Landsburg. L'Europe Nouvelle
7. NV. Aftalion. L’Or et sa distribution mondiale. Landsburgh. L'Europe Nouvelle, 1931, p. 564.
$ 2 Le Gold Bullion Standard et l'Economie d’or.
On pourrait presque croire que cette question : le Gold Bullion Standard économise-t-il l’or ? est oiseuse et inutile, puisque ce système a été précisément créé en vue d’économiser le métal jaune.
L'adoption généralisée du Gold Bullion Standard dans le monde entier procurerait-elle un gain, ferait-elle en un mot le monde plus riche, lui donnera-telle plus d’aisance monétaire ? Certains auteurs répondent rans hésiter par la négative 8. La question revient à savoir si la concentration de l’or dans les caisses des banques centrales permettra à ces banques de créer plus de crédit que par le passé. En sera-t-il ainsi ? Certainement, semble-t-il tout d’abord. En réalité, la chose est dubitable et cela pour deux raisors.
Tout d’abord, les banques centrales sont forcées, avec le système du Gold Bullion, d’adopter une attitude plus prudente encore qu’avec le Gold Specie. En effet, si nous supposons, par exemple, un régime de Gold Specie Standard avec une encaisse de 100 et une circulation de papiermonnaie et création de crédits égale à 250, it y a dans cette émission de moyens de paiement deux parties : l’émission couverte et sans danger (égale à 100) et l’émission fiduciaire et par conséquent dangereuse égale à 150.
Supposons que la même banque adopte de Gold Bullion et voit par ce fait son encaisse métallique portée à 200. Pourra-t-elle émettre des moyens de paiement dans la même proportion que tout à l’heure, c’est-à-dire, en ce cas, pour un total égal à 500 ? Certainement non, car le décou-
8. Ainsi v. Mises (V. Geldwertstabilisierung und konjunkturpolitik, p. 11.
vert serait alors égal à 300 chiffre trop considérable par rapport au précédent découvert (égal à 150). En effet, un pays qui peut vivre et voir développer ses affaires avec un découvert de 150 par exemple ne peut sans danger voir ce découvert doublé sous le simple prétexte du doublement de l’encaisse de la Banque centrale.
On peut en déduire cette première règle : L'or, sous un régime de Gold Bullion Standard, sera moins productif que sous un régime de Gold Specie Standard, car la Banque Centrale sera obligée d'en posséder une plus forte proportion par rapport à ses engage-
gements.
Mais qu'importe, répliquera-t-on, si la banque, par suite de l'adoption du Gold Bullion Standard est en mesure de créer davantage de crédit qu'avec le Gold Specie Standard ? Reprenons le cas précédent. Admettons que la Banque puisse émettre sans danger pour 400 de moyens de paiement ; nous aurons donc les proportions suivantes :
Encaisse Total des moyens Découvert de paiement
Gold Specie
Standard 100 250 150 Gold Bullion 200 400 200
Standard
Et d’en conclure que le bénéfice est égal à 50 (découvert de 200 au lieu de 150).
Sans doute, mais on peut répondre que ce bénéfice serait égal à 50, si l'or retiré de la circulation avait joué dans celle-ci un rôle purement passif, y avait été stérilisé.
Que l’or thésaurisé soit absolument stérile, nous en convenons, mais est-ce également le cas de l'or circulant effec-
tivement ? Rien n’est moins certain et il est très possible, il est probable même que l’or en circulation joue un rôle effectif, qu’il n’est aucunement stérile, qu'il est aussi au contraire générateur de crédit au-delà de sa valeur nominale.
Cependant, objectera-t-on, nous ne possédons aucune preuve tangible de la création de crédit opérée par l’or en circulation. C’est qu’il faut distinguer deux choses dans la création du crédit : le fait brutal qui matérialise cette création et la raison profonde de celle-ci et souvent le lien entre ces deux notions est difficile, pour ne pas dire impossible à découvrir.
Mais c’est surtout indirectement que l’or en circulation effective est générateur de crédit au delà de sa valeur nominale. Nul ne contestera que le Gold Specie Standard donne une plus grande sécurité, une stabilité monétaire plus importante que tout autre système, Gold Bullion ou Gold Exchange en particulier. C’est à cause de cette stabilité même que les banques privées sont moins exposées que dans les autres cas à des demandes inattendues et importantes de remboursement de leurs dépôts à vue. En temps d’insécurité monétaire comme aujourd'hui, une banque est obligée de conserver une proportion très importante de liquidités et l’examen des bilans des grandes banques françaises en 1931 et 1932 est suggestif à cet égard. Sile public est, au contraire, complètement rassuré sur la stabilité monétaire, il sera beaucoup moins porté à réclamer le remboursement de ses dépôts à vue, ou plutôt ne le fera que lentement et progressivement, suivant des lois bien connues des milieux bancaires.
