‹ Essai sur le Gold Exchange StandardChapitre 87 sur 110 · LE GOLD EXCHANGE STANDARD SYSTÈME MONÉTAIRE DE TRANSITION · texte numérisé non relu

LE GOLD EXCHANGE STANDARD SYSTÈME MONÉTAIRE DE TRANSITION

Nous avons exposé dans nos chapitres précédents, la différence existant entre le Gold Exchange Standard tel qu'il était compris avant la guerre et le Gold Exchange Standard tel qu’on l’a conçu après la cessation des hostilités et surtout depuis la Conférence de Gênes. Nous examinerons, dans une première section, quel est, théoriquement, le but du Gold Exchange Standard. Dans une seconde, nous l’envisagerons plus spécialement comme moyen transitoire, pour déduire de ces raits, dans une troisième section ce qu'est, ce que devrait être, le Gold Exchange Standard.

Section !

Le véritable but du Gold Exchange Standard

- Etymologiquement, Gold Exchange Standard signifie système ayant pour but de fixer la valeur de la devise nationale, sur le marché des changes, à un taux fixe, en corrélation avec l’or envisagé comme étalon monétaire.

$ 1er Le Gold Exchange Standard procédé de stabilisation du change

Pour fixer la valeur du change après une période d’instabilité monétaire, un gouvernement a le choix entre plusieurs décisions possibles : revenir à l’étalon-or pur et simple (Gold Specie ou, plus souvent, Gold Bullion), consolider pendant quelque temps un état de fait sans effectuer de réforme définitive (Gold Exchange Standard de fait) ou adopter de jure le Gold Exchange Standard. La seconde solution fut la politique de la Banque de France de 1926 à 1928 : elle offrait d'acheter ou de vendre à un taux fixe toutes les devises qui lui seraient offertes ou demandées, jouant ainsi le même rôle que par exemple, l’Officina de Cambios en Argentine avant la guerre. Ce ne fut qu’à la suite de deux années de ce régime qu’elle adopta définitivement le Gold Bullion Standard.

Ainsi, dans le cas de la Banque de France, l’adoption du Gold Exchange Standard n’avait eu pour objet que d’être un palier entre deux états tout à fait différents : l’étalon de change-or avait servi à préparer l'introduction de l’étalon-or proprement dit. En effet, la succession immédiate de la convertibilité absolue, quoique limitée, par certaines conditions (loi de 1928) à un régime d’inconvertibilité totale (de 1914 à 1926) aurait pu avoir des inconvénients. L’acclimatation se faisait plus facilement avec un régime transitoire ; c'était, en somme, une expérimentation préalable. Elle permettait, en outre, à la Banque de reconstituer lentement son stock d’or sans gêner le marché de ce métal par des acquisitions importantes et brusquées.

On a pu critiquer cette période de pré-stabilisation qui a

(oe. UEANQES

duré de 1926 à 1928, on a pu la trouver trop prolongée et s’effrayer de l’accumulation considérable des devises : il n’en reste pas moins qu’elle était, en principe, une bonne chose et qu’elle répondait au but même du Gold Exchange Standard qui est la stabilisation des changes de fait avant de recourir à la stabilisation de droit.

L'exemple de la première réforme monétaire belge nous montre les dangers qui peuvent résulter d’un taux de stabilisation mal choisi et ne répondant pas parfaitement aux conditions économiques du pays !. La Belgique aurait sans doute eu grand avantage à prolonger une période d’incertitude, gênante certes, surtout dans un pays industriel exportant beaucoup, mais qui aurait permis de constater à moins de frais que le taux envisagé alors ne correspondait pas à l’état réel des choses.

On pourrait épiloguer de même sur l'introduction du zloty polonais à la parité du franc de Germinal, et, poussant plus loin le raisonnement, il serait également loisible de regretter que les différents peuples de l'Union Latine et tous ceux qui possédaient avant guerre, comme unité monétaire le franc ou une monnaie de valeur identique, n'aient pas attendu quelque temps de plus et n’aient pas conjugué leurs efforts afin d'adopter un taux de stabilisation semblable. En ce qui concerne notamment l'Italie et la Belgique, le taux de stabilisation français se serait sans doute fort bien adapté à ces deux pays.

