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LA PUISSANCE DE CHOISIR

l'acte injuste est accompli volontairement, bien qu'il n'admette jamais que l'on soit injuste volontairement (^). Il distingue entre l'action et l'intention. L'intention ne peut jamais être injuste volontairement, mais l'action peut ne pas remplir nos bonnes intentions, parce que nous pouvons nous être trompés dans le choix des moyens pour réaliser la fm. Le choix s'est alors opéré dans la région moyenne, indéterminée, dont nous venons de parler. C'est le 0'j;ji; qui l'a opéré.

Ainsi la puissance de choisir, puissance que Platon né ^7 semble avoir nommée niille part, qu'Aristote et à sa suite tous les anciens appelleront^ non la liberté, mais ce qui dépend de nous, xo ïo' r^\wi^ et que les modernes ont nommée le libre arbitre, est reconnue par Platon et placée ^ / par lui dans le domaine de l'opinion. La posséder, ce n'est pas posséder une vraie puissance, mais une impuissance; ce n'est pas une perfection, mais une imperfection véritable. C'est ainsi qu'il éclaire et complète Socrate. L'idéal, ici comme chez Socrate, est le déterminisme du bien; mais en fait l'idéal est loin d'être toujours réalisé; s'il est la règle du droit, il est loin d'être la loi des faits, et il y a dans le monde bien plus d'ignorants captifs dans les ténèbres de la caverne, que d'affranchis qui voient la lumière du feu, bien plus encore de ceux-ci que de citoyens libres qui contemplent les arbres, les étoiles, le ciel et le soleil même. Ceux qui vivent dans les ténèbres de la caverne ne peuvent pas plus choisir que les derniers. Mais, tandis qu'ils sont livrés en esclaves au torrent mobile de leurs sensations, qui les dominent, les emportent « voguant d'un bout vers l'autre », ceux-ci, au contraire, sont assurés dans la possession éternelle et immuable du Bien. Ils n'ont pas à se mouvoir puisqu'ils jouissent du repos. Ils se dominent, se possèdent et se commandent; eux seuls possèdent la vraie liberté.

La puissance de choisir est ainsi pour Platon le privilège d'une classe d'hommes intermédiaire entre les bons et les méchants, entre les savants et les ignorants. Il est une puissance à la fois et une impuis-

(1) Ltî^es, IX, 861.

sance, puissance par rapport à ceux qui n'en ont aucune, impuissance par rapport à ceux qui possèdent la réalisation accomplie de l'être et pour qui, par conséquent, pouvoir serait un amoindrissement.

Un progrès notable vers l'idée du libre arbitre s'est cependant accompli. Il est reconnu, sinon précisément nommé, dans une région moyenne et inférieure, et, si l'on se souvient que les possesseurs de l'Idée, que les contemplateurs du Bien sont en très petit nombre aux yeux de Platon, on remarquera qu'accorder le libre arbitre à quiconque restait au-dessous de cette perfection sans tomber au dernier degré de l'abaissement intellectuel, c'était en réalité reconnaître que la moyenne des hommes le possèdent. Mais dans la pensée de Platon le libre arbitre reste toujours conçu comme un pis-aller, comme un affaiblissement et comme un défaut. L'acte assuré vaut mieux que l'ambiguë et incertaine puissance. Sans doute, mais où est-il, cet acte achevé et complet, cet acte pur? En dehors de lui ne faut-il pas dire qu'il y a partout de la puissance et par conséquent de l'incertitude et de l'ambiguïté ? C'est ce que soutient Aristote. Platon se plaçait au point de vue idéal et faisait une obligation à l'homme d'imiter Dieu, Aristote étudie l'homme en lui-même, dans sa réalité, et dès lors aime mieux y trouver la puissance du bien que l'absence de toute puissance. En cela, d'ailleurs, il est d'accord avec le fond de la doctrine platonicienne. Si elle aime mieux l'homme libre que l'affranchi, elle préfère l'aftranchi à l'esclave.

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