CHAPITRE IV
DE L'ÉLtMBNT SECONDAIBE DU LANGAGE, C'eST-A-DIBB i>B L*BXPUE8SI0N DANS SBS DEUX MODES , NATCBEL ET ABTIFICIEL.
Toute pensée est nécessairement naturelle ou artificielle. Toute pensée artifidelle a été préalablement naturelle : toute pensée naturelle tend à devenir artificielle ; quand elle meurt sous sa première forme , c'est que le temps lui a manqué. Ces faits sont tellement certains, que les Écoles les plus diverses les reconnaissent également et les proclament. Que ce soit l'idée qui succède au sentiment , la conscience réfléchie â la conscience spontanée , Tart à la nature y peu importe : de l'aveu de tous, il existe une connaissance primitive et une connaissance ultérieure : de l'aveu de tous , la connaissance primitive est indistincte» concrète » obscure ; la connaissance ultérieure est claire , abstraite, distincte : les mots changent, les choses ne changent point *^.
Si l'intelligence revêt, en elle-même et pour elle-même, deiix formes différentes , elle se fera sans doute , lorsqu'elle voudra se produire au dehors, ou trouvera toute faite une double classe de symboles. Il y a deux moments
dans la production de la pensée ; il j aara donc deux moments dans la formation du langage. C'est ce que , de son côté , le raisonnement nous déclare ; voyons ce que , du sien , nous dira TobserVation.
Le corps (|ui exprime la pensée est aussi, en quelque sorte , comme 1^ esprit qui la conçoit, actif tour à tour et passif : actif, lorsqu'il parle ; passif, lorsqu'il se tait. La parole et le silence coupent en deux moitiés et se partagent la vie expressive.
De mênie que, dans un temps donné, il y a plus d'excrtions et de pauses intellectuelles qu'au premier abord on ne serait disposé à le croire ; de même » dans un intervalle déterminé , on compterait avec un peu d'attention beaucoup plus] de paroles et de silences qu'on n'en reconnaît généralement. Il j a , entre une aspiration et une expiration pulmonaires ^ mille et mille émissions symboliques que suivent mille et mille repos.
Quoi qu^il en puisse être, ces symboles qu'enfante notre activité matérielle, nous présentent , selon les cas, des caractères différents et » par là , décomposent en espèces distinctes le genre qui les contient.
Qu'une vive passion nous travaille ! l'agitation qu'elle amène à sa suite ne s'enferme pas entre les limites de la substance sentante ; le coup qui frappe Tesprit se redouble dans le corps ; la machine humaine s'ébranle et résonne; un cri part ; le sentiment prend possession du monde extérieur. Ce cri , c'est le son inarticulé.
L'émotion que suppose le cri , dans les circonstances où je viens de me placer , ne s'adresse pas exclusivement, pour se manifester , aux organes yocaux. Le bras, l'œil ,
les musclés de la face, toute notre attitude corporelle s* associe à Texpression sonore ou la supplée. Ce regard oblique » cette paupière abaissée , ces narines qui se gonflent et s^ élargissent, ces lèvres qui s'épaississent et se portent en dehors comme pour repousser un aliment gros? sier, nest-ice pas le dédain? Que vous dit ce front su** bitement sillonné de rides profondes , ces sourcils qui s'exhaussent et se rapprochent , cet œil qui s'agraAdit et semble s'élancer hors de son orbite , cette bouche ou-> verte et rétrécie , cette figure alongée et défëiite? La terreur est là toute vivante , et sous ce corps qui 'frémit » vous voyez une âme qui tremble. Ce nouveau mode d* expression que l'organisme entier concourt à produire, c*est le geste ; \e geste , assemblage confus de mouvements qui ne se distinguent pas encore ; le geste indécomposé *^.
Acceptés f adoptés par nous , tels qu'ils nous sont offerts f comme symboles de nos émotions intérieures, ou du moins de la conscience que noys en avons , le son et le geste , que nous venons de décrire , constituent un langage , qui , parce que la nature nous en livre la matière première toute élaborée , peut s'appeler et s'appelle langage naturel.
