‹ Essai sur le langageChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES DKÇX ÊLftMBNTS DU LA^IGAfiB, ET DE l'OROHJI DANS LEQUEL CES DEUX ÉLÉMENTS DOIVBf^T ÊTRE ÉTUDIÉS.

Les différents problèmes que la philosophie du langage se propose de résoudre présentent donc à l'analyse de bien ffraires difficultés ! Vainement agitées par les plus beaux génies de tous les pays et de tous les âges, ces questions pour la plupart sont encore des questions^!

Serait-ce que la vérité y sur ce point comme sur tant d'autres f se cache dans des profondeurs où il ni* est pas donné à Thdhime de descendre? Il n'en est rien, à ce qu'il semble. Le langage ne quitte point la terre que nous foulons ; l'observation peut le suivre dans toutes ses phases et à tous les degrés de son développement. Si quelque objet nous reste constanament accessible , n'est-ce pas celui-là ?

Mais il ne suffit pas, pour qu'une science se fonde, que les matériaux dont elle doit former un ensemble soient à notre portée et que des travailleurs sans nombre mettent la main à l'œuvre avec une infatigable ardeur. En se livrant sans réserve et sans mesure à son impatience

native , T intelligence dépense trop souvent en pure perte des trésors d* énergie. Ce qui fait notre force en ce monde, ce n'est pas tant la vigueur que l'adresse ; le succès n'est pas à qui heurte violemment l'obstacle, mais à qui le tourne habilement ; la puissance poar l'homme, c'est l'art.

L'art a presque toujours manqué aux grammairiens philosophes qui ont tenté jusqu'ici la théorie du langage. Nous les voyons pour la plupart se précipiter en aveugles dans l'obscur labyrinthe et s'y perdre ; ils ne songent pas a se munir, avant de commencer leur course aventureuse, du flanibeau dont leurs pas auraient dû s'éclairer.

Aussi Terreur fut-elle habituellement leur partage! Ce n'est pas que quelques-uns de ces téméraires investigateurs n'aient fait de loin en loin d'assez heureuses rencontres ; on a parfois du bonheur à défaut de prudence ; le trait qu'on lance au hasard et les yeux fermés peut, un coup si|r mille, aller droit au but et le toucher. Mais la vérité rnême , lorsqu'elle est ainsi surprise , ne saurait établir ses litres aux yeux de la raison ; conmie #lle n'est alors que le fruit d'une bonne fortune , elle ^erd ses {rfus précieux avantages; l'évidence lui manque; le doute s'y attache; au lieu d'une assertion logique et nécessaire, nous n'avons qu'une adirmation arbitraire et rapricieuse ; c'est une hypothèse et rien de plus'. Ne faisons pas en grammaire ce que les Pythagoriciens firent en astronomie : le système planétaire avait été imaginé chez eux ; chez nous il fut découvert : Nicétas n'est qu'un poëte* ; après lui Ptolémée sera possible encore : Copernic est un géomètre ; après lui la science n'admettra plus que des Newton et dos Kepler.

Quelle est ceCte boussole que nos prédécesseurs ne connaissaient point , et dont aujourd'hui, grâce au progrès des temps , Tusage commence à devenir vulgaire? Quelle est cette méthode qui , tout en nous donnant la vérité , l'asseoit et raffermit?

Le langage n'est pas un fait simple , indécomposable ; c'est une combinaison que l'analyse peut dissoudre. Deux éléments s* j rencontrent : l'un, l'élément principal; substantiel , la pensée ; l'autre , l'élément secondaire , formel, le phénomène matériel dans lequel la pensée semble se déposer. En général , les grammairiens ont concentré presque exclusivement leur étude sur l'élément formel , n'accordant guère à l'élément substantiel que ce degré d'attention qu'ils ne pouvaient lui dérober. Pour nous mettre en possession de toutes les données nécessaires à la solution que nous cherchons , nous étudierons avec le môme soin la substance et la forme.

