Gregory. The Gold Standard and its Future, p
en leur prêtant de l’argent à un taux fixe. Et ils rappellent à ce sujet la parole de Napoléon sur la Banque de France, disant que celle-ci avait été créé uniquement pour escompter
à 5 % les traites de toutes les maisons françaises solvables.
Et cependant la Banque de France a subi, dès l’origine, un contrôle assez sévère de la part du gouvernement. L'exemple le plus en faveur auprès des libéraux est celui de la Banque d’Angleterre qui, « en opposition avec sa grande rivale (la Banque de France) est dirigée absolument sans intervention gouvernementale. Elle n’est même pas dirigée par des banquiers. Elle a un conseil (a board) de directeurs qui, par une longue coutume, ne doivent pas être banquiers; ils élisent parmi eux un gouverneur et un vice-gouverneur (deputy governor), dont le pouvoir ne dure que deux ans »2. Et les partisans de la théorie libérale de conclure : la Banque d'Angleterre est indépendante du contrôle de l’état et c’est la banque centrale qui a donné le plus magnifique essor aux affaires et aux entreprises de son pays, c’est la banque d’émission qui a le mieux rempli son rôle. l
Il n’y a d’ailleurs pas que l'exemple anglais, il existe, notamment celui de l'Autriche. « L'expérience autrichienne écrit M. Raphaël-Georges Lévy ?, est des plus instructives. Aussi longtemps que l’état s’est mêlé d'émettre des billets, le désordre a régné. La coexistence de deux circulations, émanant l’une des caisses publiques, l’autre d’un établissement particulier, a été une source de difficultés. Elle à été une cause permanente d’instabilité des changes étrangers et a rendu par conséquent plus précaires et plus m-
2. Taussing. Principles of Economics, t. 1er, p. 370. 3. Banques d'émission et Trésors publics, pp. 141-142.
certains les rapports commerciaux et financiers avec les autres pays. L'enquête prolongée à laquelle l'Autriche a procédé vers la fin du xix® siècle, avant de décrêéter la réforme de son système fiduciaire, a démontré une fois de plus la justesse de la théorie qui demande la séparation absolue des fonctions de gardien de l’étalon monétaire, qui incombe à l’état, et de celles de régulateur de la circulation, qui est le propre des banques ».
En remontant, d’autre part, dans l’histoire financière du monde, on constate, toujours d’après la même théorie, que toute tentative d’émission par l’état ou par un organisme affilié à l’état, n’a pas réussi ; ainsi les assignats. On doit donc rechercher, concluent les partisans de cette thèse, la plus grande liberté possible des banques centrales, aussi bien que des banques privées.
La théorie de l’étatisation de la banque centrale au contraire procède d’un principe opposé : la banque d'émission a une activité tout à fait différente de celle des banques privées, son action intéresse l’économie nationale et le pays tout entier, d’autre part, elle possède des moyens d’action extrêmement énergiques lui permettant d'agir dans un sens ou dans l’autre sur les autres entreprises, on ne peut donc laisser à des particuliers ce pouvoir par trop considérable ; puisque l’action de la banque centrale intéresse l’activité de tous les individus et de toutes les entreprises du pays, il importe d’en faire un organisme national qui ne se ressente pas de l’influence de tel ou tel clan.
Il y a eu dans notre pays, plusieurs propositions ayant pour but de remplacer la Banque de France par une banque d'Etat. Nous ne pouvons entrer dans le détail des discussions ; bornons-nous à constater que si ces propositions
n’ont pas été acceptées par le Parlement, on n’en a pas moins renforcé le contrôle de l'Etat, d’abord lors du renouvellement du privilège, lors de la réforme monétaire de 1928, et même en dehors de ces faits 4.
Il est difficile de prendre parti soit pour la liberté, soit pour l’étatisation de la banque d’émission. Comme le remarque fort bien Hawtrey, « la question (de la liberté bancaire en général) n’est pas de celle qui peut être résolue par des principes généraux » 5. [l convient de faire la part de la théorie et des faits.
Entre autre, il importe de savoir ce que l’on entend par étatisation ou par un contrôle gouvernemental sévère : si, comme on le préconisait à Gênes, ce contrôle devait s’opérer uniquement dans un sens financier et économique et non politique, il peut être souhaitable, indispensable même à certaines époques. Mais nous craignons que ce contrôle d’ordre financier ne devienne parfois une arme politique, tant en ce qui concerne la politique extérieure que la politique intérieure. Or, « il convient d’affranchir les banques d’émission de toute influence d’ordre politique et d’en assurer le fonctionnement uniquement d’après des méthodes financières prudentes » 6-7, Nous pensons comme M. von Mises que « pour le présent comme pour le futur immédiat, il (l’interventionnisme) n’est pas encore müûr»$.
Mais où découvrir alors, si on se refuse à adopter la thèse de la liberté absolue des banques centrales, le prin-
4. Sur la proposition faite de remplacer la Banque de France par une banque d’état. V. Servais. Les banques d'émission, pp. 96-98.
5. Hawtrey. Currency and Credit, p. 233. V. également Hawtrey. The Economic problem, pp. 363-366.