pas en leur pouvoir d’influer sur les facteurs psychologiques : ceux-ci sont, en partie, une conséquence de la politique et existent indépendamment de toute intervention.
Le Gold Exchange Standard, comme l’a écrit Sancery * « s’est révélé incapable de maintenir stable sur le marché des changes ou monnaie que des causes économiques puissantes tendaient à élever, ou, au contraire, à déprécier ».
Il n’est pas certain qu’au point de vue monétaire, la devise-or ait le même pouvoir que l’or sur le marché des changes. M. Landsburgh prétend qu’en 1925 l'Allemagne a perdu plus d’un milliard de Reichsmark de sa réserve de devises, alors que cinq cents millions de Reichsmark d’or
22. V. en particulier Allix. « Une théorie psychologique de la monnaie et du cyange », Revue Politique et Parlementaire, 1928, t. CXXXV.
23. Cf., supra, Introduction, chap. II, note 2. 24. Le retour à l’étalon-or dans les régimes monétaires après la guerre, p. 28.
Ces lignes furent écrites en 1925.
eussent été suffisants et auraient obtenu, à moins de frais,
le même résultat.
Il semble bien qu’on ait tort de vouloir appliquer à toute force aux systèmes monétaires une rationalisation analogue à celle qui a donné de bons résultats pour l’industrie. La monnaie est sans doute une marchandise, mais ce n’est pas seulement une marchandise. Sans prétendre entrer dans la discussion du caractère de la monnaie, disons seulement en passant que certaines théories ont été trop dédaignées après la guerre, théories qui rejetaient, pour la monnaie, le caractère de pure marchandise sur les cours ce laquelle il est facile d’agir dans le sens de la hausse ou de
la baisse ?f.
$ 3 Le Gold Exchange Standard et la Politique des Prix
Les essais d’interventionnisme ne furent pas limités aux marchés monétaires : ils furent étendus égaiement aux marchés de matières premières et aux bourses des valeurs. surtout aux Etats-Unis où 1a politique de direction des affaires a été tentée et, semble-t-il, est encore appliquée sur une large échelle.
Pas plus que pour les marchés monétaires, le résultat n’est venu récompenser les efforts des dirigeants. Tel avait été d’ailleurs finalement le sort des premières tentatives de contrôle de la production d’un produit déterminé (le café au Brésil ; le plan Stevenson pour le caoutchouc réus-
25. V. en particulier l’ouvrage capital de Knapp (Staatliche Theorie des Geldes) et ceux de son disciple (d’ailleurs très indépendant) Bendixen (Das Wesen des Geldes W ährungspolitik und Geldtheorie im Lichte des Weltkrieges- Geld und Kapital).
sit, mais trop bien, et l'élévation excessive des cours conduisit à une crise très grave de surproduction qui dure encore).
La politique qui a peur but de faire monter plus ou moins artificiellement les prix ne voit, comme la politique d’intervention sur les marchés monétaires, qu’un côté de la question. Sans doute, les prix élevés sont-ils généralement l’indice d’une prospérité économique très nette, mais les prix élevés sont-ils suffisants pour établir la prospérité ? A côté des éléments d'ordre purement quantitatifs, n’existe-t-il pas pour les prix comme pour les monnaies, des éléments d'ordre psychologique ? La demande et l’offre sur un marché, quelques soient les formules mathématiques dent on ait voulu les revêtir, ne suivent pas toujours la courbe régulière qui seur est attribuée. Dans une bourse de commerce, comme dans une bourse des vaieurs, il y a l’ambiance, la tendance générale du marché et bien des transactions ont pour cause cette tendance, viciant ainsi les calculs, les prévisions mathématiques.
Mais même si l’on ne s’attache qu'aux éléments purement quantitatifs, cette politique des prix paraît très dangereuse. En conservant, artificiellement, en période de crise des prix élevés, on favorise ainsi la continuité de la surproduction et l’accumulation de stocks considérables. Ces stocks continueront, par la suite, à peser sur le marché ; ils seront un frein à la reprise franche des affaires. D'une crise qui aurait pu être violente, mais qui se serait dénovée rapidement par ie jeu des seuls facteurs naturels, on a fait une crise, peut-être un peu moins aiguë, mais dont la durée se prolongera beaucoup plus longtemps. Et encore, J’acuité de cette crise est-elle elle-même fonction de la réussite du système : en cas d’insuccès, la crise est beaucoup plus longue et tout aussi grave, sinon même davantage.
À cette politique d'intervention directe sur les prix, principalement par la constitution d'organismes officiels ou semi-officiels (dont le type est le Farm Board aux Etats- Unis), il faut rattacher la politique de soutien des entreprises en difficultés, surtout des banques.
La disparition d’une banque lors d’une crise économique, pour fâcheuse et regrettable qu’elle soit, n’en est pas moins un facteur du dénouement rapide de la crise : en laissant tomber cet établissement, on provoque souvent la disparition de très nombreuses sociétés industrielles ou autres qu'il soutenait ; il en résultera sans doute du chômage, du désarroi dans le monde des affaires, mais la disparition de ces sociétés industrielles sera, ipso facto, un remède contre la surproduction, un pas vers le rétablissement de l’équilibre entre l'offre et la demande. Le renflouement et le soutien artificiel, au contraire, empêchent le rétablissement de cet équilibre, prolonge la crise et aboutissent presque toujours au même résultat : au chômage pour un nombre égal ou supérieur d'individus.
