‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 101 sur 193 · HISTOIRE DU LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU LIBRE ARBITRE

Il faut de plus montrer que si la raison abstraite aboutità une nécessité logique, il n'est nullement contraire à cette raison complète, prise dans toute son extension, que Kant appelait pratique, d'admettre dans le monde, ainsi que l'avait senti Leibnitz, des rapports de convenance et d'harmonie où peut trouver place la liberté. Peut-être verra-t-on alors que la science et la morale, loin d'être ennemies, s'accordent au contraire et ne peuvent se passer l'une de l'autre. Et, en effet, comment faire le bien si on ne le connaît pas, et comment le connaître si on ne l'aime pas, si on ne le cherche pas avec tout l'élan de l'être et, comme disait Platon, avec l'âme entière?

Pour nous résumer donc et établir le véritable état de la question, nous devons reconnaître que cinq choses sont possibles :

1. Ou on admet le principe de la conservation de la force, l'unité absolue de l'univers dépendant d'un principe immanent ou transcendant, et on nie le libre arbitre, on assure la science et on tâche d'expliquer sans liberté les notions morales; c'était jadis la position des stoïciens, ce fut ensuite, à des degrés divers, celle de Wickleff, de Luther, de Calvin, de Descartes, de Malebranche, de Spinoza, de Leibnitz; c'est encore celle des monistes anglais ou allemands, de M. Herbert Spencer, de M. Haeckel, de la plupart des savants contemporains.

2. Ou on admet le libre arbitre, un pouvoir absolu de commencer des actions nouvelles, et on conteste la valeur absolue des principes scientifiques et métaphysiques, on fonde aisément la morale, mais on met la science en péril; c'était ce que soutenaient les épicuriens, ce qu'ont soutenu depuis avec des nuances diverses Pelage, Scot Erigène, et de nos jours M. Secrétan, M. Renouvier et toute son école.

3. Ou on affirme à la fois la croyance à la liberté et à la nécessité, en déclarant insoluble le problème de leur concihation ; c'est l'opinion de M. Dubois-Raymond, c'était aussi celle de Rossuet.

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