T.A VALEUR DU MONDE
c[ue raccompagnement et comme l'efflorescence de l'ordre intellii^ible, la douleur ne sera plus inexplicable. Le libre arbili'e, quand il fait mal, bouleverse l'ordre intelligible et dès lors empecbe le plaisir qui aurait dû en résulter. Cette privation de plaisir constitue la douleur. Ainsi le mal sensible est le retentissement du mal moral. Ainsi nous n'avons plus lieu de nous scandaliser et d'imputer à l'ordre des choses une inexplicable cruauté. La douleur est œuvre humaine et le désir angoissé qui en est la suite. Dans l'ordre véritable des choses le ressort qui devrait nous pousser h l'action n'est pas un désir où se môle la soufîrance et le sentiment de la privation, mais l'amour qui voit sans cesse se développer sa satisfaction à mesure qu'il augmente. Or, où est la place du mal et de la souffrance dans un amour de cette nature? L'ordre sensible est ainsi une conséquence sans être par lui-même un but. Le but suprême n'est pas la science, ni le plaisir, ni même la liberté, le but suprême est le Bien, c'est-à-dire la réalisation complète de la loi harmonieuse où la liberté docile aux enseignements de la science fait sortir de la tige de ses actes cette fleur charmante et durable à qui ne convient plus le nom trop léger de plaisir, mais qui mérite d'être appelée la béatitude et le bonheur.
La question de la valeur du monde et du prix de la vie prend alors un nouveau sens et comporte une solution. Le monde est bon ou mauvais selon que nous le voulons ; nous pouvons, en voulant le bien, en obéissant au devoir, rendre le monde bon; en voulant le mal, en contrevenant au devoir, faire le monde mauvais. La valeur du monde dépend de nous : en faisant le bien, nous travaillons à réaliser l'optimisme; en faisant le mal, nous travaillons à donner raison au pessimisme. — Avec la contingence renaît encore la possibilité du progrès; outre que nous pouvons nous-mêmes augmenter le bien du monde, il n'est plus interdit de penser que quelque chose de nouveau s'ajoute à son être et peut augmenter sa perfection. Ainsi sont satisfaites les croyances intimes de l'humanité et ses plus chères aspirations. Ainsi se reforment les notions de responsabilité, de mérite, de démérite, de
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récompense, de punition, qui constituent le fond de la conscience humaine. Ainsi est justifiée l'indignation de Jésus contre le mauvais riche, l'admiration que nous inspire Régulus et l'appel suprême que fait Socrate à l'immortalité afin d'ahsoudre les dieux. Les larmes du repentir ne sont plus une tristesse vaine et coupable, mais elles effacent la faute, elles édifient une vie nouvelle sur une conscience restaurée.