De nos jours, au contraire, la doctrine de l'Etat Providence a fait adopter une règle de faux humanitarisme qui consiste à empêcher, autant que possible, les maux présents, sans se soucier de l’avenir, alors que la bonne politique consiste à savoir sacrifier le présent à l'avenir. Comment pourrait-on chiffrer les conséquences fâcheuses pour l’économie générale du renflouement d'établissements comme la Banque Nationale de Crédit ou la Danat ? Si l'état n’était pas intervenu et avait laissé opérer les facteurs naturels de l’économie, la crise dont on se plaint serait peut-être terminée aujourd’hui. Mais on n’a pas su cu plutôt on n’a pas voulu considérer l’avenir ; on s’est attaché seulement aux maux présents en essayant de les sou-
lager coûte que coûte. On a fait un peu comme un médecin
qui, pour guérir à tout prix un malade d’un rhume de cerveau, lui inoculerait la tuberculose.
$ 4 Le Gold Exchange Standard et la Collaboration des Banques Centrales |
Le système du Gold Exchange Standard est celui qui, par définition, exige, dans la plus forte mesure, une collaboration efficace et suivie des banques centrales. L'existence de masses considérables de devises détenues par les instituts d'émission, l’existence de comptes et d’avoirs à l’étran- | ger demande, semble-t-il, des échanges de vues préalables, une certaine harmonie dans la politique de ces banques. Or, en fait, il n’en est rien, et c’est précisément sous le régime du Gold Exchange Standard que les banques centrales ont le moins collaboré entre elles, se sont le plus combattu.
Comme l’a écrit M. Lampe *%: «Les devises ont le défaut d’être moins sûres (que l’or) en temps de crise. Landsburgh prétend que les devises font se combattre entre elles les banques d’émission ».
Depuis la guerre, en effet, et depuis l’établissement du Gold Exchange Standard, la banque centrale est souvent devenue un moyen d'action politique. La cause première en est la guerre qui força à peu près tous les gouvernements à recourir à la banque d'émission, à emprunter chez elle une partie des fonds dont ils avaient besoin pour conduire les opérations. Depuis, les effets de l'inflation, les achats de stocks considérables de devises, dont le gouvernement encaisse généralement les revenus en échange du privilège
26. Lampe, Wôrtebuch der Volkswirtschaft, Art. Notenbanken, p. 1044.
d'émission ont contribué bien souvent à faire de la Banque centrale une sorte d’annexe du Trésor 27,
L'existence de stocks importants de devises à une époque où la stabilité monétaire est plutôt précaire, en multipliant les facteurs d'incertitude et d'inquiétude, ne pouvait que rendre les banques d'émissions méfiantes vis-à-vis les unes des autres. Du moment qu’une devise-or pouvait être rendue inconvertible d’un moment à l’autre par un simple décret gouvernemental, il importait au plus hautpoint d’être sans cesse sur le qui-vive et d’être prêt à convertir en or, en cas de danger, les devises détenues.
Les démélés de la Banque d'Angleterre et de la Banque Néerlandaise sont caractéristiques de cet état d'esprit. Les directeurs de la Banque Néerlandaise prétendaient avoir reçu, avant l’abandon de l’étalon-or par la Grande- Bretagne, des assurances formelles quant au remboursement en or des livres sterling que détenait leur banque. Après 1’abandon de l’étalon-or, ils voulurent faire état de ces promesses, mais se heurtèrent, de la part des dirigeants de la Banque d’Angieterre, à une fin de non-recevoir. Il semble bien qu’ils aient donné une portée trop grande à de simples paroles de courtoisie ne comportant aucun engagement réel. Quoiqu'il en soit, un semblable incident montre l'esprit d’hostilité qu’un pareil système fait naître entre es banques centrales (et leurs pays respecfits) à une époque où la collaboration n’a jamais été plus nécessaire.
Cette collaboration entre instituts d'émission serait d’ailleurs indispensable pour assurer le bon fonctionnement du Gold Exchange Standard et de cette politique airigée ou de cette politique à tendance de direction qu’il implique.
27. Sur les rapports entre la banque et l'Etat, v. infra, Conclusion.
Des manifestations de collaboration ont cependant eu lieu, ainsi la création de la B.R.I. Mais ces rares essais ne suffisent pas à contre-balancer la politique générale, dont une des causes les plus importantes est précisément l’adoption du Gold Exchange Standard.
Section 111 Les possibilités d'amélioration du Gold Exchange Standard
Nous n’exposerons ici que les moyens propres à améliorer le Gold Exchange Standard sans cnanger ses caractères fondamentaux, c’est-à-dire somme toute, les réformes de détail, de protédure pourrait-on presque dire.
$ 1er Exposé des moyens présentés
« L'étalon de change-or sous sa forme actuelle, écrit M. Mlynarski *#, est entré dans une période où les inconvénients du système l’mportent sur ses avantages. Aussi en vient-on à considérer que l’étalon de change-or n’est bon que comme système de transition. » Envisager le Gold Exchange Standard comme un système temporaire, comme une sorte de palier entre l’inconvertibilité et l’étalon-or proprement dit (Gold Bullion ou Gold Specie) est cependant une notion qui peut se défendre et que nous exposerons ultérieurement *. Toutefois cette politique est l’un des grands reproches que l’on a fait aux banques centrales et l’une des