CHAPITRE IX
OUGIMB DUl^NGAGB*
Le langage nous est suffisamment connu dans sa nature ; un mot maintenant sur son origine.
D'où sortent les systèmes de^signes dont la pensée 9e sert pour se produire? Quel en est le premier^ le yéritable père? Est-e« Fhomme ; est»ce Dieu?
€ Ce n'est pas l'homme, nous crient les théologiens et avec eux quelques philosophes dont 1* indépendance ne saurait être contestée *^. L'homme est un animal essen* -iiellement social. La société est née le jour même où Tespèce humaine apparut sur la terre. Or , il n*j a pas de société sans langage. Nos premiers parents recurent donc en naissant de la providence divine , avec les autres conditions utiles au commerce qui devait s'établir entre eux , les moyens de communication sans lesquels leur destination eût ^té manquée *^. -"— 11 était impossible » en effet 9 que l'homme débutât , à son entrée di^«s. la vie , par là découverte f par T invention d'une sen^blable merveille. Une langue est un chef-d'oeruvre, que l'intelligence la plus heureusement douée , mais réduite à ses forces natives ^
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ne parviendrait jamais à concevoir , ni par conséquent à former ^^. - — La parole » d* ailleurs , qui attache arbitrairement telle ou telle idée à tel ou tel symbole matériel» ne snppose-t-elle pas , entre les membres de la société qui en use une convention expresse , et comment » sans un langage préalable , s'entendre ainsi et se concerter .*^*? — D'où il résulte qu'à 1* origine des âges une langue toute faite nous a été donnée » dont celles qui l'ont suivie ne sont et ne peuvent être que des altérations et dés transformations ^*^! »
Que les innombrables dialectes successivement ou simultanément parlés » depuis l'apparition de l'homme en ce monde ^ dans les diverses contrées où il lui a été permis de s'établir y descendent tous d'une langue primitive qui en serait la mère, c'est une question que l'expérience essaie en vain de résoudre. Les analogies que la philologie croit saisir entre les idiomes dont l'accès ne lui est pas interdit sont évidemment trop restreintes, elles s'expliquent par trop de causes différentes de celle qu'on leur assigne ^** , pour que la thèse à l'appui de laquelle on les invoque en tire un argument péremptoire. En supposant même à ces rapports une portée plus étendue , une signification pins précise , en admettant qu'on en inférât légitimement la parenté 9 la filiation des dialectes connus , ne faudrait-il pas toujours convenir que plus d'une langue a passé dont aucun souvenir ne nous reste? et ces tombes à jamais fermées tt'élèvent-elles pas quelque sourde protestation contre les téméraires conjectures qui en prétendent pénétrer les secrets ? — L'induction psychologique est-elle sur ce point plus heureuse que l'érudition? Sans doute, nous sommes
voués à la soeiëtè , et aoiifi avous reçu en même temps que l'existauce tout ce que réclamait de nous T^tat auquel 90U8 ëtioos appelés. Mais ne noas exagéroDs par les exigences de notre couditioii primitive. N'agrandissons pas outre mesure > par un anachronisme grossie , le cercle des relations que devaient soutenir entre eux les mendbres de la ctlé naissante ; ne confondons pas Ti^nfance dés peuples avec leur maturités Lorsq4M$ rhomne sortit des mains da Dieu pour occuper , dans TiOirdre de la création f la place qui lui était marquée, à T instant néme des Jfiens éfaroîto Tattaduérentàtoutcequi Tenlourait.Ce ne fut pas seulement avec les êtres qui sentaient/ qui penmmd 9 qui aimaient comme lui , mais avac la nature en^ iière » vivaaie ou morte, qu'il forma alliance. Cette alliance f d'ailleurs » tout extérieure ^ touie soperfic^le , me pouvait faire aucune différence entre la persenne et ia ckcNse^ entre la matière et l'esprit* L'homme , en enlraAt dans la vie« n'eut donc pas plus besoin d'un langage quelconque pour 8*unir à ses semblables > de cette unitta qui ^aît alons possible , qu'il n'en a besoin aujourd'hui «corepo«r se mettre en rapport avec l'eau que TQtée le fleuve, le fruit qui pend à l'arbre, la montagne qu'il 3m fautigravir. -«^ Cependant , après avoir identifié un imoment les existences les plus diverses , il en vint fapidement a distinguer ce que primiti veinent il avait confondu* Son regard qui d'abord s'était arrêté à l'enveloppe humaine soupçonna bientôt et alla chercher TiVme aurdelà du coips. Des relations nouvdles s'établirent. Quelques signes naturels comblèrent l'intervalle qui séparait les intelligences • et la première langue naquit.