Notre. étude sera complète ; il faut, de plus, qu'elle soit rationelle ; il faut qu'elle commence par où elle doit commencer, finisse par où elle doit finir. Nous avons ici deux éléments à reconnaître , la pensée et l'expression , la chose signifiée et le signe. Or, le signe, en tant que signe , n'est évidemment que ce que le fait être la chose signifiée ; autant vaut la pensée , autant vaudra l'expression qui la représente. Muet par lui-môme , le phénomène matériel n'a de voix que celle qu'il reçoit de l'idée à laquelle il s'enchaîne ; c'est l'idée que nous entendons dans le son qui lui sert d'interprète. Supprimez le contenu intellectuel que le mot vous apporte ; le mot n'est plus qu'une écorce vide, la parole n'est que du bruit. Vou-

lons-nous comprendre T expression? comprenons préalablement la pensée qu'elle produit. Voulons-nous séparer par leurs diversités y rapprocher par leurs ressemblances les signes de nos idées? séparons d'abord par leurs diversités , rapprochons par leurs ressemblances nos idées elles-mêmes : ces rapports d'analogie ou d'opposition , nous ne les trouverons que là où ils sont réellement, c'està-dire dans l'élément intérieur du langage , dans ce qu'on peut appeler son esprit ; nous les chercherions en vain dans son élément extérieur , dans ce qu'on (>eut appeler son corps.

En attendant , tenpns soigneusement l'expression à l'écart. Les notions que jusqu'ici nous avons pu nous en faire nous donneraient continuellement le change sur l'essence et la nature des modifications intellectuelles qu'elle est censée représenter ; pour finir par la bien voir et la bien connaître , commençons par la négliger entièrement , par ne la pas regarder ; notre étude , avant d'être grammoficate, sera dohc exclusivement idéologique : c'est la pensée pure, qu avant tout il nous faut analvser'.

CHAPITUE 111.

DE l'Élément principal du langage , c'est-à-dire de la pensée

DANS SES deux MODES , NATUREL ET ARTIFICIEL.

, 0eux états successifs se partagent notre existence terrestre : l'un positif ou actif; c'est le mouvement : l'autre négatif ou passif ; c'est le repos.

Qu'est-ce que le mouvement? la vie qui se déploie et rayonne. Q^'^'^t-ce que le repos? la vie qui se replie sur elle-même et s'ouvre , afin de réparer les pertes qu'elle vient de faire , aux importations du dehors.

Le sommeil et la veille représentent assez exactement et sous de vastes proportions ces deux états de l'âme r chacune de nos nuits est comme un temps d'arrêt entre le jour qu'elle suit et celui qu'elle annonce. La veille , n'est-ce pas l'action? Le sommeil, n'est-ce pas la suspension momentanée et réparatrice de l'action?

Mais il y a , selon nous , dans un tour de soleil » pour tous les êtres en général et en particulier pour l'homme ^ plus de jours efde nuits , plus de réveils et d'assoupissements que rexpéricnce habituelle n'en compte. Mille et

mille fois par heure la vie se lève et se couche , s'agite et se repose, s'éveille et s'endort®. Tout instant, quelque rapide qu'il soit , durant lequel nous vivons activement et positivement , peut être considéré comme une émission qui nous épuise ; une pause ensuite est nécessaire qui permette à nos forces apauvries et par cela même abattues de se refaire et de se remonter. D'ailleurs ces intervalles périodiques d'affaissement et d'immobilité se remarquent à peine. Nous ne percevons, nous ne mesurons la durée que par les idées dont nous la peuplons , et à l'aide desquelles nous la morcelons : là où n*e$t pa$ la pensée , pour nous il n'y a rien.

Quoi qu'il en soit , toute «implosion active décompose le court instant qu'elle remplit en trois phases distinctes. — Daps la première , l'étincelle sacrée touche et allume à la fois sur tous les points le flambeau de la vie ; voilà l'homme qui du même coup sent , pense , croit , veut et agit. Mais la volition, l'action, la pensée, la croyance et le sentiment ne sont ici qu'eu germe , et leurs principes rudimentaires , en se pénétrant, se confondent. -^ Dans la seconde , la volonté , l'activité , l'intelligence , la foi , la sensibilité se distinguent et s'opposent; chacune d'elles, occupe la scène à son tour et y joue seule son rôle ; simultanés et généraux à l'origine , nos développements vitaux sont maintenant partiels et. successifs. — Dans la troisième , les différentes puissances que l'âme s'est précédemment reconnues et que , pour les mieux voir , elle tenait, séparées , rapprochent et organisent leurs produits respectifs ; nos diverses opérations se succèdent encore ; mais un ordre rigoureux les enchaîne ; un but unique leur

est marqué dont aucune ne s'écarte : Tacte vital n est plus iii un chaos , comme au premier âge ; ni , comme au second , Une suite d'abstractions isolées ; c'est un ensemble , une harmonie , un système ^ .

