‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 11 sur 193 · DÉTERMINISME SOCRATIQUE · texte numérisé non relu

DÉTERMINISME SOCRATIQUE

avec le bien général. Mais elles peuvent lui elre plus ou moins conlormes. 11 y a du bon, du meilleur et de l'excellent. Mais comment ne pas comprendre que, en face du meilleur, choisir ce qui n'est que bon, c'est ne plus tendre à la fm générale qui nous est essentiellement imposée? En fait, d'ailleurs, il n'en est pas ainsi et chacun choisit ce qui lui est le plus utile. — Si donc, conclut Socrate, nous faisons mal, c'est par ignorance du bien. Sa grande âme se refusait à comprendre qu'on pût être indéterminé en face du bien, et il répétait : « Personne n'est volontairement méchant, xa/i; ly.wv

Et cependant on lui objectait la vérité de ce que devait plus tard constater la Médée d'Ovide.

Video meliora proboque, Détériora sequor.

« On lui demandait, dit Xénophon (*), si, d'après son opinion, ceux qui savaient ce qu'il fallait faire et qui faisaient l'opposé, devaient être tenus pour sages et maîtres d'eux-mêmes. » A cette question, Socrate répond que ces hommes ne sont ni sages ni raisonnables (ojtô coçc'jç ouT£ Gwçpovaç). Ils ne peuvent rendre raison de leurs actions^, puisqu'ils ont agi contrairement à leur raison; s'ils avaient agi comme on le dit, ce ne seraient plus des hommes, mais des fous. Or, les fous ne peuvent rien savoir, surtout ils ne peuvent pas savoir ce qu'il convient de faire dans un cas déterminé, ce qui est éminemment l'apanage de l'homme sain d'esprit et droit de raison. Ainsi Socrate refuse d'admettre qu'on connaisse le meilleur quand on fait le pire. On ne le voit pas, on ne le sait pas ; si on le voyait, si on le savait, la puissance de cette science et de cette claire vision serait telle que l'homme serait obligé d'y conformer ses actions. « Le paradoxe de Socrate, dit M. Boutroux, consistait dans la prétention de démontrer que la vertu est toujours pour l'homme ce qu'il y a de plus avantageux. »

C'est pour cela que Socrate réduisait les vertus à n'être

(1) Mém., III, 9.

Page 1