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Informe, comme la pensée qu'il avait à traduire, ce langage, loin d'oiTrir dans sa composition des indices frappants d'une grande puissance intellectuelle , dénonçait au contraire , ps^r les mille défectuosités dont il était entaché > la faiblesse et l'impuissance du génie qui l'enfantait ; et' pour qui se représentera sans prévention ceis ébauches grossières dont, grâce au travail des siècles, nos idiomes actuels sont sortis , nous ne craignons pas de l'aflBrmer , il n'y aura pas la contradiction la plus légère entre le produit et l'agent producteur , entre l'effet et la cause. — Quoi donc? une convention tacite ne suffisait-elle pas à sanctionner la signification que les symboles naturels et les signes artificiels qui peu à peu s'y ajoutèrent prenaient pour ainsi dire d'eux-mêmes ; et la parole étaitelle plus nécessaire à ceux qui instituèrent la parole , que le marteau et la hache à ceux qui inventèrent la hache et le marteau ?
Les objections- qu'on élève contre la philosophie qui rapporte à l'homme l'invention du langage sont doac facilement levées. Celles que susciteraient les doctrines qui en attribuent l'institution à la toute puissance divine , n'inquiéteraient-elles pas plus sérieusement la raison? C'est de Dieu, dites- vous; que nous tenons notre premièrelangue : comment expliquer ce présent fait à la créature, par le Créateur ? De deux choses l'une : -r-. ou nous avons reçu en naissant avec nos connaissances les signes propres à les exprimer; et alors il faut admettre qu'antérieurement à toute expérience , nous savions ce que l'expérience., c'est-à-dire un rapport actuel de l'intelligence avec, son objet , peut. seule nous apprendre ; qu'avant d'avoir vu. cet
arbre» nooi en avions et Tidèe , et qui plus esl le nom ; «-« ou bien qu'aux premiers jours du mondes le Père tfuprême^ comme le Mentor de rOdjstée , accompagnait sous unct forme Tisible Thomme encore enfant dans la vie , et lui nommait , i mesure qu'ils tombaient sous son regard , les différents phénomènes soit de Tordre physique , soit de Tordre intellectuel et moral. De ces deut hypothèses , la première est un non^sens ; nos facultés sont innées sans douté ; mais leur exercice et les modifications qui en vu* sultent f évidemment ne le sont point *'*. Quant à la seconde [Ihuêêx machina) f quelqu' attrayante qu'elle soit pour l'imagination , elle est de celles dont on a trop abusé pour que la science l'accueille à la légère. Ne recourons au surnaturel que là où le naturel nous abandonne. De deux explications qui supposent» Tune l'action régulière des lois auxquelles l'univers est soumis » l'autre leur suspension momentanée » c'est celle-là que la réflexion accepte. Ne multiplions ni les êtres » ni les miracles » sans une invincible nécessité **'.
En général » ceux qui répoussent l'origine humaine du langage sont les héritiers directs de ceux qui ont repoussé si longtemps Tastronomie nouvelle; leurs arguments tiennent à un ordre d'intérêts et d'idées » avec lesquels la science n*a rien à voir **^.
Comme toutes les facultés dont nous sommes knuuis » la faculté de parler vient de Dieu ; comme tous les produits que ces instruments nous donnetat » la parole vient de l'homme. En vient-elle fatalement, inévitablement? Est-ce là une de ces fonctions qui s'accomplissent en nous et par tous» mais malgré nous? Si nous en croyons TAUe-
magne , la pcdséô et le son qni rexprime sont (éllemcot unis (|ii'ils ne peuvent aller et ne vont jamais l'un sans ràulre; dès que l'esprit penise , la bouche arUcule ; în^ complète ; informe par ellè-ffiême , l'Idée ne s'aehève , né se détërâiinê qu*en se nommant ; la parole est à la faculté de penser , ce que roreîlle est à la faculté d'enlcqdre > rœîlâ la faculté de voir > ou plutôt, comme lé eorps et rainé , la parole et la pensée ne sont qu'un ****
Protestons d* abord, au nom de là philosophie spiri'^ lualistè à laquelle nous appartenons , contre le panthéisme écrïr en toutes létlres dans la doctrine que nons tenons d*îhdîquer***. Il n est pas vrai que le moral et le physîqne de ï* homme soient deux points de vue différents d'une seule et même substance, d'un seul et même être. L'âme se distingue profondément du cotps.