Ce qui est vrai de toutes nos forces considérées en masse , est également vrai de chacune d'elles considérée en elle-même et à part. La vie spéciale de l'intelligence nous offre aussi , dans ses manifestations , les trois séries de phénomènes que nous a offertes , dans les siennes , la vie totale de l'âme.

Au point de départ , les différentes facultés que comprend et resserre , dans un assemblage indistinct , la faculté générale de connaître ^ se mettent simultanément à l'œuvre. Un objet physique se présente à vous. pour la première fois ; un coup d'œil vous suffit pour l'embrasser tout entier : non-seulement vous connaissez, d'une manière telle quelle , ce corps qui frappe vos regards ; vous apercevez de plus et l'espace dans lequel il est contenu, et le temps dans lequel il dure ; vous avez en outre conscience et de votre propre existence , et de la pensée qui actuellement la modifie. Cependant vos souvenirs viennent se joindre en foule aux données de l'expérience actuelle et s'entassent pêle-mêle avec elles sous les yeux de l'esprit. Et déjà vous lisez l'avenir dans le passé , l'absent dans le présent , l'individuel dans le général , l'effetdans la cause et la cause dans l'effet. Le torrent de la circulation intellectuelle reçoit et charrie en même temps à cette époque les matériaux les plus divers. Cette riche moisson , qui atteste une merveilleuse puissance de germination, de végétation , couvre tout d'un coup le sol sur lequel elle se dé-.

ploie comme par cnchaDtemeQt. La pensée est alors ce que j*appelle une syllepse ; son produit , une notion.

Nous n'en restons pas là. Les facultés spéciales qui constituent la faculté générale de connaître se distinguent en se développant , et leur action s'isole. L'homme se contentera y dans un moment .donné , soit de percevoir , soit de se souvenir , soit de déduire. Non-seulement il ne mettra enjeu à la fois qu'une de ises puissances; il limitera epcore de toutes parts le champ qu'il lui ouvre ; il ne la laissera pas errer à l'aventure sur les mille points de vue , sur les innombrables accidents qui la sollicitent ; il Tenchaînera , au contraire , et la clouera , pour ainsi dire, à un objet unique ; comme Sisyphe y elle roulera , tant qu'il plaira au moi qui la domine , son éternel rocher ; la perception , par exemple y maintiendra obstinément sur tel ou tel phénomène l'organe qui met ce phénomène en rapport avec elle. Nous allons plus loin encore. L'objet qui fixe mon attention présente-t-il à l'observation plusieurs faces distinctes ? c'est à l'un de ces côtés qu'à l'exclusion des autres je m'arrêterai et m'attacherai. La faculté de connaître , qui auparavant se dispersait et s'étalait sur d'immenses surfaces y se recueille maintenant et se concentre sur un point indivisibhe. L' objet-primitif de la pensée est brisé et réduit en poudre. Je sépare alors l'espace — dû temps ; l'espace et le temps — du corps qu'ils enveloppent; dans ce corps même, si c'est à lui que je m'applique, la qualité que j'étudie — deTenseoible auquel elle tient. Le spectacle et le spectateur ne se confondent plus dans une seule et même conception ; mon existence jKîrsonnellc , mes attributions propres ,,

mes modifications de toute nature s écartent , s'évanouissent : je n ai plus d'jeux et d*oreilIes que pour ce fragment qui m'absorbe ; hors de là , je ne vois , je n* entends rien. A lasjUepse s'est substituée V analyse; à la notion, Yidée.

