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CHAPITRE III Les Conséquences morales du libre arbitre

Les notions morales.- Leur explication déterministe. — La responsabilité. — Le mérite. — Le démérite. — La sanction. — Le repei'.lir — La justice. — La valeur du monde dans le déterminisme. — Cruelle énigme. — Le monde déterministe est amoral. — Explication des notions morales au point de vue du libre arbitre. — Existence d'un ordre idéal du droit. — Le devoir. — La science et la morale.— Explication de la douleur. — La valeur du monde.

Une des preuves les plus fréquemment apportées en faveur de l'existence du libre arbitre est celle qui résulte des notions morales. On montre qu'aucune des notions morales telles que les possède la conscience, ne peut s'expliquer dans l'hypothèse déterministe. Ainsi la responsabilité, le mérite, la sanction, le repentir, le droit ne pouvant plus exister pour le déterministe, il s'ensuit que le déterminisme est réfuté par une sorte de réduction à l'absurde. Mais le déterministe répond qu'il peut donner un sens très plausible à toutes ces notions, qu'il peut les interpréter aussi bien et mieux peut-être que le partisan du libre arbitre. Nous avons vu plus haut, en elTet, que la notion du devoir était également explicable du point de vue déterministe et du point de vue du libre arbitre. Cette notion même se prête aux deux interprétations sans subir un notable changement de sens. 11 n'en est pas ainsi des autres notions que nous venons de mentionner; le déterministe reconnaît volontiers que le sens qu'il leur donne n'est pas du tout le même que celui que leur attribue le partisan du libre arbitre. Mais il soutient que son interprétation est d'accord avec les données véritables de la conscience, non peut-être avec les données d'une conscience soumise de lono'ue date à une éducation dominée par l'idée du libre arbitre, mais avec les données d'une conscience libre de toute éducation indéterministe.

Nous ne voulons pas ici examiner le bien fondé des prétentions déterministes, nous croyons que la vérité des notions morales dépend plutôt de la vérité du libre arbitre que la vérité du libre arbitre de l'existence des notions morales. Or, nous avons prouvé l'existence de notre libre pouvoir. Nous ne voulons ici et dans le chapitre suivant que mettre en présence les conceptions qui doivent résulter dans les divers domaines pratiques de la croyance au déterminisme ou au libre arbitre. Nous raisonnerons en logicien ])eaucoup plus qu'en moraliste ou en psychologue, la conscience du lecteur l'avertira plus sûrement que nous ne saurions le faire de quel côté se trouvent les conceptions qui répondent à la véritable nature de l'homme.

Quand nous accompUssons une action qui a une valeur morale, que sentons-nous? Avant d'accomplir l'action, nous entendons une sorte de voix intérieure qui nous commande ou nous défend d'accomplir cette action, c'est le devoir; nous nous sentons obligés d'obéir au devoir, c'est le sentiment de TobUgation. Après que l'action est accomplie, nous sentons que c'est nous qui devons répondre du bien ou du mal qu'a produit cette action, que ce bien ou ce mal nous est imputable, nous avons donc le sentiment de notre responsabilité. Par le fait seul que nous avons accompli une bonne action, nous croyons avoir droit à une partie du bien qui en doit résulter, nous croyons mériter un bonheur futur, c'est la notion de mérite ; si l'action accomplie est mauvaise, nous croyons qu'il est juste que nous ressentions le contre-coup de la méchanceté de notre action, et que c'est justement que nous éprouverons du malheur^ c'est la notion de démérite. Comme conséquence de ces deux notions, nous attendons un bonheur à la suite de notre bonne action ; à la suite de notre action mauvaise nous attendons un malheur. Nous avons donc l'idée de récompense et de punition, en un mot l'idée de sanction. Et cette sanction ne se fait pas longtemps attendre : l'action une fois réahsée, si elle est bonne, nous sentons en nous-mêmes la paix profonde, l'épanouissement délicieux qui résultent du bien accompli; si elle est mauvaise, nous ressentons

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