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LE RÉSULTAT DES TENDANCES

pement un acte concret, déterminé, réalisera infailliblement et fatalement cette idée et l'acte par suite. De là le danger de la passion. La passion à son paroxysme est une forme de la monomanie. Racine l'avait profondément observé, la folie d'Oreste est la conséquence forcée de sa passion insensée. Le vertige, l'imitation instinctive sont les cas les plus ordinaires de ce phénomène.

Dans la vie normale, beaucoup de tendances ou, pour parler l'ancienne langue, de désirs, luttent entre eux, se combinent, se coordonnent ou s'excluent; à proportion que chacun d'eux s'est réalisé plus souvent, il prend une force plus grande en vertu des lois de l'habitude; il se dégage ainsi peu à peu des flux et reflux des tendances et des désirs une direction générale de l'être, une manière à peu près stable de se conduire dans les circonstances ordinaires de la vie, un caractère. Ce caractère une fois formé, vers l'âge adulte, il est bien difficile qu'une tendance opposée puisse s'y introduire, y grandir et s'y développer jusqu'à produire l'acte dont elle est la représentation. Ce caractère se manifeste jusque dans les cas les plus anormaux. C'est ainsi qu'on explique les résistances qu'opposent les hypnotisés à certaines suggestions. « L'un des sujets de M. Ch. Richet, dit M. Ribot, qui se laisse sans aucune difficulté métamorphoser en officier, en matelot, etc., se refuse au contraire avec larmes à être changé en prêtre : ce que le caractère, les habitudes du sujet et le milieu où il a vécu expliquent suffisamment (i). » Ainsi, chaque tendance est déterminée, chacune tend à un acte et à un seul acte; si deux tendances contraires se succèdent d'assez près avec une force à peu près égale, chacune d'elles empêche la réalisation de sa rivale ; il en résulte des mouvements ébauchés, qui trahissent les hésitations du sujet. Enfin une des tendances l'emporte et elle se réalise. Dans tous les cas, ce que la psychologie empirique appelle volition, n'est que le mouvement dernier, la tendance qui se réalise en dernier lieu. Comme le dit encore M. Ribot : a La volition (nous sommes obligés d'ajouter : dans la plupart des cas) est un état de conscience final

(^) Les Maladies de la volonlc, p. 141.

qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d'un groupe d'états conscients, subconscients ou inconscients (purement physiologiques), qui tous réunis se traduisent par une action ou un arrêt. La coordination a pour facteur principal le caractère, qui n'est que l'expression psychique d'un organisme individuel. C'est le caractère qui donne à la coordination son unité, — non l'unité abstraite d'un point mathématique, mais l'unité concrète d'un consensus... La volition n'est qu'un efïet de ce travail psychophysiologique, tant de fois décrit, dont une partie seulement entre dans la conscience (*). De plus, elle n'est la cause de rien. Les actes et mouvements qui la suivent résultent directement des tendances, sentiments, images et idées qui ont abouti à se coordonner (2)... C'est de ce groupe que vient toute l'efficacité (^). » Cette conclusion n'est autre, sous une forme plus savante, que celle de l'ancienne psychologie empirique : la lutte des désii'S constitue les hésitations de l'agent, le désir qui l'emporte est le plus fort, ce plus fort et dernier désir se nomme volonté. Ainsi concluaient Hobbes, Locke, Spinoza, Helvétius, La Mettrie. La volonté est un effet sans être une cause.

Nous n'hésitons pas à dire que nous adoptons ces conclusions et que nous les prenons à notre compte. Nous nous contenterons seulement d'y apporter une restriction. Il est vrai qu'elle est importante. Là où la psychologie empirique ancienne ou nouvelle dit : toujours, nous nous contentons de dire : la plupart du temps. Cette restriction à elle seule suffit, en effet, à sauver la liberté. Nous admettons donc la puissance des tendances et des désirs, toutes ces lois fort justes de la composition des désirs et des tendances, tout ce mécanisme de la volonté; nous admettons même que souvent, très souvent, la plupart du temps, ce que nous appelons volonté n'est autre chose que le résultat du conflit de ces tendances ; nous nous demandons seulement si cela est vrai toujours. Peut-être que tout ce

(') M. Ribot ajoute : sous la forme d'une délibération.

(2) M. Ribot ajoute : sous la forme d'un choix. On verra au chapitre III rimportance que nous attachons à ces suppressions.

(3) Ibid., p. 174.

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