‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 34 sur 193 · SAINT PAUL · texte numérisé non relu

SAINT PAUL

lais ce que je ne veux pas, je suis d'accord avec la loi, parce qu'elle est bonne. Maintenant, ce n'est plus moi qui fais cela, mais le péché qui habite en moi. Je sais que le bien n'habite pas en moi, je veux dire en ma chair. Car vouloir est en mon pouvoir; mais accomplir le bien, je ne saurais. Car le bien que je veux, je ne le fais pas; et le mal que je ne veux pas, je l'accomplis. Si donc, ce que je ne veux pas, je le fais, ce n'est plus moi qui l'opère, mais le péché qui habite en moi. Je trouve donc la loi, quand je veux faire le bien et que le mal habite en moi; je suis charmé par la loi de Dieu selon l'homme intérieur, mais je vois une autre loi dans mes membres qui répugne à la loi de mon esprit et m'asservit à la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? I.a grâce de Dieu par Jésus-Christ notre seigneur. J'obéis donc moi-même par l'esprit à la loi de Dieu; par la chair à la loi du péché (^). »

Il y a donc dans l'homme deux tendances : l'une spirituelle, l'autre charnelle; par la première, nous pouvons vouloir bien faire : velle adjacet mihi; mais la seconde nous empêche d'accomplir le bien : perficere autem honum^ non invenio. C'est donc la grâce de Dieu qui, seule, peut faire triompher dans l'homme la loi du bien. « Ce n'est pas moi seul qui opère, dit encore S. Paul, mais la grâce de Dieu avec moi(^). » J^'homme donc ne peut faire le bien sans l'aide de Dieu; mais appuyé sur ce secours, il n'est rien qu'il ne puisse faire : « Omnia possiim in eo qui me confortât (^). » — « Il nous faut donc aller avec confiance vers le trône de la grâce, afm d'obtenir miséricorde et de trouver la grâce dans un secours opportun (*). » — <i Approchez-vous de Dieu, dit aussi S. Jacques, et il s'approchera de vous (^). »

(1) Rom., VII, 15-25.

(2) Non ego autem, sed gratia Dei mecimi. — I Cor., XV, 10. {^) Philip., lY, 13.

(*) Adeamus ergo cum fiducia ad thronum gratiœ, ut misericordiam coiitjequamur, et gratiam inveniamus in auxilio opportuno. — Hehv., IV, 16. (*) Appropinquate Deo, et appropiuquabit vobis. — Jac, IV, 8,

90 LE GHRISTrANISME.

Dans tous ces passages, il est incontestable que S. Paul admet un certain pouvoir de l'homme, une certaine collaboration de l'homme avec Dieu. Mais d'autres passages semblent tout accorder au contraire à l'action divine : « C'est Dieu, dit le même S. Paul, qui, selon sa bonne volonté, opère en nous le vouloir et le parfaire (i). » Et dans VÈpître aux Romains il disait dans les mêmes termes : « Le vouloir dépend de moi, mais je ne trouve point le parfaire. » Ici la volonté même n'est plus en notre pouvoir, et c'est Dieu qui la produit en nous en tant qu'elle est bonne. L'homme fournit une matière à l'action divine, et cette matière est presque entièrement passive; elle ressemble à l'œuvre entre les mains de l'artisan, à une masse de terre entre les mains du potier (^). L'homme par lui-même est incapable de rien faire qui puisse le sauver. On demande à Jésus dans l'Évangile : « Qui peut être sauvé? » et Jésus répond : « Cela est impossible à l'homme, mais tout est possible à Dieu (^). » C'est Dieu donc qui sauve l'homme et lui seul qui le peut faire. Mais qui sauvera-t-il? Selon quelle mesure accordera-t-il sa grâce? Devra-t-il nécessairement la distribuer aux hommes selon leur mérite? Évidemment non. Puisque l'homme ne peut pas même avoir par lui seul une bonne pensée, il est clair qu'il ne peut mériter quoi que ce soit. Dieu donc^ dans la distribution de sa grâce, n'a égard qu'à sa miséricorde et à sa volonté (^). Si la grcàce vient des œuvres, elle n'est déjà plus la grâce (^). Les livres juifs avaient déjà dit : « l'Esprit souffle où il veut, Spiritus flat uM vult. » C'est la même parole que reprend S. Paul quand il dit : <^( Il a donc pitié de qui il veut, et il endurcit qui il veut (^). — Accuserons-nous donc Dieu

0 Deus est enim, qui operatur in vobis et velle et perficere pro bona voluntate. — PhUip., II, 13.

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