‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 10 sur 193 · IG SOCRATE · texte numérisé non relu

IG SOCRATE

Tout homme qui agit avec intelligence peut rendre raison de ses actes. La fm, le but est la raison des actions . « Or, dit Socrate, il y a des choses où l'on ne voit pas clairement la fm pour laquelle elles sont faites (gtoj £V£7,à h'[) et d'autres qui existent manifestement en vue d'un but utile (i::' wç^Xda); et ce sont ces dernières qu'il convient d'attribuer à une intelligence (i). » — (( Tous les hommes, dit encore Socrate, choisissent, parmi les choses possibles, celles qui leur sont le plus utiles (2). » Ainsi, par le fait seul qu'il est doué de raison, l'homme doit agir en vue d'un but, et ce but lui est indiqué par sa raison même, c'est l'utilité et l'utilité la plus grande. Il semble ici que Socrate donne l'utile pour fm à l'activité humaine, mais l'utile a des degrés, et ce n'est pas un de ces degrés que l'homme doit choisir, mais le degré le plus élevé (cruiJ.^cpwTaTa). Ce degré le plus élevé de l'utile constitue la fin dernière des actions humaines et par là se confond avec le bien absolu. L'homme va au bien, le cherche, y aspire naturellement. La fm générale de tous ses actes, il ne la choisit pas, il la reçoit toute faite. La fm générale de la vie humaine résulte de la nature des choses ; elle est donc déterminée et les actes de l'homme devront l'être aussi.

Cependant si l'homme cherche naturellement le bien, y aspire nécessairement, ne jouit-il pas de la liberté dans le choix des voies et moyens qui y conduisent? Le but de la course peut nous être assigné, ne sommes- nous pas libres de choisir notre chemin? — Non, semble répondre Socrate. Toute action doit s'expliquer [par la pensée qui la règle et la dirige. Par le fait même que la fm est nécessairement imposée, tous les moyens le sont aussi. Les moyens peuvent être considérés, chacun à part, comme des fms particulières. Or, on doit admettre que ces fms particulières sont conformes ou opposées au bien général. Si elles lui sont opposées, l'homme ne peut les choisir, ce serait s'éloigner de la fm générale, ce qui est impossible, d'après Socrate. Elles sont donc d'accord

(1) Cité par Fouillée, Philosophie de Socrate, 1. 1, p. 158. — Quoique n'adoptant pas toutes les idées de M. Fouillée, nous tenons à dire combien nous sommes redevable à ses beaux livres sur Socrate et sur Platon.

(2) Mém., III, 9.

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