‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 143 sur 193 · LA VI K DU SA(;K · texte numérisé non relu

LA VI K DU SA(;K

sa liberté. 11 [)reii(li"ii ainsi la cunscience de sa valeur. Le sage selon Spinoza s'annihile en lace de la valeur infinie de la nature, c'est un point mathématique qui s'absorbe et s'annule dans l'infini; pour nous, il n'en est pas de même, notre place est petite, mais elle existe et a sa valeur, nous ne nous anéantissons pas comme le bouddhiste ou le panthéiste, nous nous remettons simplement à la place qui nous a été assignée. Nous avons par nous-mêmes une valeur. Celui donc qui s'est converti et travaille à devenir sage, ne change pas pour cela ses occupations, sa manière de vivre, il n'abandonne ni sa femme, ni ses enfants, ni sa patrie, ni son art, ni même ses biens; à Textérieur de sa vie rien n'est chargé, sauf le mal qu'il travaille à supprimer, ce dont personne autour de lui ne songe à se plaindre, mais à l'intérieur tout est transformé; une seule pensée est venue qui a tout transfiguré. Il travaille et est même plus appliqué qu'autrefois, mais il n'est plus préoccupé ni du succès, ni des jugements d'autrui. Rien de tout cela n'est le bien; le bien, c'est la paix de son âme et l'accomplissement de la loi. Les êtres qui lui sont chers peuvent souffrir et mourir même, son àme sera désolée, mais non troublée, il dira avec le poète :

Je conviens à genoux que vous seul, Père auguste, Possédez l'infini, le réel, l'absolu; Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste, Que mon cœur ait saigné puisque Dieu l'a voulu.

Il ne proscrira pas les larmes comme Épictète, il pleurera sur les douleurs d'autrui comme il pleure sur les siennes propres, il n'accordera pas seulement aux autres êtres la pitié, hautaine et méprisante comme celle des pessimistes contemporains, ou gémissante comme celle des bouddhistes, il s'efforcera de soulager leurs maux, les aimera pour leurs douleurs et adoucira leurs blessures par le baume de sa charité; ses larmes couleront ainsi et cependant une paix constante environnera son àme, il sera résigné non déprimé, ni affaissé comme les épicuriens, ni raidi comme les stoïciens; il aura la douleur tranquille et ses sanglots même les plus déchirants auront

des résonances douces dans les échos profonds de son àme. Pas plus que les souffrances, les joies du dehors ne pourront troubler sa vie. Il préférera la joie à la douleur, parce que la joie est dans l'ordre, mais il ne se laissera pas emporter ni dissiper aux mouvements du plaisir. Il rira comme il pleurait, dans le calme de l'âme, dans la paix et la tranquillité du cœur. Ainsi coulera sa vie, semblable au dehors à celle de tous les autres, mais éclairée au dedans d'une lumière sereine qu'aucun événement ne peut troubler et que les approches mêmes de la mort ne feront pas vaciller. Il n'y a de l'autre côté de la vie rien que le sage puisse appréhender, il ne peut y avoir que la continuation de l'amour, de la sagesse et de la bonté. Par delà les collines qui barrent la vue s'étendent les plaines immortelles et le soleil de la justice les dore.

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