LE CHOIX
Mais la gcjAos'.; a pour objet la fin (^); or, la fin est toujours imposée à la volonté de l'être. L'être est mu par le désirable, qui s'impose à lui comme une lin. La volonté est l'appétit des êtres intelligents, l'appétit de rintelligence, le désirable intellectuel lui est imposé. «Le désirable meut d'abord, la pensée meut ensuite à cause de lui, de sorte que le désirable est l'origine de la pensée... Le désirable meut sans être mu par la pensée qu'il excite {^). » Ce désirable est le souverainement soubaitable, l'acte ineffable de l'intelligence « auquel est suspendu le ciel et toute la nature», l'acte pur. La volonté, le désir du bien n'est donc pas en la puissance de l'homme.
La seule chose qui soit en sa puissance est le choix éclairé ou r.pooLipsT.q. L'acte qui précède la Trpca^pE^.; est la délibération, Po-jaV]. Le choix est un ^ppétit qui vient après la délibération et Ja réflexion7 un appétit réfléchi, cp-b.q gc-jX£'jT'.y/«i (3). On ne délibère, on ne consulte que sur les choses possibles et contingentes, comme on ne choisit que celles-ci. Personne ne s'avise de délibérer sur les choses éternelles, sur le monde, sur le mouvement des astres, ou l'incommensurabilité du rapport de la diagonale au carré {^). On ne délibère point sur les choses qui dépendent du hasard non plus que sur celles qui dépendent des autres hommes ; ce sur quoi nous , délibérons est cela même qui dépend de nous, to £?'y][j.Tv. '^^ Le choix s'exerce sur l'objet de nos délibérations, et n'a : par conséquent pour objet que les possibles. On peut désirer l'impossible, mais on ne choisit jamais une chose qu'on sait impossible. Par cela seul sont exclues de la matière du choix toutes les actions qui renferment en elles une impossibilité physique ou une impossibilité rationnelle. L'homme ne peut choisir de n'être pas soumis aux lois de la pesanteur ou de la mortalité,' il ne
0) 'H |j.èv pouXr,(n<; xoO tÉXouç la\\ (xôcXXov. — Eth. Nie, III, 2. — BovXexat ô£ ye ixocXtaxa xb xéXo;. — Eth. Eud., II, 10. — Cf. Mag. Mor.,^ ^' P' ,
(*) Tb opsxxbv yàp xiveî, xai Sià toOto rj Siâvoia y.iv£Î on ci.p'/r\ aùxT,? sa-x\ xb opExxôv... ToOxo yàp xiveî où xivo'J[X£vov xo) voY)ijr,vai . — De Anini., III, 10.
(3) Eth. Nie, VI, 2.
(*) Eth. Nie, III, 3.
peut non plus choisir que le triangle n'ait pas ses trois angles égaux à deux droits. Le choix suppose donc que deux possibles sont en présence. Il suppose donc la contingence dans Tobjet de l'action (^).
Mais cette contingence extérieure suffit-elle pour que le choix puisse s'exercer? Non, dit Aristote. Il faut encore que l'action soit contingente par rapport à nous, que rien ne nous oblige de choisir l'un des deux possibles plutôt que l'autre, que nous puissions nousmêmes accomplir ou ne pas accomplir celui que nous choisissons (^). Le choix ne suppose donc pas seulement la contingence dans l'objet sur lequel il doit s'exercer, il la suppose encore dans le sujet qui l'applique.
Dans la série successive des êtres, les uns ne possèdent en eux-mêmes le principe d'aucun mouvement et ne sont mus que par l'extérieur ; d'autres ont une puissance motrice, une spontanéité, mais les mouvements qu'ordonne cette spontanéité sont soumis tout entiers à l'appétit, et l'action de l'être qui possède la spontanéité s'accomplit avec la nécessité d'un syllogisme. « Chez l'animal, l'appétit tient lieu de la majeure; la sensation, ou en général l'intuition, de la mineure, l'action elle-même, de la conclusion. — « Il faut boire, dit l'appétit ; voici la boisson, dit le sens, et aussitôt l'animal boit {^). »
Enfin la raison apparaît au-dessus de la sensation et avec la raison, le pouvoir de délibérer et de choisir (•^). La mineure du syllogisme de l'action n'est plus abandonnée ici à la sensation ou à l'imagination, c'est l'esprit (v:Dç) qui la détermine et la détermine librement. La mineure du syllogisme est donc contingente et la conclusion, ou l'action, participe à la contingence de la mineure (^). Cette contingence dans l'action est le
(1) Eth. Nie, III, 2; Mag. Mor., I, il ; Eth. Eud., II, 10.
(*) Ta [xèv ôuvarà [ih S(7ti xa\ sTvai xai [jly] elvat, àXX'oOx Iç' r.jxîv aÙTwv f, ylveat? sartv, aX),à xà (xàv ôîa çucriv, xà 6s oi' aÀ>.aç aîxiaç yi'vexai, 7r£p\ o)v ouôet; àv oùô' £Yxeipr,(7sis [5o-j)-£us(T8ai [xr, àyvowv. — Eth. Eud., II, 10.
(') Ravaisson, Essai sur la 'métaphysique d' Aristote, t. I, p. 49i. « IIoxsov [xoi, Tj £7i'.0*j(jLta Xsyei'xôôî xb tioxov, yj aîcrOrjaiç eluev, tj r, çavxacia, r, o voO;, eOOÙ; Tcîvci. )) — De Anim. mot., VII. Cf. : De Anïm., III, 11.
(*) Tb yàp po-j>.£'jca8ai xat Xoyt'^eTÔai xa-jxôv. — Eth. Nie, VI, 1.
(S) Anal, pria}'., I, 15.