L'analyse n'est pas la dernière forme que revote la pensée. Lorsqu'une idée traverse l'intelligence, la raison inquiète s'agite pour donner à ce phénomène incomplet son complément légitime. Nous ne saurions laisser isolées et détachées les différentes parties dont se compose un ezhsemble quelconque ; c'est l'ensemble lui-même que nous voulons posséder. Après avoir démembré la réalité qui nous occupe 9 nous en rapprochons les débris. €es pierres , séparément tirées de la carrière et séparément taillées , se rapprochent , s'ordonnent et le monument s'élève. Ainsi opère la synthèse; ainsi la connaissance se forme et s'établit* — Un acte de foi se joint toujours à ces constructions intellectuelles ; la connaissance s'affirme en se posant ; connattre et affirmer qu'on connaît , ca^si juger. — Nos jugements ensuite n'auront plus qu'à se combiner, soit en se juxtaposant comme les parties d*un même tout, soit on s» déduisantt les uns des autres comme le contenu se déduit du contenant , et nous verrons naître les œuvres les plus complexes , les productions les plus vastes que la pensée puisse enfanter.

Tout acte intellectuel , lorsqu' aucun obstacle ne gêne et n'arrête dans sa marche la loi qui le détermine , porte donc successivement le triple caractère que nous venons de décrire ; il est d'abord sylleptique , ensuite analytique et enfin synthétique. Seulement, selon les temps , l'un des

trois ëlémeDts dont cette combinaison se compose remporte sur les deux autres et prédomine. Sous ce rapport, la vie se pourrait diviser en trois grandes zones : Tenfance serait plus spécialement vouée à la syllepsè ; la jeunesse à r analyse ; Y âge mûr à la synthèse*.

L* homme , à son entrée dans la carrière , pouvait-iL présider lui-même au jeu des facultés qui lui ont été départies? Supposons-le, dès sa naissance , chargé de leur direction ; il faut quen ouvrant les yeux à la lumière , il veuille tout d'abord de cette volonté indépendante ou libre qui lui appartient en propre. Qu arrive-t-il inévitablement? Comme les matériaux que réclame une délibération en règle ne >sont pas encore à notre disposition , une détermination rationelle est impossible ; la liberté reste dans son repos ; le caprice est donc notre unique moteur ; nos destinées sont remises à ses décisions étourdies, inconsidérées, téméraires, funestes; la vie, pour ne pas s'arrêter, se précipite en aveugle et se brise contre Técueil. Un guide , au début, nous était nécessaire; avant de vouloir par nous-mêmes , nous voudrons par autrui ; un instrument divin , conduit par la suprême intelligence et la suprême sagesse® , la nature nous marque le but et nous y pousse; c'est T ère naturelle ou impersonnelle de nos développements, — Notre organisation, comme toutes celles qu'il nous est donné de connaître , se compose d'un certain nombre de systèmes partiels , qui sont , pour ainsi dire , soudés à un centre commun par une de leurs extrémités, tandis que par l'autre ils sont libres» Ces systèmes divers sommeillent à l'origine , repliés sur eux-mêmes et réduits à leurs plus étroites dimensions. La nature

s'approche : nos différents appareils ,, comme le fer qui sent le voisinage.de la pierre aimantée , s'éveillent aussitôt, se déploient , et projettent , autant qu'il est en eux , leur extrémité mobile vers la force attractive qui les sollicite de toutes parts. L'évolution primordiale de l'être se fait instantanément et simultanément. Ainsi en est-il de chacune de nos facultés générales , et en particulier de la faculté de connaître. Lasyllèpsc, c'est la vie de l'intelligence dans la période naturelle ou impersonnelle de son épanouissement.

L'homme cependant s'éclaire et se. fortifie sous cette bienfaisante tutelle que lui rendaient indispensable la faiblesse et l'ignorance de ses premières années. Son apprentissage est fini : il sait et ce qu'il peut et ce qu'il doit. Qu'il prenne l'initiative! Assez longtemps il s* est laissé emporter sur le champ de bataille par ses instincts guerriers ; que la réflexion remplace la colère! La vie n'est plus une série d'explosions aveugles > nécessaires ; c'est un ensemble d'actes libres et rationels : ce n'est plus un jeu dé la natijre ; c'est une œuvre de l'art. De naturelle et d'impersonnelle qu'elle était, l'existence est devenue personnelle et artificielle. Cette intronisation de la personnalité ou de l'art se reconnaît à deux signes. En premier lieu , l'activité , qui jusque-là se répandait et se disséminait dans un espace sans limites , circonscrit et resserre le champ où elle va s'exercer ; nous n'attaquerons plus désormais sur tous les points à la fois l'ennemi que nous voulons vaincre ; notre tactique le "battra en détail dans mille combats partiels et successifs. En second lieu , nos différents actes se mettront au service d'un principe

unique , d'une idée commune ; tous nos efforts se combi' neront et s'ordonneront pour atteindre le but spécial qui leur sera préalablement marqué. Ainsi font , pour ce qui concerne plus particulièrement nos travaux intellectuels .• l'analyse et la synthèse. L'analyse et la synthèse, c'est la pensée libre , la pensée personnelle , la pensée sous son mode artificiel .