Ce langage est évidemment sylleptique ; il exprime simultanément tout ce qui se passe en nous dans un instant donné. De là ses vertus ei ses vices.
La syllepse est obscure ; le langage , qu'elle marque de son cachet , sera obscur comme elle. Qu'il reproduise les couleurs les plus tranchées , c'est-à-dire les plus communes et partant les plus vagues d'une action , d'une situation , c'est assez ; ne lui demandons pas ces nuances délicates
qui précisent le fait et l'indiTidualisent. Voilà bien la Couleur et la prière i mais d'où YÎennent cea pleurs , et que puis-je pour en tarir la source? Vous aimez, je le comprends ; mais cet amour est-il d'une fille , d'une {imante „ 4' une épQuse , d'aune mère? Qui me dira, si je p'ai* pas assiste à la naissance de votre Motion , si je n'en vois pas l'objet , en quel temps , en qiiél lieu , sôus quelle influence elle s'est développée ? — Encore n'est-ce qu'accidentellement et dans nos nioments de crise , que la sensibilité vivement émue grave ainsi sur nos fronts l'ipiage visible de la passion qui nous agite } dans l'état pa> sible et normal , les symptOmes physiques d'une affection légère se font diiBcilement jour à travers l'épaisseur de notre enveloppe matérielle ; ils viennent mpurir , phitOt que s'imprimer , sur la surface organique qu'ils ébranlent à peine ; ces symboles subtils , fugitifis , sont le plqs sou-t vent pour nous tx)mme s'ils n'étaient pas. Et qu'importe , après tout , au conimerce social , que chaque pensée trouve, dans le mouvement corporel qui l'accompagne , son es;pression ou plutôt son indice ; qu'il n'y ait pas un accident seiisible , un phénomène intdlectûel , une déterminatiou volontaire qui ne passe de l'esprit sur le visage *^, si cesi détails s'^rîveut , pour la plupart » en caractères qu'il ne PQus est pas donné de lire?
Le langage naturel est donc rempli d'obscurités » et sqù usage ne serait en quelque sorte qu'une exception dans la yie. Mes , en revanche , comme il est énergique et rapide! L'éclair est moins prompt; un coup d'œil en dit plus que les plus longs discours ; que vous ayez à peindre T amour pu la haine y la douleur ou la joie , une exclamation vous
suffit ; ei qa'il y, a d'éloquence daïis une larme ou dana un sourire !
Quelle que soit la sphère où nous observions Tactil vite humaine, toujours nous la trouvons imitant d'abord , puis dépassant son modèle. Partout , au point de départ y la nature précède l'homme ; partout aussi , après l'avoir suivie, l'homme devance la nature. L'élève va plus, loin que le msûtre ; mais sans le maître , l'élève n'aurait jamais marché.
Dans l'invention du langage, comme en toute chose, la nature nous donne l'exemple et opère devant nous. Hais les signes que nous lui devons gardent éternellement leurs premiers caractères : que des races à peu près statîtmnaires s'en arrangent , à la bonne heure ! Essentielle^ ment progressive, notre espèce en sentit bientôt l'insufiS» sance. De nouveaux moyens d'expression étaient néces* saires ; ils furent. L'homme alors , pour rendre sa pensée que les symboles primitifs ne pouvaient plus traduire, transforma et en les transformant s'appropria les signes que la nature lui avait fournis. €e langage ultérieur , fils de l'humanité , non plus par adoption seulement , mais par une génération véritable , fruit de l'industrie ou de l'art , c'est le langage artificiel *'.
