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I. — Les tendances et les désirs

Les sensations. — I/iniagc— Loi de conscrvalion.— Loi de reproduction. — Loi d'association. — L'image et le mouvement. —Après avoir été un consé((uent, l'image devient un antécédent. — La tendance de l'image à se réaliser est le désir. — Le plaisir el la douleur. — Contlit des tendances et des désirs. — Détermination du mouvement qui en résulte. — Question qui se pose.

A chaque instant de notre vie nous sommes en communication avec le monde extérieur. Des mouvements vibratoires transmis à nos difFérents nerfs sensitifs et par eux à certaines portions de notre cerveau, produisent dans notre conscience des états qui sont des couleurs, des sons, des odeurs, des saveurs, etc. Chacun de ces états, que nous appelons des sensations, dure plus ou moins longtemps, mais perd bientôt de sa force, entre dans une soi'te de pénombre et finit par disparaître de la conscience. Chaque sensation passe donc par deux états : un état fort, c'est la sensation proprement dite, et un état faible, sorte de résidu de la sensation, c'est ce que les anciens scolastiques appelaient l'espèce (species impressa), ce que les psychologues modernes appellent l'image. Après avoir vu un paysage ou un édifice, fermant les yeux je vois encore, mais affaiblis, moins nets et moins précis, les couleurs et les contours du paysage, les formes de l'édifice. Puis des sensations nouvelles chassent ces images et sont à leur tour chassées par d'autres, et ainsi s'étabUt la circulation incessante de la vie mentale.

Les images ne sont cependant pas perdues pour la conscience. Elles disparaissent durant un temps plus ou moins long, mais elles peuvent toujours reparaître. Même celles qui n'ont eu qu'une existence faible et passagère, qui ont été à peine aperçues dans leur traversée de la conscience, « peuvent aussi surgir de nouveau, ditM. Taine, avec une puissance étrange et une exactitude automatique. Plusieurs médecins ont cité l'histoire d'une fille de vingt-cinq ans, très ignorante et ne sachant même pas lire, qui, devenue malade, récitait d'assez longs morceaux de latin, de grec et d'hébreu rabbinique, mais qui, une fois guérie, parlait tout au plus sa propre langue. Pendant son délire, on écrivit sous sa dictée plusieurs de ces morceaux. En allant aux informations, on sut qu'à l'âge de neuf ans elle avait été recueillie par son oncle, pasteur fort savant, qui se promenait d'ordinaire, après son diner, dans un couloir attenant à la cuisine et répétait alors ses morceaux favoris d'hébreu rabbinique et de grec. On consulta ses livres, et l'on y retrouva, mot pour mot, plusieurs des morceaux récités par la malade. Le bourdonnement et les articulations de la voix lui étaient restés dans les oreilles. Elle les avait entendus comme elle les avait récités, sans les comprendre » (i). On peut donc poser comme loi générale de l'esprit que rien de ce qui a été donné à la conscience n'est perdu pour elle. Cette loi de conservation peut s'expliquer de dilYérentes manières, mais, quelle que soit l'explication qu'on en propose (2), la loi reste incontestable et incontestée.

Une conséquence importante résulte de cette loi. Aucune sensation n'occupe isolément le champ de la conscience. C'est par groupes que les sensations nous arrivent. En même temps que je sens ma plume entre mes doigts, je

(1) De l'Intelligence, 2e édit., II, 2, t. I, p. 133. Voir tout le chapitre. Voy. aussi Ribot, les Maladies de la mémoire, c. IV.

(2) Léon Dumont (De l'Habitude, Revue }jh ilosophi que, iSlG), Maudsley (Pliysiologie de Vesprit, trad. ïlerzen), M. Delbœuf (Théorie générale de la sensibilité), M. Ribot (op. cit.) l'expliquent par la conservation des modifications organiques, et M. Rabier (Psychologie) adopte ce sentiment. — M. Rouillier ^Revue philosophique, lévrier 1887, et Nouvelles Études de Psychologie) croit, avec la plupart des spiritualistes, que la conservation des idées est un phénomène tout entier spirituel.

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