Sylleptique ou naturelle , la pensée est nécessairement entachée d'obscurité et de confusion : — d'obscurité ; notre vue dès l'abord n'embrasse un vaste ensemble qu'à Ja condition de n'y distinguer nettement aucune des parties qui Je composent : — de confusion ; l'ordre que nos connaissances comportent ne nous vient pas du dehors ; l'intelligence seule le conçoit en elle et le réalise ; comment organiserait-elle des éléments qu'elle n'a pas distingués? — Mais aussi que de trésors cachés sous ce désordre et dans ces ténèbres ! Que de secrets subitement entrevus ! Que de mystères instantanément pénétrés! C'est l'heure où s'engendrent ces larges conceptions qui remplissent une existence, qui mesurent une carrière! C'^st l'heure où s'ébauchent ces hautes déterminations dont plus tard , en les accomplissant , on s'étonnera soi-même et qui font les héros! L'enthousiasme est là dans toute sa puissance ; le génie dans toute sa grandeur !

Artificielle, c'est-à-dire analytique, d'abord et bientôt synthétique, la pensée distingue ce qu'auparavant elle confondait ; elle voit ce qu'elle s'était jusque-là contentée d'entrevoir: la notion ne jetait dans l'esprit qu'une vague et pâle lueur ; l'idée et la connaissance y versent dq^ flots de lumière. Non-seulement , sous ce régime non-

veau 9 nos conceptions êlinicelleot de la clarté la plus vive i elles s'enchaîlient encore entre elles par d'indissolubles liens ; ces atomes^ que l'analyse discerne dans le pêlemêle primitif, se rapprochent , grâce à la synthèse , et s'unissent étroitement ; la science apparaît avec ce caractère d'universalité et de nécessité qui en étend l'application et Tubage à tous lés temps et à tous les lieux. La raison conduit et ordonne la vie. — Mais la raison chemine avec prûdenccyc' est-à-dire avec lenteur; la pensée qui se décompose; qui s'étudie pièce à pièce » qui enfin se recomposé avant de s'affirmer , ne vole plus ; elle se traîne. Au dedans comme au dehors , dans le monde moral comme dans le monde physique» la chaleur marche avec la vitesse ; le froid gagne bientôt et frappe tout ce qui se meut lourdement. Cependant l'imagination ne trouve autour d'elle ni la réalité concrète à laquelle seule elle peut se prendre , ni cette obscure clarté que son action réclame comme l'urne de ses plus utiles conditions ; elle s'éloigne à tire d'aile et de ce grand jour qui la blesse , et de ces abstractions qui la glacent ; la poésie s'exile de l'âme ; avec elle se retirent les sublimes croyances dont la foi se nourrit ; nous n'avons plus que la logique et ses incertitudes et ses défiances et ses négations.

La pensée nous laisse donc, lorsqu'elle est exclusivement ou naturelle , ou artificielle , désirer en elle de .précieux avantages. Qu'elle unisse, au contraire, dans son jeu et dans ses produits , les procédés et les vertus de la nature et de l'art ! La syllepse lui prêtera son énergie , sa chaleur , sa rapidité et ses ombres ; l'analyse et la synthèse lui fourniront leur lumière , leur justesse , leur pré-

cision : elle sera parfaite! — Tel est, au fond, aveeda plas ou du moins ,* l'état général , habituel , des intelligences humaines. Il n'y a guère de syllepse qui ne soit déjà » dans une certaine mesure ^ anal jtique et synthétique ; il n'y a pas d'analyse et de synthèse qui ne soient encore profondément sylleptiques! Ainsi se trouTent simultanément satisfaites toutes les tendances de l'âme ; le fini et l'infini me touchent en même temps et me pénètrent ; l'imagination chante et la raison calcule ; je sais à la fois et je 'crois !

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