CHAPITRE I^'- Les Conséquences métaphysiques du libre arbitre
Diverses conséquences du libre arbitre. — Conséquences métaphysiques. — La forme substantielle. — L'être libre doit être en soi, par soi et pour soi. — Autonomie de la volonté. — SystÎMncs qui ne peuvent se concilier avec le libre arbitre. — Le phénomé' nisme. — Le monisme. — Le panthéisme. — L'hylozoïsme. — Le matérialisme. — L'optimisme. — Le pessimisme. — Les décrets absolus. — La liberté de Dieu. — Subordination des lois de la nature à la loi du bien. — Liberté de la loi du bien.
Nous savions déjà par les analyses du premier livre qu'il y avait de la contingence dans le monde et que tout n'y était pas nécessaire, nous venons de trouver dans le livre précédent cette contingence réalisée dans l'àme de l'homme et constituant son libre arbitre. Une contingence qui dispose d'elle-même, un libre arbitre, ne peut pas exister sans amener des conséquences de toutes sortes dans la spéculation et dans la pratique. Si le libre arbitre existe, ni les êtres ni le monde dans son ensemble ne doivent avoir la même constitution essentielle et métaphysique, ni la science ne doit être comprise de la même façon, ni la morale individuelle, ni le droit social ne doivent avoir le même sens et la même portée, ni Part même ne doit être conçu de la même manière. L'étude à laquelle nous venons de nous livrer ne serait donc pas complète si nous ne dérouHons la série des conséquences du libre arbitre pour la métaphysique, la science, la morale et l'art-
Voyons d'abord les conséquences métaphysiques,
Nous l'avons déjà établi plus haut (^), l'indépendance de l'être est la première condition de sa liberté. Aucun être ne peut être libre en ce en quoi il dépend. Par conséquent les seuls êtres qui soient libres sont ceux qui ont une existence en eux-mêmes, une véritable unité. Un amas ou un assemblage n'est pas vraiment un, l'unité ne peut lui être attribuée que d'une façon extérieure et artificielle, c'est, ainsi que parlaient les scolastiques, une pure dénomination extérieure. L'unité d'un tas de pierres n'est ni dans les pierres ni dans le tas, elle n'est que dans l'esprit qui considère à la fois les pierres. C'est ainsi qu'il n'y a aucune véritable unité dans les corps considérés à un point de vue purement géométrique. Leur étendue est toujours divisible et dès lors toujours multiple. L'unité mécanique n'est non plus qu'une dénomination extrinsèque. La mécanique suppose rassemblée en un point central toute la force du corps, qu'elle nomme masse, mais cette masse n'est qu'une résultante idéale dont la réalité se trouve dispersée dans chacune des masses atomiques composantes. Pour que l'unité ne soit plus seulement conçue dans le corps, pour qu'elle lui appartienne réellement, pour que le corps mérite vraiment d'être appelé un, il faut dépasser le point de vue géométrique et physique et arriver jusqu'à la constitution même de l'être, c'est-à-dire à son essence chimique.
Que l'on admette l'existence d'un seul corps simple dont les assemblages défmis par le nombre et la position des parties formeraient tous les autres corps, ou qu'on admette plusieurs corps simples qui servent ensuite à former les autres, il faut toujours reconnaître que dès que nous nous trouvons en présence d'une substance chimique, nous avons en face de nous une unité véritable. Cette unité réside dans la loi selon laquelle les atomes homogènes ou hétérogènes sont groupés, c'est cette loi qui fait des atomes séparés une substance; les atomes étant la matière, cette loi mérite bien d'être appelée la forme du corps et, comme ce n'est que lorsque
(1) 11« part., liv.- L ch. 5. ;