RÉSUMÉ DE LA DOCTRINE
connaissance que nous avons de la malice de nos actes ou de leur bonté.
Ainsi Aristoie n'admet pas une indétermination absolue de l'être, mais une indétermination relative. Nous venons
^de le voir, les choses qu'il regarde comme les conditions essentielles de l'acte libre sont : 1° la contingence de l'action, sa possibilité physique ou logique; 2" la connaissance des deux possibles et des raisons qui poussent à les accomplir, la déhbération; 3° enfin le choix contingent, l'élection indéterminée d'un des deux possibles. Aristote n'ajoute pas l'efTort, mais il est sous-entendu dans le choix. Quand nous accomplissons un des possibles après l'avoir élu, nous faisons évidemment ce que nous pouvons, et faire effort, c'est faire ce que l'on peut.
C'est surtout dans l'élection que paraît résider ce qui dépend de nous, ce qui est en notre pouvoir, to ko ' r^jX^t. Cette élection est une action singulière, non une notion ; comme telle elle échappe aux lois fatales de l'intelligence ; elle se distingue aussi des spontanéités vitales qui poussent l'animal avec une nécessité intérieure; elle se distingue encore de la volonté générale, du but de la vie. C'est donc une puissance moyenne qui ne s'exerce ni sur le commencement ni sur la fm. Le commencement absolu de nos actions est la racine même de notre existence et de notre vie, et par conséquent nous échappe; la fm dernière qui nous attire nous échappe également. Mais, dans cette région moyenne du choix, la raison nous guide toujour^ La sphère étroite de l'élection est la même que celle de la délil3ération, de la réflexion. Il ne peut y avoir choix que là où il y a balance des raisons pour et des raisons contre; aussi l'homme, qui est le seul être qui raisonne, est-il le seul qui délibère et qui choisisse. '^J
Mais la raison est une puissance fatale, entièrement déterminée; comment le choix échappera-t-il alors à la détermination et restera-t-il contingent? Par les passions, les affections sensibles de l'être. «L'activité de la volonté humaine a dans la passivité de la nature sa condition, sa matière; la source de nos actions, le foyer de la vie morale se trouvent dans cette partie de notre être qui
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est capable de passion ; elle est la matière à laquelle la fonction de l'immatérielle intelligence est de donner la forme. L'intelligence, avec la raison qui en dérive, mesure et règle la partie passive de notre âme; selon la belle expression d'Aristote, elle philosophe avec les passions ('). » C'est cette conciliation de la raison avec les passions qui constitue ce qui dépend de nous, To h'ri\j.vf. Nous pouvons donc quelque chose, que pouvons-nous? Éhre sans doute un des deux possibles et le tirer du néant préférablement à l'autre malgré les plus solides raisons. Et notre pouvoir est si assuré aux yeux d'Aristote qu'il n'hésite pas à suspendre en sa faveur les règles de la contradiction logique et refuse de les appliquer aux actions singulières de l'avenir.
La métaphysique d'Aristote ne pouvait soulever aucune objection contre cette indétermination des futurs. Le dieu d'Aristote est un acte pur qui se pense éternellement lui-même et ne pense rien autre chose, de peur d'introduire en son être une part de puissance et de devenir qui altérerait la pureté de son acte. Il ne pense donc pas le temps ; les choses du devenir sont pour lui comme n'étant pas; il ne sait pas le passé, il ne voit pas l'avenir. 11 n'y a pas ici la contradiction entre la prescience et la liberté que les théologies futures s'efforceront de lever; la prescience est supprimée et rien ne s'oppose plus à la contingence. L'objection logique soulevée par Aristote n'est redoutable qu'à la condition d'être, pour ainsi dire, réalisée dans une connaissance actuelle. Qu'importe, en effet, que, des deux membres d'une alternative, l'un soit nécessairement vrai tandis que l'autre est nécessairement faux? Si personne ne peut dire quel sera le vrai, quel sera le faux, l'indétermination reste entière (^). Mais si une intelligence concrète connaît actuellement comme réel l'un des deux actes placés en balance, il est bien difficile de persister encore à
(1) i:u[i,9i>.0(709st Toîç TiâÔEat, cité par Winckelman, Histoire de rArt, II, 33. — Ilavaisson, Essai sur la Métaph. d'Ar., t. II, p. 71. — Cf. Renouvier, Con/iit du déterminisme et du libre arbitre, Critiq. lohilos., 1879, t. II, p. 408.
(2) Voy. Renouvier, Essais de Critique générale, i^'' essai ; Logique, 2e édit., t. II, p. 368-395.