INCONSÉQUENCES DE LA DOCTRINE
Seule, cette partie du système vaut par elle-meiue. KUe représeute une des manières de considérer le souverain bien. A ce titre elle est immortelle comme la sensibilité humaine. TuuL ce qu'on peut louer dans Épicure est dans sa morale. Il a eu le mérite de comprendre, ou peut-être seulement de sentir, que la morale ne peut exister sans une liberté, sans un libre arbitre, que ce libre arbitre, pour être la cause du blâme et de la louange, devait être affranchi de toute détermination extérieure ('). Nous ne trouvons chez lui rien autre chose que l'affirmation du pouvoir de l'homme et même des animaux (animantibus) , de décliner quand ils veulent, selon leurs caprices. Il fait consister ce pouvoir dans une indifférence absolue dont l'apparence est un choix, dont le fond est le hasard, et cette puissance hasardeuse est déduite du clinamen atomique. L'expérience psychologique ne la donnait pas, mais la logique du système l'exigeait. PouiUidétruh'e la jcrainte, il faut supprimer la providence et la nécessité; lè clinamen est la seule voie q^ui reste ouverte pour former le monde; Fi ndifférence absolue est donc la seule forme que puissent revêtir les actes volontaires des animaux et des hommes. Si, pour expliquer un système antique qui n'admet pas la raison, il était permis de se servir de la langue de Kant, on dirait : Pour Épicure, le clinamen est un postulat de la raison prati(pu', Ir liusai'd absolu, le libre arljilre inexplicable et l'incertitude de l'avenir sont des conséquences de ce clinamen. Il faut que la liberté existe, dit Kant, parce gue le devoir existe. JLlIaut que l'homme suit liltre, dit Épicure, parce qu'il est composé d'atomes, et tous les atomes sont libres parce que, afin de pouvoir supprimer la crainte, il faut enlever du monde la nécessité des physiciens aussi bien que les dieux du vulgaire.
(i) Diog. Lacrtc, X, 133. — Cf. Plutarque, Be Stoïc. repugn., XXXIV : KaÎTOi ô \}.hi 'Eirixo'jpo? àfxwayÉTtwç o-tpÉcpexat xa\ ZfCKoxtyyv. xr,; àvo-'ou yivriietoç [XY)')(avtô[jL£vo; èXsuÔspcoa'at xai àuoXOaai xb exo'jTiov, uTcèp xoO [xr, xaxaXtiiîîv àvéyxXrjXov xr,v xaxîav.