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LES MINISTRES DE ZEUS

Il dit encore :« C'est un dieu qui accomplit tout('). » Agamemnon rejette aussi sur les immortels la faute qu'il a commise en refusant de livrer Briséis à Achille. Il n'a été qu'un instrument aux mains de toutes puissantes divinités. « Je ne suis pas la cause de ces événements, dit-il {^). » Mais il faut remarquer que ce n'est pas sa propre pensée qu'Homère développe ici, ce sont les excuses d'Agamemnon, et Agamemnon a tout intérêt à accuser les immortels à son profit. La véritable pensée du poète semble plutôt contenue dans ces paroles qu'il prête à Zeus au début de V Odyssée : « Ah! comme les mortels accusent les dieux! Ils disent que les maux viennent de nous quand ce sont eux qui, par leur folie, en violant 'la destinée, s'attirent des malheurs (^). » Eschyle croit de même qu'Até ne précipite à leur perte que les hommes que leur volonté y pousse déjà(*). C'est une loi naturelle que la pensée du crime se présente aux hommes mortels et, comme loi, cette pensée est « fille de Zeus » ; mais cette pensée criminelle ne pousse irrésistiblement au crime que ceux qui se sont déjà rendus coupables ou les malheureux nés d'une race souillée et qui doivent expier les fautes de leurs pères. Commettre de nouveaux crimes est la première punition des crimes anciens, et c'est en ce sens qu'Homère peut dire qu' « Até est envoyée par les Erinyes». Até poursuit alors son rôle de vengeresse. Quand la faute ne doit pas être la punition d'une souillure antérieure, les inspirations d'Até semblent n'être pas irrésistibles et l'homme est alors, comme le dira plus tard Aristote, « le père de ses actions » .

Mais dans Homère Zeus répand sur les hommes plus de biens que de maux. Il est le dispensateur des bienfaits de toute nature. C'est lui qui augmente ou diminue, comme il lui plaît, le courage des héros (^) ; c'est lui qui inspire, comme il veut, le génie des artistes et des

0) Iliade, XIX, 85-96.

(') Eyù) ô' O'jx aÎTtoç eîjxi..

(3) Odyssée, I, 32-35.

(*) Perses, 732.

(«) Iliade, XX, 242.

poètes (^). Les agents par lesquels d'ordinaire il dispense ses dons sont les filles charmantes qu'il a eues d'Eurymone {^), les Charités. « Avec vous, ô Charités, tout devient charmant et doux. Par vous, l'homme est beau, illustre et sage. Sans vous, les dieux eux-mêmes ne célèbrent ni leurs chœurs, ni leurs festins. Vous êtes intendantes de toutes choses au ciel (^). » Sur la terre aussi, la langue le dit : « Rien n'est aimable, séduisant, jeune, que par la présence des Charités, xxpiv.q] tout déplaît où elles ne se trouvent pas, oiyxpiq (^). » — Ce sont elles qui parent Pandore naissante (^) et qui parfument Aphrodite quand elle revient à Paphos (^) ; si les suivantes de Nausicaa sont belles, c'est qu'elles participent à la beauté des Charités (''), quand une chose est belle, c'est encore un ouvrage des Charités (^).

Les Charités athéniennes se nomment Hégémone et Auxo (^), la grâce qui conduit ou commence et la grâce qui augmente.;! Tout ce qui dans l'être et dans la vie a de la réalité, et de la bonté, toute production, tout accroissement est un don des Charités et une grâce de Zeus.

Quelle peut être maintenant la puissance de l'homme d'après les idées païennes? i N'est-il pas dans une dépendance complète de ce Zeus, monarque absolu du ciel, et, par le ciel, de la terre et de ses habitants? Il semble bien évident d'abord que tout ce qui en l'homme constitue une bonté positive est une faveur, un bienfait de Zeus. Ce que nous venons de dire des Charités le prouve surabondamment. Il y a là des ressemblances si évidentes avec le dogme chrétien de la Grâce, qu'un auteur jansénise du commencement du xviip siècle a

(i) Odyssée, I, 348.

(') Hésiode, Théogonie, 907.

(') Pindare, Olympiques, XIV, 4, cité par Decharme, op. cit., p. 211. (*) Cerquand, Les Chantes (Revue archéologique, 2^ série, t. VII, p. 52). — Voir, pour le début de cette étude, Revue archéolog., 2^ série, t. VI, p. 325.

(5) Hésiode, Opéra et dies, 73.

(6) Odyssée, VIII, 364.

Q Ibid., VI, 18. XapiTwv auo xaXXo; ïyo^jaoLi. Cf. Hésiode, Frag. LU, éd. Lehrs : <ï>8tY] */aptTa)v àrco xâXXo; é'xouaa. (^) XapiTcov epya. — Strabon, cité par Cerquand. (') Pausanias, IX, 35.

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