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LA CAUSE FINALE

lin est eu efTet la seule et véritable cause; elle ne jieut se réaliser qu'en tant qu'elle est présente à une intelligence qui pense, ordonne et organise les moyens; elle n'est pas une limite, mais un but. On ne doit certainement pas définir la cause finale : une cause qui est en même temps un effet, ou une cause qui est l'effet de son effet. Ce sont là façons paradoxales de s'exprimer dont l'ambiguïté vient de la confusion entre deux ordres de faits fort distincts : l'ordre idéal et l'ordre réel.

Dans l'ordre réel, la fin est effet; dans l'ordre idéal, la fin est cause. Aristote disait : « Le but est le principe de la pensée, et la dernière pensée est le commencement de l'action (^). » Et M. de Hartmann : « L'ordre de représentation est inverse de l'ordre de réalisation. » Ainsi la fin n'est pas en même temps cause et effet, mais en deux sens différents. L'acte est d'abord pensé, puis les moyens, les moyens se réalisent ensuite et l'acte en dernier lieu par les moyens. Dans l'ordre idéal, la fin est la cause des moyens, aussi est-elle avant eux; dans l'ordre réel, elle est leur efTet et par conséquent leur succède. Mais l'ordre idéal étant la cause de l'ordre réel, il s'ensuit que ce qui donne le branle à toute la série c'est la première pensée, la pensée qui doit être actualisée la dernière, que la fin est par conséquent la cause et la raison à laquelle tout doit se référer pour être expliqué. Il n'y a donc pas là une interversion de la loi de causalité, une anomalie quelconque, il y a la distinction entre l'ordre idéal et l'ordre réel. La fin est une vraie cause quand elle est pensée, la cause finale n'est en réalité qu'une cause pensée.

Socrate donc, en cherchant à expliquer le monde par sa fin, voulait en dernière analyse l'expliquer par la pensée. L'idée devait rendre compte de tous les événements, et aucun phénomène du monde ne devait échapper à l'explication. Les actes humains s'expliquent aussi par la pensée qui les règle, par le but qui les attire. Socrate explique ainsi lui-même sa conduite dans le Phédon (^).

(*) Tr,; [xèv ouv voirîa-ew; ocp^ri xb xiloç, Tr|Ç oï Tipà^eo); r\ tyi? voi^ffewç teXeutiq. — Eth. Eud., II, 11. — Les scolastiques disaient aussi : Quod primu7n est in intentione, ultimum est in exécutions.

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