Le langage artificiel met donc à contribution , en les modifiant pour les* accommoder aux besoins nouveaux de la prisée, les symboles primitifs^. Ainsi le geste complexe et indécomposé du premier âge engendre , en se décomposant et se diversifiant indéfiniment sous la main de la liberté , une multitude de signes partiels ; tels ces merveilleux idiomes qui , remplaçant la langue par la
~ 24 — main et Tomlle par Tceil » rendent la parole aux malr heureux que les vices de leur constitution semblaient en avoir à jamais privés*?. Élaboré par la même puissainçe , le son inarticulé s'articulera ; au cri naturel et brut succéderont des voix plus o\i moins habilement k^ çonnées ; nous tirerons d'un bruit multiple à la fois et indistinct , ces bruits élémentaires qui produiront ensuite, en se combinant de mille e( mille Façons , les riches vocabulaires dont nos langues se composent. A ces deux grands systèmes d* expression , que le geste décomposé et le son articulé nous dominent , se rattachent par des liens plus ou moins visibles , mais réels » les iunc^brabJes diâ^. lectes que parle la pensée : le chant , la musique , la peinture» la sculpture , et cette écriture alphabétique, la plus
précieuse des découvertes dont la civilisation puisse s'enorgueillir.
Quelle que soit 4' ailleurs, la forme qu'il affecte » le langage artificiel offre à l'observatiçfn un double caractère qui le sêparç profondément du langage naturel. — Nous n'avions , en effet , à l'origine ,^ que des signes concrets » dont chacun par lui-même rendait toute une pensée , formait tout un tableau : ^ne mpdificatioii intérieure» quelque complexe qu'elle fût , se peignait d'un trait» se cou-, lait d'un jet. Ce que jusqi]|'ici noi^s avions d^t simultanément , déSQrn\ais noHS le dirons successivement. Les symboles abstraits dont nops disposons , ne rappellent plus des ensembles » mais des fragnjents ; ce ne sopt plus des notions , mais deç idées qu'ils figurent au regard. Le tfwt ( pour représenter le tout par la plus importante de ses parties) a remplacé le cri. Le langage est devenu analytiquei;^ •
de sylleptîque qu'il était d* abord, -s- Toute analyse appelle sa synthèse. La dissolution n'est pas une fin ; elle n est qu'un moyen. Les idées se rapprochent dans Tesprit et recomposent les réalités vivantes du déchirement desquelles elles sont nées ; les signes partiels que nous venons de reconnaître se rapprocheront dans le langage ; et de plusieurs expressions , dont aucune isolément n'aurait un sens complet , sortira une combinaison complètement significative. Les idées s'agrègent et composent le jugement; les mots s'unissent et forment la proposition. La proposition n'a plus ensuite qu'à s'unir à elle-même pour enfanter le di$cour$.
Autant la syllepse amasse de ténèbres autour d'elle , autant l'analyse et la synthèse répandent de clartés. Le langage naturel ne jetajt habituellement sur la pensée qu'il se chargeait de révéler , qu'une obscure lueiir ; le langage artificiel l'amène , sous les yeui^ du corps » resplendissante de lumière. •— > L'homnie , avec le premier , ne communiquait à ses semblables que ses émotions les plus viye^y qiie ^9 affections les plus saillantes : les mouvements désordonnés du cœur » les tempêtes de l'âme trouvaient seules en l|ii un interprète : la vie intérieuire ne se produisait au dehors que p^r bond^ et dans ses exeès^ comme cette flamme cachée qui dévore le sein dé la terre eiquir ne se trahit que de loin en loin par rébranlement du sol ou l'éruption d'un volcan : la chaîne qui fait de nos dilférents actes un tout , un ensemble , était sans cessç rom*pue : il y avait à chaque instant , dans la trame expressive, solution de ccmlinuité. Avec le second^ au contraire» il n'est pas de phénomène intellectuel , sensible > volon-
taire , quelque subtil qu'il soit » que nous ne rendions risible : par lui Texistence se montre aux regards » sans interruption , sans lacune , dans toutes ses phases , avec tous ses caractères » ^ous toutes ses couleurs.