La proportion des liquidités aux engagements à vue pourra être d'autant plus faible que la sécurité monétaire sera plus grande : elle sera inversement proportionnelle à celle-ci :
Ainsi indirectement, l’or en circulation (Gold Specie Standard) libère une partie des liquidités des banques privées et leur permet de consentir des crédits égaux à cette différence de liquidités. Cette somme s’ajoutera encore à la valeur nominale de l’or en circulation, si l’on veut étudier ce que l’on pourrait nommer son «pouvoir d'achat effectif».
Et nous pouvons en tirer cette seconde règle : L’or en circulation effective n’est pas stérile; il sert au contraire à la création de crédit au-delà de sa valeur nominative, quoique la proportion de crédits émis en sa contre-partie soit moindre que lorsqu'il est centralisé
à la Banque centrale.
Mais, objectera-t-on encore, si on admet que l'or en circulation est moins productif que centralisé à la banque, le Gold Bullion Standard donne encore, par conséquent, un bénéfice.
Non pas : car nous rapprochons ici notre premier postulat : l’or, sous un régime de Gold Bullion Standard sera moins productif que sous un régime de Gold Specie, car la banque centrale sera obligée d’en posséder une plus forte proportion par rapport à ses engagements.
Et si nous reprenons les chiffres que nous avions donné tout à l’heure, si nous admettons qu'à une circulation effective d’or de 100 correspond une valeur réelle, un « pouvoir de paiement effectif » de 150 (100 représentés par l'or et 50 par les crédits créés en sa contre-partie) nous aurons désormais les proportions suivantes :
Régime de Régime de Gold Specie Gold Bullion
Standard Standard Éincaisse de la/Banque...............1... 100 200 Moyens de paiement créés en contre-partie DE HEN CAISSE EN Se ee ce nee b 250 400 (billets et dépôts) CireulationetteCLive DODE 0: - se. ee 100 0
Pouvoir de paiement effectif de la circula- DO OPEN tie soie cts na at 150 0
Découvert net né :
defltbDaANnqUE re Mere 150 200 JeNAICIDCUIATION EE rer 50 0 OLA Re ee ee I ste 200 200
La même quantité d’or aboutit dans l’hypothèse à une utilisation égale. Nous avons, à dessein, attribué un chiffre très bas à la création de crédits du fait de la circulation effective d’or.
On peut en déduire que le Gold Bullion Standard n’économise pas l’or, que la somme des crédits créés est toujours sensiblement la même. En mettant les choses au mieux, le Gold Bullion Standard ne donne qu’un bénéfice illusoire quant à l’économie de l’or, bénéfice hors de proportion avec les bouleversements qu’il crée et les dangers qu'il suscite *. Le seul avantage qu’il conserve est l’action plus facile de la banque sur le marché, mais nous tenons pour dangereuse une telle intervention et considérons la liberté du marché comme le moyen le plus sûr d’assurer la bonne marche des affaires.
9. Même avec l’exemple choisi où les chiffres ont été pris aussi bas que possible, il n’en reste pas moins que le danger est plus considérable pour la banque ayant 400 d’engagements avec une encaisse de 200 que pour celle ayant respectivement 250 et 100.
Section Il Les avantages du Gold Specie Standard
Les avantages étant, quant à nous, nombreux et d'ordre différents, nous les rangerons en deux catégories afin de pouvoir les étudier plus facilement : avantages psychologiques et avantages économiques.
$ jer Les avantages d'ordre psychologique
En cas de crise, « il ne reste, écrit Juglar, qu’une marchandise qui soit toujours acceptée sur tous les marchés : ce sont les métaux précieux, l’or et l’argent »#. Ces quelques mots résument tous les avantages d'ordre psychologique que possède le Gold Specie Standard.
Le Gold Bullion Standard, que d’aucuns considèrent comme plus pratique et aussi sûr que le Gold Specie, n’est, en réalité, qu’une porte ouverte à l'inflation. Il suffit, en effet, d’un simple décret, d’une décision du pouvoir exécutif pour supprimer la convertibilité, Il ne peut y avoir de meilleur exemple que la brusque décision prise par les dirigeants de la Banque d'Angleterre, d'accord avec le gouvernement britannique, le 21 septembre 1931. Avec un régime de Gold Specie Standard, avec une circulation intérieure d’or au contraire, on ne peut passer si brusquement d’un régime de convertibilité parfaite à l'inflation. On peut, sans doute, ordonner le cours forcé, faire de l'inflation, mais, à côté de la circulation des billets de banque, subsistera pen-
10. Juglar. Des crises commerciales et de leur retour périodique en France en Angleterre et aux Etats-Unis.
dant longtemps encore une circulation parallèle et non officielle de monnaie d’or qui sera cotée avec une prime sur la monnaie de papier. C’est ce qui s’est produit lors de la Révolution et de la dépréciation des assignats.
