‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 32 sur 193 · CHAPITRE pr Les Données apostoliques · texte numérisé non relu

CHAPITRE pr Les Données apostoliques

Le christianisme placé entre rathéisnic philosophique et le polythéisme religieux. — Les éléments de la dogmatique : faiblesse de l'homme, puissance de Dieu, ordres de Dieu. — Caractère impératif du DiU-alogue conservé dans le christianisme. — Opposition avec le vôjxoç grec. — La liberté impliquée dans les ordres donnés et dans la sanction promise. — Dogme de la chute. — Nécessité d'un rédempteur. — Sans Jésus on ne peut rien, -- La grâce. — Textes divers de S. Paul. — Les premiers accordent à l'homme un certain pouvoir. — Les seconds semblent tout réserver à Dieu. — Deux croyances juxtaiwsécs dans S. Paul. — Le mystère les .concilie. — Prédestination.— Les trois croyances traditionnelles du christianisme. — II s'oppose surtout au fatum stoïcien. — Les premiers Pères.

Au moment où la philosophie avait renoncé à expliquer le monde par un principe supérieur à la nature, où les philosophes ne cherchaient plus la science que dans la physique, ruinaient la vieille religion païenne et tâchaient de fonder une morale, des hommes venus de Judée prêchèrent en Syrie, en Grèce, à Rome et dans tout l'empire une doctrine nouvelle. Cette doctrine, qu'ils appelaient eux-mêmes l'Évangile, enseignait une morale qui ditïérait par son esprit plus encore que par ses préceptes de la morale des écoles philosophiques. Elle ordonnait des actes aussi sublimes que ceux que recommandait le stoïcisme, et en même temps elle prenait soin d'avertir l'homme de sa faiblesse. Elle ne voulait pas qu'il s'assurât sur lui-même, mais sur Dieu seul. C'est qu'en effet, tandis que les doctrines régnantes n'admettaient aucun pouvoir supérieur et extérieur au monde et aboutissaient à l'athéisme, le christianisme ci'oyait â un Dieu unique, personnel, qui dominait le monde et le gouvernait. La métaphysique revenait sous la forme d'un dogme

religieux reprendre dans la pensée humaine la place qu'elle avait un moment perdue.

Ainsi, faiblesse de l'homme, puissance de Dieu, tels lurent les deux dogmes fondamentaux du christianisme. Ajoutez à cela des commandements imposés par Dieu même et qui supposent dans l'homme le libre arbitre, et vous aurez les trois éléments principaux qui devront se concilier dans la théorie morale du christianisme.

Le christianisme est issu du judaïsme, il a certainement une part considérable d'originalité, mais il est aussi un développement, un élargissement de l'esprit juif. Jésus est venu sans doute détruire le Temple, mais il doit aussi le réédifier en trois jours sur des bases nouvelles et agrandies. Les lois morales prêchées par le Christ ne renversent pas, mais complètent et achèvent les lois morales reçues par Moïse. Le Décalogue est donc conservé sous sa forme impérative. La loi juive a en effet ce caractère essentiellement différent du véij.oç grec qu'elle est un commandement émanant d'une personnalité souveraine plutôt qu'un ordre abstrait de la contemplation de l'univers. La loi grecque constate une harmonie dans la nature et prescrit ensuite à l'homme de ne pas troubler cette harmonie. Mais l'homme faisant partie de cette même nature dont on a tiré la loi, si l'harmonie ne se réalise pas dans ses actions, c'est peut-être en vertu d'une harmonie plus profonde qui se dérobe, c'est une laideur plus qu'une faute, une laideur qui peut-être doit contribuer à la beauté de l'ensemble. Chez les Juifs, rien de semblable ; le monde n'est pas une république où tout s'ordonne et s'organise de soi-même, mais une monarchie où se rencontrent un souverain et des sujets. Dieu commande et les hommes doivent obéir. Il est une personne et il s'adresse à des personnes inférieures. Ses commandements se présentent sous la forme impérative d'édits et ils sont promulgués sur le Sinaï avec une pompe extérieure "analogue à celle qui accompagne la promulgation des décrets des monarques de l'Orient. Chez les Grecs, la loi, conçue par les hommes, monte de la terre et domine le ciel même; chez les Juifs, la loi descend du ciel et s'inapose aux hommes.

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