$ 2 Le Gold Exchange Standard, moyen empirique Il résulte du paragraphe précédent que le Gold Exchange Standard est un moyen et non pas un but en lui-même. II

1. V. Orvain, Lo stabilisation du franc belge et la bibliographie citée.

n’est pas, en effet, le fruit d’une théorie comme par exemple le mono-métallisme-or ou même la monnaie dirigée; ce n’est qu'un moyen d'arriver à quelque chose de meilleur, moyen que les circonstances firent naître et non la doctrine.

Ce n’est pas que nous reprochions au Gold Exchange son origine bâtarde : certains systèmes monétaires ont été le fait des circonstances plutôt que des théories et n’en ont pas moins brillamment réussi. Dans cet ordre d’idés, on pourrait prétendre que le bi-métallisme, le double étalon est né des circonstances : il n’a été qu’un palier entre le lisme argent et le mono-métallisme or. Petit à petit, le métal jaune gagna une importance de plus en plus considérable par rapport au métal blanc et aux dépens de celui-ci, et lorsque la suprématie de ce dernier ne fut vraiment plus soutenable, on en vint à un compromis entre les deux systèmes, car autrement la transition eût été trop brutale. Le bi-métallisme trouva ensuite des théoriciens qui prétendirent voir en lui le système le plus favorable pour l’économie mondiale. Sans doute, mais il n’en reste pas moins que le bi-métallisme est, à notre sens, moins naturel que le mono-métallisme. D'autre part, l'établissement d’un rapport fixe entre deux marchandises (or et argent, par exemple) est absolument contraire à toutes les lois économiques et naturelles qui supposent un marché libre et des fluctuations différentes pour chaque produit.

Sans doute, est-il difficile de parler d’un système monétaire «naturel » : chaque régime, quelqu’il soit, est le résultat d’une lente évolution, le fruit de perfectionnements constants. Parmi les opérations complexes qui constituent l'acte d'évaluation d’une marchandise, d’un bien déterminé, seule la perception de la chose elle-même est naturelle à l'homme. La comparaison qui résulte de cette perception

ne l’est pas : elle ne constitue qu’une habitude, une habitude qui est devenue tellement forte qu’elle s’est transformée en un reflexe normal de notre individu ; on peut dire qu’actuellement il n’y a guère de perception qui ne soit suivie d’une comparaison évaluative. Mais, bien qu’à l’origine seule cette perception ait été naturelle, on peut néanmoins prétendre que certains systèmes monétaires sont le résultat normal de l’évolution qui s’est faite : perception, comparaison, évaluation, pratique du troc ; à son tour, l’évaluation de toutes les marchandises en fonction d’une marchandise type est le corollaire presque obligatoire d’un troc perfectionné : c’est le mono-métallisme argent ou or.

De même, évaluer les biens en prenant comme base la valeur de chaque produit par rapport à chaque autre produit est également une solution qui théoriquement se conçoit (le résultat en est l’index number standard). Mais l’idée du double étalon au contraire, qui forme la transition entre ces deux solutions extrêmes, est une thèse de convertis, de renégats, comme le prétendait Bourguin ?.

Or, le rôle qu'a eu le bi-métallisme, c’est-à-dire de conduire lentement du mono-métallisme argent au mono-métallisme-or est exactement celui que possède, dans un domaine légèrement différent, le Gold Exchange Standard. Il n’est, lui-aussi, qu’un palier, qu’un essai d'adaptation. On a pu également essayer de le justifier en théorie ; on a peut-être pu y parvenir jusqu’à un certain point, mais il est possible de trouver, pour tout, des arguments. Il n’en reste pas moins que le Gold Exchange n’est pas un produit

Page 1