Avec le Gold Bullion, avec la centralisation de l’or dans les caisses des banques centrales, la suppression de la convertibilité, due, presque toujours, à une trop importante demande d’or pour l’exportation, est un fait brutal et définitif. Il n’y a, sous ce régime, que peu de suspensions de convertibilité qui n'aient été l’origine d’inflations plus ou moins amplifiées. Avec le Gold Specie, au contraire, à cause des réserves intérieures importantes, une menace d’inflation peut souvent être évitée, en tous cas limitée.
« Le régime de circulation intérieure d’or et de frappe libre est le meilleur remède contre l'inflation, soit de billets, soit de crédit et le plus sûr moyen d'empêcher tout retour dangereux des émissions exagérées »!.
À notre point de vue, la mauvaise situation monétaire actuelle provient en grande partie de l’adoption généralisée du Gold Exchange Standard et du Gold; Bullion Standard. D'un côté, les banques ont proclamé bien haut après la guerre la nécessité de revenir le plus tôt possible à l’étalon-or et de l’autre côté, elles ont refusé de laisser l’or déterminer le volume de la circulation fiduciaire, limiter les engagements de toutes sortes, comme il le faisait avant la guerre et comme il l'aurait fait encore après la guerre si on l’avait laissé agir. Ce ne sont pas les émissions exagérées de la période de guerre qui ont détruit la confiance, mais plutôt celles d’après-guerre, l'inflation généralisée qui eut lieu alors.
« L’accoutumance héréditaire aux monnaies d’or, écrit
i1. L. v. Mises. Theorie des Geldes und der Umlaufsmittel, p. 404.
M. Gaël Fain 2, a plongé des racines profondes dans la conscience économique des hommes et n’a été aucunement abolie par l’accoutumance plus récente aux billets de banque et aux moyens de règlement bancaires. Au risque de passer pour un esprit rétrograde, nous avons constamment soutenu le point de vue opposé : nous estimons, en effet, que la possibilité d'échanger à vue des billets contre des pièces d’or constitue, notamment en période de crise, un
facteur de confiance inappréciable ».
Si l’or joue un rôle considérable, par sa seule présence, en temps de crise, son rôle est moins important en période normale. En pareil temps, des régimes imparfaits, tels que le Gold Exchange ou le Gold Bullion, fonctionnent déjà normalement. Les avantages psychologiques du Gold Specie ne se font sentir pleinement qu’en période de crise économique, qui se complique toujours, à l’heure actuelle surtout, de crise de confiance. Cela tient à ce que le Gold Specie est le système de l’étalon-or complet, alors que le Gold Bullion et le Gold Exchange ne présentent qu’une partie des caractères du véritable étalon-or, n’en ont pour ainsi dire que la façade. «L'or ne domine jamais tant le monde qu’à l’époque des révolutions qui prétendent le supprimer # », et l’adoption de régimes tels que le Gold Bullion ou le Gold Exchange équivaut à une suppression partielle de l’étalon-or, à une diminution qualitative de celui-ci.
Il ne faut pas oublier qu’un étalon monétaire est une garantie contre les émissions inconsidérées : il doit tendre à sauvegarder la valeur de la monnaie et c’est justement en période de crise que cette valeur subit le plus de fluctuations ; c’est donc en vue de cette période qu’un étalon devra être spécialement étudié.
12. Le Capital, édition économique, 7 octobre 1931. 13. G. Paillard, R.E.P.. 1931, p. 1363.
On pourra nous accuser, nous aussi, d’être un esprit rétrograde, mais, comme l’a écrit le Prof. Cannan #4, «le principe le plus rude et le plus simple peut nous convenir mieux pour le présent et pour le futur immédiat ». Quant à l’avenir lointain, nous ne prétendons pas l’engager, il ne faut même pas songer à l’engager.
Les avantages d'ordre économique
On fait toujours état à l’heure actuelle, si on parle de rétablir la frappe libre de l’or, de la stérilisation artificielle de l’or monnayé par les particuliers, de la thésaurisation. Et comme conclusion, on s’empresse de proclamer que le rétablissement de la frappe libre est chose impossible, étant donné la thésaurisation à outrance qui s’ensuivrait.
Personnellement, nous ne jugeons pas la thésaurisation aussi sévèrement qu’on le fait d'habitude. Est-elle un mal en soi? Probablement, certainement même, puisqu'elle immobilise des capitaux plus ou moins considérables dont le rôle véritable serait précisément de concourir au développement économique. Mais la thésaurisation possède également des avantages : elle ne se produira (d’une façon gênante au moins) qu’en période de crise, elle constituera comme un baromètre de la marche des affaires et jouera le rôle de frein à la toute puissance de l'Etat.
Son apparition agira comme un avertissement pour les dirigeants politiques et financiers du pays de prendre des mesures susceptibles d’enrayer le mouvement de méfiance qui se dessine. On a parlé souvent, depuis un quart de siècle surtout, de baromètres économiques ; on a voulu en