‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 148 sur 193 · L1J3ERTÉ DV: LA LOI · texte numérisé non relu

L1J3ERTÉ DV: LA LOI

lient toutes les autres; or, l'ordre le plus élevé (|iie nous trouvions dans la nature, celui que les autres conditionnent et préparent, est l'ordre de la pensée et l'ordre de la moralité qui en est la suite, comme nous le verrons plus loin. Il s'ensuit donc que les lois, conditions premières de toute existence et de toute vie, ne peuvent être que nécessaires, mais que les constances de leurs entrecroisements et de leurs rencontres dépendent de lois plus hautes dans lesquelles entre comme facteur la liberté. De même que le pilote oriente sa voile au vent et s'accommode aux circonstances, désirant l'arrivée au port plutôt que le droit chemin, de même la loi souveraine a sans doute un but immuable, mais elle sait y arriver en tenant compte de toutes les contingences et de toutes les libertés. C'est elle-même d'ailleurs qui a voulu ces libertés, et par suite, quand elle en tient compte, c'est d'elle seule qu'elle dépend. C'est avec une règle de plomb et non avec une règle de fer qu'a été tracé le dessin des choses. La loi qui gouverne est une loi de grâce et d'amour, une loi de charité qui se fait toute à tous et sait unir, comme il convient à la suprême pensée et à la souveraine liberté, la plus merveilleuse variété à la plus solide unité. L'équilibre du monde n'est pas l'équilibre stable d'une chose morte, mais l'équilibre instable qui fait la vie des êtres organisés. L'idéal de la loi ne doit pas être placé dans la rigueur mathématique, mais dans les conceptions les plus élevées de la vie et de l'amour. Si, en effet, la loi n'est que la pensée, qu'est-ce qui donne à la pensée le branle et le mouvement? qu'est-ce qui est la raison la plus intime de son exercice et ainsi la raison môme de la raison? N'est-ce pas le plaisir qu'elle prend à se sentir être, le bien qu'elle éprouve et qui l'attire? et n'est-ce pas ainsi l'amour qui est la cause première de son acte? Le bien et l'amour sont ainsi la raison dernière des choses. Sans le bien il n'y aurait point d'amour, et sans l'amour il n'y aurait point d'action, et par suite point d'activité, ni de pensée, ni de loi, si la loi n'est autre chose que le résultat de l'exercice de la pensée. Par conséquent, ce n'est pas la nécessité qui est le dernier mot des choses, mais la Bonté. Or, la bonté se subordonne les choses, mais en elle-même elle

o04 CONSÉQUENCES MÉTAPHYSIQUES. *

est une indépendance absolue. Tout dépend des fins supérieures de la bonté et de l'amour, tout va au bien, tout y converge, et dès lors tout doit librement s'y adresser. L'amour a posé librement la liberté dans le monde, l'amour seul maintient le monde, et s'il semble déroger aux lois géométriques, c'est en vertu de lois plus profondes, dont l'harmonie se dérobe à notre raison, mais dont notre cœur s'enchante.

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