L*âme, fc*est Thomme lui-même, é'est f homme tout entier. Le corps n est qu'un organe dont nos premiers développements réclamaient momentanément le concotirat ^ mais qu*tïn jour ou un autre , aprèisi nous en êtte servis comme d'un moyen , nous repousserons enfin eomme un obstacle. La cité Céleste qui nous attend et pour laquelle les cités de la terre nous préparent ne connatt pas la matière ; le royaume de Dieu , c'est le royanme de Tesprit.
N'attachons donc pas par d'indissolubles liens la vié de l'âme à l'eKistence du corps. Ne condamnons pas nos facultés intellectuelles et morales à traîne^ éternellement la lourde chaîne des sens. Ne faisons pas d'une condition passagère de notre éducation une de ces lois irrévocables qui tiennent i Vessence même des choses et ne peuvent périr qu'avec elles.
Ed soi et au fond , pour que la pensée apparaisse f quelles données la raison demande-t-elle? Voici , d*im côté y une faculté capable de connaître; de l'autre, un objet propre à être connu ; un rapport s'établit entre cette faculté et cet objet. Que. tous faut-il de plus? L'intelligence perçx)it le phénomène qui tombe dans le champ de sa vision ; elle s'en forme par cela même une notion telle quelle. La pensée est là, j'imagine. Mais le langage » je ne songe pas à l'y cherclierl
On l'a dit avec beaucoup de sens : la parole n'est pas une fonction de l'individu ; elle est , comme le sexe , une fonction de l'espèce**^. Supposez l'homme isolé; le langage serait un hors d'œuvre ; il ne serait pas. En est-il ainsi de la pensée? On ne parle qu'à deux ; mais ne peuton pas penser seul? Est-ce que Dieu ne pense point?
La parole est une fonction intermittente » comme le besoin auquel elle répond : la pensée tient par plus de points à l'existence ; aussi ne se suspend-elle » ne s'interrompt-elle jamais. Je conçois la vie sans le langage; sans la pensée , je ne la conçois pas !
Mais, en fait» la pensée n'est-elle pas toujours unie à la parole? Parler, n'est-ce pas penser tout haut et pour les autres? Penser, n'est-ce pas se parler à soi-même tout bas"'? On pense sa parole, comme on parle sa pensée"^; ces choses ne se séparent point.
* Admettons qu'en effet , dans l'état actuel du monde., il n'y ait pas de pensée sans parole intérieure ou extérieure; en faudrait-il conclure qu'il en a toujours été ainsi? ^Le présent nous donnerait-il légitimement le passé ? Ignoronsnous donc la toute-puissance de l'éducation et de l'habi-
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lude sur nos développements physiques et spirituels? Dès nos premières années» nous sommes exercés à nommer les objets en même temps que nous apprenons à les connaître; ridée et le mot nous sont simultanément enseignés* Il nous importe d'ailleurs au plus haut degré de retenir le signe qui nous fera comprendre et qui seul nous mènera au but vers lequel nous tendons. Ce n'est pas à l'idée que je puis m'étre formée de l'aliment qui me rassasie , de la boisson qui me désaltère , mais bien aux symboles qui expriment ces idées , que je devrai , à cet âge où je ne me suffis point à moi-môme » la satisfaction des appétits dont je suis tourmenté. Il est tout simple que j'enchaîne étroitement , à cette é[)oque , la pensée et la parole qui l'extériorise : de jour en jour cette union prend plus de consistance ; et d'artificiel qu'il était au début , notre procédé » grâce à l'usage, est en quelque sorte devenu naturel. Plus tard, lorsque l'écriture fut découverte (l'écriture dont je m'étonne qu'on ne nous conteste pas aussi l'invention) , les esprits cultivés qui se familiarisèrent avec cet art nouveau ne s'en tinrent pas à l'association vulgaire de l'idée et du signe parlé qui la représentait ; le signe écrit vint s'y adjoindre, et la notion prit un double corps. Un mandarin probablement ne pense pas plus avec la langue qu'il articule qu'avec celle qu'il peint ^^ , et nos lettrés européens prononcent-ils un mot sans le lire , c'est-à-dire , sans l'écrire intérieurement ? Essayez , vous qui voulez bien méditer avec moi sur ces graves matières , de penser le nom de Socrate et de ne pas vous figurer les sept caractères dont ce nom écrit se compose, dans l'ordre où en récrivant vous les disposeriez ! Nous pensons donc aussi notre
dcrilure » comme nous écrivons notre pensée ; en conclura- t«on que la pensée et l'écriture ne sont qu'une seule et même chose , et que l'homme ne pense que parce qu'il écrit?
