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LE MONISME

Les matérialistes, qu'ils considèrent le monde comme un mécanisme brut ou comme un amas de matière vivante, ne parlent pas autrement que les panthéistes. Si rien n'existe que la matière, cette matière elle-même est pensée comme un absolu et sous la forme pure de l'unité. Car opposer la matière à ses modifications, constater que les modifications périssent et soutenir que la matière leur survit, c'est évidemment considérer la matière comme quelque chose de permanent, d'éternel, qui s'oppose au variable et au passager. Or, n'est-ce pas là le concept même de la substance, tel que le comprenait Spinoza? Que si le matérialisme, non content de concevoir la substance, veut encore l'imaginer sous la forme grossière de l'étendue, il s'enfonce de gaieté de cœur dans un dédale de contradictions inextricable. Tout l'avantage est ici pour Spinoza. Il est en effet à la rigueur possible de concevoir une substance en dehors de ses modes, mais comment se représenter, sans contradiction, une étendue sans modification, c'est-à-dire une étendue qui n'aurait aucune étendue? Quant à l'hylozoïsme, moins grossier que le matérialisme vulgaire, parce qu'il a soin d'emprunter à l'esprit ses principaux attiibuts pour en gratifier la matière, il considère tous les phénomènes comme les manifestations du même principe, matériel sans doute, mais automoteur, qui anime l'univers. Telle était jadis la conception des stoïciens, telle est la conception de beaucoup de savants et philosophes modernes. Mais ici encore comment est représenté ce principe qui meut le monde et se meut lui-même, cette âme matérielle du monde que tous les phénomènes manifestent, sinon comme une pure unité? Essayez d'éliminer les contradictions résultant des images matérielles dont la conception est embarrassée, vous découvrirez au fond la même unité que dans les systèmes panthéistes. — Dire, en effet, avec les matérialistes purs que tout change, que seule la quantité de matière reste constante, c'est se condamner soi-même à reconnaître dans la matière la substance de l'univers et, nous l'avons vu, c'est l'idée d'unité qui forme le fond du concept de substance. — Dire encore avec l'hylozoïsme que ce qui reste constant c'est la même quantité de

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