CHAPITRE V Le Stoïcisme
Le stoïcisme soutient ('Outre l'cpicurismc qu'il n'y a point de hasard, point d'effet sans cause. — La pliysique est la partie la plus importante du système. — L'éthique est une conséquence de la physique. — Les stoïciens adoptent le système de la nécessité. — La succession des choses est invariable. — Optimisme. — Providence physique non métaphysique. — Le monde est un être vivant et raisonnable. — Cosmologie stoïcienne. — L'£l|xap[ji.£v^. — L'avenir est certain et déterminé. — Il peut donc être découvert. — Mais, s'il est immuablement fixé, les oracles ne servent de rien. — Discussion de Sénèque. — Chrysippe cherche cependant un milieu entre la nécessité de Démocrite et la contingence d'Épicure. — Discussion de Chrysippe sur les possibles. — Le possible a plus d'extension que le nécessaire. — La liberté est un but, non un moyen.— Liberté du sage stoïcien. — Les derniers stoïciens admettent plus d'indépendance que les premiers. — Conclusion.
Épicure finit, nous venons de le voir, par être obligé de tout abandonner au hasard. Sur ce point comme sur tous les autres, les épicuriens n'ont pas d'adversaires plus acharnés que les stoïciens. D'après ces philosophes, le hasard n'existe pas, c'est un mot vain dont nous couvrons notre ignorance. Quand nous disons, en effet, qu'un événement est produit par le hasard, c'est que nous ne savons pas expliquer les vraies raisons qui l'ont amené (^). Ainsi, par exemple, un laboureur prend sa bêche et va travailler. En creusant la terre il trouve un trésor. Nous disons que le trésor a été trouvé par hasard ('^). Mais y a-t-il bien hasard, comme on le dit, c'est à-dire quelque chose d'inexpliqué et d'inexplicable? Si le laboureur a creusé en cet endroit plutôt qu'en cet autre, il y a eu sans doute une cause et une raison; de même, celui qui a enfoui ce trésor avait eu ses raisons
0) Tb yàp àvattiov oXtoç àvuuapxTOv etvai xai to auTopiaTov èv 8è xaî? TîXaxTO- [xévai; 'jtc' Èvi'wv xat Xsyofxsvai; xauTai; eTreXsûcreaiv aixta; ào/,),o'Jî uuoTps'/eiv xa\ XavOavetv r,[xà; etz: OdcTôpa ttjv 6p[xr,v àyoûaaç. — Chrys. ap. Plutarch., De Stoïc. rc'p., XXIII.
(') Cf. Alex. Aphrodis., De Fato.
Oï LE STOÏCISME.
pour le cacher et, s'il l'a caché en ce lieu, c'est parce que ce lieu lui présentait quelque avantage. D'ailleurs, quand même il ne pourrait pas dire pourquoi il a choisi cet endroit de préférence, cela n'empêcherait pas cette préférence d'avoir une cause ou une raison. Peut-être a-t-il senti, arrivé là, une fatigue plus grande, ou a-t-il craint d'aller plus loin de peur d'être surpris. Il y a eu telle cause que l'on voudra, mais il y a eu une cause, car rien n'arrive sans cause, c'est le grand axiome des stoïciens. Ainsi, ce qu'on nomme hasard n'est que la rencontre de deux séries de phénomènes dont chacune est déterminée. Si nous connaissions la loi de chacune des séries, l'ordre selon lequel elles se développent nécessairement, nous pourrions expliquer parfaitement leur rencontre. Deux hommes inconnus l'un à l'autre se croisent dans une rue : hasard, dit le vulgaire; raison, dit le philosophe. Si vous aviez connu les positions respectives de ces deux hommes à un moment donné, leur itinéraire, la vitesse de leur marche, vous auriez pu infaillihlement prédire le lieu où ils devaient se croiser. Ainsi, rien ne se fait par hasard; loin de dominer le monde et la volonté humaine, le hasard n'existe pas' et ne peut pas exister. Le dogme fondamental de la philosophie du Portique est la croyance à la providence et à un ordre éternel étahli dans le monde (^). Or, dans les choses ordonnées, il n'y a point de place pour le hasard. C'est ce que voulurent montrer les premiers stoïciens. Aussi la partie la plus importante de leur système était-elle la physique ou physiologie. Dans les comparaisons expressives dont ils se servaient et que Diogène Laerte nous a conservées (2), ils disaient : la philosophie ressemhle à un animal dont la logique forme les os et les nerfs, l'éthique les chairs et la physique l'àme. Elle ressemble encore à un œuf : la logique est l'enveloppe, puis vient l'éthique et enfin la physique représente les parties les plus profondes ; on peut aussi la comparer à un champ dont la logique serait la haie, l'éthique les
(^) Osbv S' eîvat ^(bov àOocvaxov, Àoytxbv, tIXeiov r. vôôpov èv eOoaifJLov'a. v.xxoO TcavToç àv£7ri3sxTov, 7:povor,xixbv xoffixo'j xai t&v ev x6(T(xa). — Dioû,. Laerte, VII, 147. (2) VII, 33.