Lcges,,, prœcepta minia permixta» (Sénèque
peine dans ce cas, en conséquence de la perversité de sa nature morale, qui sous Faction des circonstances, c'est-à-dire des motifs, «t de son intelligence, qui lui faisait entrevoir Tespérance de Timpunité» a produit Faction d*une fagon inévitable. Cela posé, il n'y aurait injustice à son égard que si son caractère moral n'était pas son propre ouvrage, son acte intelligible, mais Touvrage de quelque force différente de lui '• La môme relation se constate entre une action et ses conséquences, lorsqu'une manière d'agir coupable porte les fruits qu'elle mérite, non par l'effet des lois des hommes, mais par celui des lois de la nature, par exemple lorsque des débordements in* fàmes amènent d'affreuses maladies, ou bien dans le cas où un malfaiteur, en essayant de pénétrer par force dans une maison, éprouve quelque mécompte fortuit, par exemple lorsque s'étant introduit la nuit dans une étable à porcs , pour en dérober les hôtes accoutumés, il trouve à leur place un ours, dont le maître est descendu la veille dans cette môme auberge, et qui s'élance à sa rencontre les bras ouverts*
1. La question de la conciliation du déterminisme et de la pénalité légale méritait d'être traitée avec plus de détail : cette conciliation, essayée par Platon et reprise par Spinoza, conduit, comme Ta parfaitement vu M. Fouillée, à la morale de Tintérôt, ce qui reporte de nouveau la question de la liberté sur le terrain de la morale. La cbarité, l'abnégation, l'amour, tout ce qui éloigne l'homma des considérations d'intérêt individuel ou collectif, seraient donc les faits à invoquer pour assurer, malgré les arguments qu'on a lus dans les pages qui précèdent, le triomphe final de l'idée de la liberté. Voyez l'allégorie profonde, et tout à fait digne de Platon, qui termine la Liberté et le Déterminisme, un des chefs-d'œuvre, nous nous plaisons à le dire après bien d'autres, de la philosophie française au dix-neuvième siècle.
Il est essentiel, pour bien comprendre les conclusions du travail de Schopenhauer, de se faire une idée exacte de la doctrine de Kant sur la liberté. On la trouvera exposée et discutée avec uni talent dont l'éloge n*est plus à faire dans un chapitre spécial de la Morale de M. Janet. Puisque les traductions françaises de Kant sont très répandues, il nous a semblé inutile d'annexer à ce volume les deux importants passages auxquels nous avons renvoyé plus haut le lecteur. Mais nous avons pensé qu'il pourrait être intéressant d'en reproduire une analyse faite par Schopenhauer lui-même, dans sa dissertation sur le Fonder ment de la morale, p. 174-179. (Ce morceau, qui présente quelques longueurs, a été par endroits plutôt résumé que traduit.)
DOCTRINE DE KANT SUR LE CARACTERE INTELLIGIBLE ET LE CARACTÈRE EMPIRIQUE. — THÉORIE DE LA LIBERTÉ.
Hobbes le premier, puis Spinoza et Hume, ainsi que Holbach dans son Système de la nature, et enfin Priestley, qui traita la question de la fagon la plus exacte et la plus complète, avaient si complètement démontré et mis hors de doute l'absolue et rigoureuse nécessité des volitions, sous linfluence des motifs, qu'elle devait dès lors être comptée au nombre des vérités les plus solidement établies. L'ignorance et l'inculture seules pouvaient continuer à parler d'une liberté existant dans les actions individuelles de l'homme, d'un liberum arbitrium indifferentiœ. Kant, acceptant les arguments irréfutables de ses prédécesseurs, considéra la parfaite nécessité
des vûlit'ons comme une chose entendue d'avance, sur le compte de laquelle on ne pouvait plus élever de doutes ; c'est ce que montrent tous les passages où il ne parle de la liberté qu'au point de vue théorique. Mais il restait vrai, d'autre part, que tous nos actes sont accompagnés de la conscience de notre pouvoir sur nous-mêmes, de notre causalité personnelle, ainsi que de celle de leur originalité K Grâce à ce sentiment intime, nous les avouons comme notre œuvre propre, et chacun, avec une sécurité infaillible, se croit le véritable auteur de ses actes et moralement responsable de ce qu'il fait. Mais puisque la responsabilité présuppose la possibilité d'avoir agi autrement, et par suite la liberté, il s'en suit que le sentiment de la liberté est implicitement contenu dans celui de la responsabilité. Pour résoudre cette apparente contradiction, Kant appliqua sa profonde distinction entre le phénomène et la chose en soi, qui -est le caractère dominant de toute sa philosophie et en constitue le principal mérite. La clef longtemps cherchée était enfin découverte.
L'individu, avec son caractère immuable et inné, rigoureusement déterminé dans toutes ses manifestations par la loi de causalité qui apparaît chez les êtres intelligents sous la forme de la motivation, est seulement un phénomène, La chose en soi qui lui sert de substratum est, en tant que située hors de l'espace et du temps, une et immuable, affranchie de la succession et de la pluralité *. Son essence en soi est le caractère intelligible, également présent