CHAPITRE III Aristote
Ai'istolc s'adresse surtout à l'observation pour résoudre le probltMiie du libre arbitre. — Premier degré du pouvoir de l'bommc, la spontanéité. — Deuxième degré, la volonté.
— Troisième degré, le choix. — Conditions du choix. — La contingence dans l'objet. — La contingence et la raison dans le sujet. — Conséquences logiques de la contingence.
— Indétermination des propositions singulières de l'avenir. — Discussion. — Aristote admet l'indétermination pour sauver le Tibre arbitre. — Retour sur ce qui précède. — La contingence s'explique par la combinaison des passions avec la raison. — La métal)hysique d'Aristote ne peut soulever d'objection contre les doctrines précédentes. — Sa physique est déterministe. — Destinée qui vient des astres. — Déterminisme psychologique par le voO; 7101^,11x6?. — L'opposition des nécessités permet la contin. gence. — Le xb è^'yjfjiîv résulte de notre faiblesse plus encore que de notre force.
Nous venons de faire pressentir déjà qu'Aristote accorde au libre arbitre mie part plus large que Socrate et que Platon. Il observe les faits de plus près, est habitué aux plus délicates observations psychologiques non moins qu'aux spéculations métaphysiques les plus élevées. Or, il est bien difficile à un observateur attentif de la conscience humaine de n'y pas découvrir la croyance à un pouvoir de l'homme sur ses actions. Aristote croit donc à une puissance de l'homme, à une^N certaine indétermination des actes, à un libre arbitre, t mais il serait fort téméraire de penser qu'il s'est formé de ce pouvoir l'idée même que l'on s'en fait aujourd'hui.
Pour nous rendre un compte exact de la pensée d'Aristote, nous n'avons qu'à exposer la suite de/ réflexions par laquelle il arrive à découvrir le pouvoir! de l'homme sur ses actions, à déterminer la nature et; l'étendue de ce pouvoir. Aristote a attaché une grande importance à cette théorie, puisque nous la trouvons reproduite dans les trois Morales qui nous sont restées sous son nom. Ici, comme toujours, c'est la Morale à Nicomaque qui est la plus explicite et la plus précise,
celle qui porte le plus l'empreinte de la paternité d'Aristote, c'est donc celle que nous suivrons de préférence (^).
Nous verrons ainsi Aristote trouver dans le choix la caractéristique du pouvoir de l'homme sur ses actions, puis découvrir dans la contingence la condition essentielle du choix, discuter enfin les conséquences logiques de l'indétermination des actions humaines. Nous aurons ensuite à examiner comment cette doctrine s'accorde avec les autres théories du philosophe.
Le premier degré du pouvoir de l'homme est la spontanéité. On dit que les actions sont faites sans spontanéité quand elles nous sont imposées par la violence (|3(a) ou quand nous les accomplissons par ignorance (ot ' avvoiav). Les actions faites par force sont celles dont la cause est extérieure à l'être qui les accomplit {^). Par conséquent, l'acte spontané doit être l'acte dont le commencement se trouve dans l'être qui connaît l'acte singulier qu'il réahse {^). j<Mais la spontanéité n'est pas le privilège de l'homme, elle appartient aussi aux enfants et même aux animaux (^). Or, l'homme adulte possède sur ses actions un pouvoir incomparablement plus grand que les animaux et les enfants. Lui seul est capable de vertu. Quel est donc ce pouvoir nouveau qui doit s'étendre plus loin que la simple spontanéité ?|T]a spontanéité peut se concilier avec l'absence de volontéj(^) : un acte peut être imposé à l'être par la nécessité; pourvu que cette nécessité soit intérieure, l'acte n'en reste pas moins spontané. Le pouvoir de l'homme semblerait donc devoir se rencontrer dans lai
volonté, go'jAY;c7'.ç.
O Sur l'authenticité respective des trois Momies, voir Ollé Laprune : Essai sur la morale d'Arislote, introduction, in-S"; Paris, Belin, 1881.
Q) "Ouot' av Y) aixt'a £v toÎç ÈxtÔç. — Tb pîaiov ècTTt ou e^wOev y\ àpx"^(. — Eth.
Nie, m, 1.
Q) Tb Ixouffiov 66^et£v av elvai ou v) ocpx^ ^"^ aùxô) eIôoti xà xa8' exacna £v oïç t\ itpa^iç. — Ihid. Cf. sur xà Ixoucria. Mag. Mor., I, 12, 13, 14. — Eth. Eud., II, 7.
0) Eth. Nie, III, 2.
C*) 'Â>X' bxi xai \i.r\ pouX6[ji.£vov Èvôr/etai upàxxEiv sxovxa, xouxo ôéÔEixxai }x6v5v. — Eth. Eud.,U,S.