‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 105 sur 193 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

de cette indépendance. Il suffit à l'action, pour être libre, de ne pas dépendre absolument des actions passées. Ainsi la liberté est selon nous une notion négative qui reste par conséquent indéterminée. Il ne nous semble nullement nécessaire de déterminer le contenu exact de cette notion, — ce qui n'est peut-être même pas possible, — pour prouver son existence. Il suffit de pouvoir la distinguer de tout ce qui n'est pas elle et nous le pouvons précisément par le caractère de l'imprévisibilité. Il suffit donc de savoir que quelques-unes de nos actions ne peuvent s'expliquer entièrement par des conditions antérieures connues et déterminées, pour affirmer qu'elles sont libres.

Nous pouvons nous demander maintenant si l'homme produit des actions de cette nature. Pour cela, instruits par l'histoire, nous devons d'abord remarquer que deux systèmes ont toujours été en présence, et que si beaucoup de philosophes ont soumis le monde à la nécessité, d'autres ont cru au contraire à l'universelle liberté. Nous avons ainsi deux propositions contraires : Tout est libre, — Rien n'est libre. La logique nous apprend que ces deux propositions ne peuvent être vraies toutes les deux, mais qu'elles peuvent être fausses toutes les deux. Nous sommes ainsi invités à examiner la valeur de ces deux conceptions contraires du monde et des arguments apportés en leur faveur. Après avoir ainsi déblayé le terrain, appuyés sur la tradition non moins que sur les observations les plus récentes de la psychologie scientifique, nous pourrons établir une théorie de la volonté, les preuves de sa liberté, et les moyens qui permettent au libre arbitre de se conserver et de s'exercer. Nous déroulerons enfin la série des conséquences qui, dans les divers domaines de la pensée et de l'action, résultent de l'existence de notre libre pouvoir.

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