Le langage artificiel » grâce i ces privilèges » laissait donc bien loin derrière lui le langage naturel ; c'était , sous ces difièrents points de vue, un perfectionnement marqué , on progrès immense : mais le mal est toujours à côté du bien, et quand nous galons d'un côté , att^idonsnous à perdre de Tautre. Où trouver , par exemple , dans la langue de rbcmune , cette ra|Hdité , cette énergie que nous offre à un si haut degré la langue de la nature? — Four que rensemble soit lumineux , il faut éclairer chaque détail ; il faut aller pas à pas : la pensée impatiente verra Texpression se traîner lourdement à sa suite, quand elle la voudrait voir courir à ses cùiés ? — Abandonnons un instant le langage humain à lui-même; dépouillons la v^ix qui le parle de cette prosodie touchante, de ces intonations pathétiques empruntées à un autre système de signes ; ainsi rendues, les affections les plus aimables perdent tout leur charme ; les actions les plus intéressantes laissent notre cœur frdid , notre <]eil sec. La racine de toute éntotion , c'est la vie , c'est le concret : la syllepse naturelle remue l'teie et soulève dans les sensibilités les plus froides une puissante sympathie. Mais cette langue artificielle , qui dissout tout ce qu'elle tou<^ et nous livre par fragments la réalité démembrée , imposant à l'intelligence le soin fastidieux d'en rapprocher les lambeaux, contracte et glace , parce travail mécanique auquel elle nous condamne, l'imagination la plus ardente
et la filus expansive. J'éppise ma force à comprendre; il ne m'en reste plus pour sentir.
Il semble donc que , pour élever Texpression de la pensée, au degré de perfection dont elle est actuellement susceptible » on ne doive s'en tenir ai au langage de la nature , ni au langage de Tart. Il tant , non laisser isolés , mais unir et combiner ces deux genres desjmbolesy les corriger et les compléter T un par rastre, demander à celui-ci sa clarté et son éteodue , à celui-là son éner-^ gie et sa rapidité. C'est ce que tous 9 tant que nous sommes y nous faisons ordinairi^nent assez mal ; ce que foui quelquefois avec le plus grai^l. succès l'orateur à la tri-* bnneet racteursur la ^ne. Appelés à propos» habile* ment disposés, le geste et 1* accent sautiennent marveitleusement la parole » en mettant ^ous chaciine dés ab&t tractions qui éclairent l'esprit , la pasBion iqui remue le cœur. Certes , il est des circonstances rà Je langage artî» ficiel domine de plein droit : voulez'^^Voiis m'assôcicr>à une méditation calnie , à un calcul purement ratione^l ? soignez l'expression abstraite; négligez les signes concrets : il s'agit ici d'intelligence ^ non de sentiment. Il en est d'antres où le langs^ naturd se place en première ligne : quand r émotion > porlée au comble , déborde à flot^ près- ^ et couvre aii loin ses rives, n'âttacbez plus la pensée aux lentes combinaisons de nos lafngnes analytiques; confiez-la sans cramte à Texpresôcm sylleptique qui seule peut suivre le torrent dans so» cours; que des cris 9 des sanglots interrompent brusqiieniebt Tbarmonie de vos pé^ riodes : les mots sont alors la partie la moins importante du discours, et ce n'est pas^l'eux que j'attends l'inter-
prélatioA fidèle des passions qui vous déchirent. Oubliez un moment le langage de Tart et laissez parler la nature *« !
On dit qu'on grand acteur, fatigué d* entendre attribuer au poëte » dans les effets prodigieuiL que son jeu produisait au théAtre , une trop lai^e part , un soir» au milieu d'un cercle disposé à la joie, en cravate et en frac, passa la main sur son front , recula d'un pas , et donna soudain à sa figure et au son de sa Yôix Texpression déchirante du plus profond désespoir : rassemblée s'émut » frissonna , pâlit : on avait cru voir Œdipe au nioment où sa vertu lui échappe » une affireuse lumière éclairant tout*à-coup à ses yeux son inceste et son parricide ; les Euniénides et leurs flambeaux vengeurs étaient dans ses regards. Les paroles auxquelles se mariait cette effrayante pantomime iraient peu en harmonie avec la passion empreinte sur ce front consterné et dans cette voix lamentable^ C'était une de ces chansons d'enfunt , que nous avons tous chantée , badine , joviale , n'éveillant que des idées légères et répugnant de tout point au terrible accompagnement qui lui était accidaitellement donné. Il y avait entrç l'expression artificielle et l'expression natu-* relie contradiction manifeste , complète opposition ; la lutte toutefois s'était k peine engagée entre les deux rivaux ; et la nature avait triomphé , pour ainsi dire , sans combattre ^^^ Ce n'^est là qu'un caprice, qu'une exc^tion. En général , le langage naturel , loin de gêner et de contrarier le langage artificiel , le sert et le seconde.