Mais est-'il hien vrai qu'aujourd'hui même nous ne sur* prenions pas quelquefois la pensée dans sa pureté » dans su nudité t sans avoir , pour aller jusqu'à elle » & soulever le voile qui habituellement la couvre? — A chaque instant f le mol que mon idée appelle lui échappe ; l'idée est li qui attend son symbole ; ce symbole ne lui est donc pas Indissolublement uni *^*. — Ne nous arrive-t-il pas fréquwmient , lorsque nous faisons effort pour traduire exactement notre pensée , de murmurer contre l' impuissance des ternies que nos langues mettent à notre dispo-^ sitiou? Ne sentons^nous pas qu'une portion de l'idée que nous avions h rendre demeure inexprimée au fond de notre intelligence » d'où il n'a pas été donné à son expression de la tirer tout entière *^? «^ Comment , si l'idée et le signe ne se séparent point p prenons-nous un nom pour un autre ? Qu'est-<:e que la propriété et l'impropriété de l'expression? -— Non : ce n'est pas une seule et même opération qui , dans la sphère de la nature ou dans celle des arts » découvre un élément nouveau . une combinaison nouvelle > et qui frappe le signe sous lequel Tidée que nous avons acquise se produira et circulera ^^^
L'idée se conçoit donc et s'observe , dans plus d'une circonstance, abstraction faite et indépendamment de toute espèce de symbole. A plus forte raison la concevrons-nous et pourron&-nous l'observer séparée de telle ou telle classe particulière de signes ^ du cri nature]^ par exemple , et do
la voix. L'écriture hiéroglyphique, qui peint directement k pensée 8ans se préoccuper de soû expression auriculaire, démontre assez » ce nous semble , la vérité de notre asser* tioD , et n'est-ce pas quelque chose d'étraqge que cette identificaticHi absolue du sou et de l'idée à une époque oà la langue inventée pour les malheureux auxquels la parole a été refusée s'est élevée à un si haut degré de per^ ibetton?
Souvent , pour ruin^ un principe 9 il ne faut que lui faipe ou lui laisser rendre quelques-unes de ses conséquences. Si l'animal» nous dit intrépidement Becker>^ ne parle pas sa pensée comme l'homme , c'est que l'homme seul pense , c'est que Tanimal ne pense point *^ !
Le langage , n* est-ce pas une monnaie dont la pensée est la valeur, dont le son est le signe sensible? L'or, en tant que métal /peut préexister à l'idée de valeur ; entant que monnaie, il en suppose la préexistence. Le son peut ôtre avant la pensée , comme son , comme phénomène physique; comme signe, comme expresâon d'un phénomène intellectuel , n'en suppose-t-il pas l'antériorité ?
Point de combinaison sans l'existence préalable , indépendante , des éléments qu'elle assemble! Le langage réunira-l-il , pour les combiner , le son et la pensée , si préalablement la pensée et le son n'existent pas séparés?
Avant de parler, l'homme pense et crie ; il pense et crie sans soupçonner le rapport qu'il peut établir un jour, qu'il établira bientôt entre ces deux phénomènes. Le cri primitif de l'enfant qui souffre ti'a pas plus de sens, il ne eonstitue pas plus un langage, que le cri de l'arbre qui éclate , de l'essieu qui se rompt.