Cette alliance des deux langues est donc soumise à certaines lois ; hâtons-nous de déclarer qu'elle peut être
plus ou moins heu^use , mais qu'elle ne peut pas ne pas être. Il ne faut pas croire en effet, parte que nous avons décrit successivement le langage naturel et le langage artificiel , que ces deux systèmes de signes ne se développent > ne grandissent que sur les mines Tunde l'autre, celui qui doit suivre attendant pour paraître la destruc*tion radicale de celui qui précède , et cejui qui vient le premier s'évanouissanf ^ quand son heure est arrivée, pour faire place à son successeur. Il n'en est rien.
Impuissant â mettre en relief la vie entière de l'âme, le langage naturel > nous l'avons reconnu , n'en reproduit que les circonstances à la foîs énergiques et complexes. Lorsque des phénomènes d'une importance médiocre Ou réduits par l'abstraction à leurs plus simples éléments vinfent réelanker leur représentation matérielle , le langage artificiel , interprète exdusif de ces sortes de faits ) apparut et prévalut. Mais comme les modifications internes le plus habituellement développées et refroidies par l'analyse , reparaissent de temps à autre , dans Texisteuce la plus réfléchie , à l'état d'enveloppement et avec tout le feu de la syllepse , le langage destiné à peindre la passion dut rester et resta prêt à répondre à ses fré* quents appels. Non : parce que l'intelligence s'est créé un interprète plus exact et plus subtil , la physionomie , dont chaque mouvement était une parole , n'est pas devenue immobile et muette. Qui ne sait que nous comprenons , que nous entendons même beaucoup mieux « quand nous écoutons^ à la fois de l'oreille et de l'œil ? Pourquoi ? c'est que le visage s'épanouit encore dans là joie, se contracte encore dans la douleur. Est-ce qu'une femme
se hâte , aus»tÔt qu'elle peut dire » je suis hemreu$e <mi je souffre , de désapprendre son sourire et ses larmes ?
Ainsi le langage , interprète ne de la pensée , se prête à toutes ses exigences , répond à tous ses besoins , trouve de» formes pour toutes ses formes.
La pensée est-elle sjU^tique à son débat ? à son début aussi, la parole sera sjlleptique. Supposons T intelligence s' arrêtant à cette période de ses développements; le langage s'arrêtera par cela même à ce mode d'expression ; et , si nous n'avons que des conceptions obscures et complexes dans l'esprit , nous n'aurons que des sons inarticulés sur les lèvres. L'animal ne connaît que ce symbolisme grossier* L'animal dont la vie n'est qu'une longue enfance, et qui ne naît pas vieux, comme on l'a prétendu ^^, mais qui meurt au contraire avant d'avoir vieilli^ ne devait-il pas , sa pensée n'échappant jamais à la syllepse du premier âge, s'en t€«ir à cette langue que l'homme bégaie au berceau^ ? Pour taous ( et telle est la véritable ligne de démarcation tirée entre notre espèce et les races inférieures *® ) qui, après avoir embrassé d'un coup d'œil l'objet que nous voulons connaître , le décomposons pour en étudier les détails , et le recomposons pour en saisir l'ensemble, pouvions-nous ne pas ajouter aux signes qui traduisent la notion , ceux qui expriment le jugement et ridée, au langage irréfléchi de la nature , le langage réfléchi de l'art ?