CèpendaDi renfant rema^rque^ il ne jieut pas ne pas remarquer l'union instituée par la nature entre telle ou telle affection qu'intérieurement il éprouve , et tel ou tel ébranlement de ses organes ; entre le plaisir dont il jouit , par exemple , et Taccent que dans une circonstance de ce genre prend involontairement sa voix. Cette observation ^ il ne la fait pas seulement sur lui-même ; il la fait encore sur ceux qui Tenlourent. Tel ou tel mouvement corporel^ lui apparaît comme lié chez eux à telle ou telle disposition volontaire dont l'explosion lui est bonne ou mauvaise ; il reconnaît à des iodices certains la pilié et la colère, la haine et l'amour. Mais tout cela est appris. L'école écossaise nous prête ici une faculté interprétative qui d'ellemême , sans éducation , indépendamment de toute expérience, découvrirait à la première vue, dans la voix, dans le geste , dans le regard , les^sentiînenls , lés pensées , les affections de l'âme ***. C'est une pure fiction. Ici comme partout , nous percevons ce qui est perceptible ; doua* induisons le reste. Si j'ai perçu directement chez moi la douleur et le cri qu'elle m'arrache , il me suffit de per-* cevoir chez vous un cri analogue à celui qui m'aura échappé; je vous placerai , par une induction nécessaire ^ dans l'état de souffrance où j'étais précédemment moimême. Votre geste , au contraire , votre attitude me sontils complètement inconnus? J'attends, pour leur donner un sens , que quelque complément leur soit ajouté qui en* précise la valeur , (fui en détermine la portée. Après vous^ être ainsi posé devant moi , vous me caressez? désormais celte pose m'indiquera la bienveillance; vous me frappez? j'y reconnaîtrai la menace. Nous ne parvenons pas autre-
ment à voir l'effet dans la cause , l'absent dans le présent, ce qui sera dans ce qui est.
Le langage n'est pas là encore. Un mouvement organique s'associe fatalement chez nous à tel ou tel développement spirituel ; nous r avons remarqué; mais nous no tirons aucun parti de notre expérience; comme par le passé f nous abandonnons cette association à la nature qui la produit seule , et sans que notre personnalité j prenne la moindre part; nous continuons à mettre notre âme dans notre voix qui la révèle, de même que le fruit se met dans la fleur qui l'annonce , le tonnerre dans l'éclair qui le prédit. Qu'importe que nous sachions ce qui se fait f si notre savoir est stérile , si les choses restent après , et sans modification aucune, ce qu'auparavant elles étaient? Cette révélation de l'intérieur par l'extérieur est un indice, un indice qui a la conscience de lui-même ; elle n'est pas un signe. Que la volonté intervienne ; qu'elle s'empare de l'opéra tioû naturelle! tfne intention qui nous est propre pé-, nètre le phénomène. Il n'ira plus, comme autrefois, où l'emportait la nature ; c'est de nous que lui viendra la direction qu'il va suivre ; nous avons nettement déterminé la fin dont il sera le moyen . Forts de cette invincible croyance f que tous les hommes , dans des circonstances identiques , sentent et pensent de même ; que nos semblables par conséquent savent ce que nous savons , comprennent ce que nous comprenons , nous imprimons librement & notre organisation un de ces mouvements dont s'accompagnait naturellement telle ou telle affection de l'âme ; et cela, avec l'intention formelle d'éveiller dans une intelligence étrangère , à laquelle s'ouvre la nôtre , Tidée que nous y at-
tachons. Le symbole alors se transforine ; marqué 4e celle empreinte humaine , l'indice est devenu une véritable parole. Le langage naturel est constitué. Ces fondemeots une fois assis p l'édifice s'élèvera peu A peu » et sans qu'aucune diSiculté sérieuse arrête le travail des Ages. Du cri primitif plus pu moins arbitrairement brisé et modifié , naissent des sons distincts que nos premières id^^ » pour s'exprimer p «e partagent entre elles. Bientôt ces sons élénaentaires se combinent sous mille influences diverses , et une source intarissable do symboles est ouverte à la pensée. L'intelligence cependant y puise à pleines mains, et les langues se forment 9 plus ou moins semblables , plus ou moins diverses » selon que les çirQOQstances au milieu desquelles elles s^e produisent se ressemblent ou diffèrent. Au début et è la base > ici comme partout , Vuniformité avec et par la nature ; plus tard » et pour couronner l'oeuvre , la variété avec et par la liberté !